Quand le numérique aide à l’insertion dans les quartiers défavorisés share
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Quand le numérique aide à l’insertion dans les quartiers défavorisés

18 mai 2011

(Visuel : Space invader @ Paris, par Yoyolabellut, licence CC)

Comment le numérique peut-il être mis à profit pour l’action sociale ? Les animateurs et responsables de plusieurs Espaces Publics Numériques, présents mardi 10 mai au Carrefour numérique de la Cité des Sciences et de l’Industrie, par l’Agence nationale des Solidarités Actives (Ansa), en sont convaincus.

Cette journée d’étude visait à rassembler acteurs de la ville et spécialistes de ces établissements, pour échanger et apprendre des projets mis en place pour faciliter l’accès et développer l’usage des nouvelles technologies ; et comprendre leur rôle dans le développement et la cohésion de quartiers aux populations ayant peu accès aux ressources numériques.

 > Mais avant tout, un EPN, c’est quoi ?

Les espaces publics numériques sont des structures de médiation numérique, qui ont  pour objectif l’accès et l’initiation à la maîtrise de l’informatique et du web. Mises en place en l’an 2000, par le Comité Interministériel pour la société de l’information (CISI), leur mission première est de lutter contre les disparités d’accès au numérique, et d’aider à l’insertion dans les quartiers où les inégalités sociales sont importantes.

« Les EPN permettent surtout de développer des projets répondants aux besoins des habitants des quartiers dans lesquels ils sont implantés. Dix ans après leur création, les EPN sont d’ailleurs toujours fréquentés, bien que les gens soient de plus en plus équipés », complète Sébastien Chapel, de l’Ansa.

 > Et dans les politiques sociales de la ville, ça sert à quoi ?

Les EPN travaillent sur des problématiques d’exclusion, avec les personnes qui n’ont pas accès aux ressources numériques, ou n’ont jamais appris à s’en servir, comme les personnes âgées. Ils cherchent également à favoriser l’insertion et l’emploi des personnes défavorisées, via l’apprentissage des outils numériques et de la navigation sur le Net.

Et tout cela par des méthodes très diverses. Parmi les participants à la journée d’étude menée par l’Ansa, plusieurs animateurs d’EPN de toute la France étaient venus présenter ces projets variés.

  • A aider et à compléter l’école 

A la cyber-base de Sainte-Musse, à Toulon, le focus est mis sur l’atelier « Nouveaux arrivants », qui initie à l’informatique les jeunes de 15 à 18 ans, arrivés en France depuis moins de deux ans. Le numérique est également mis au service de l’apprentissage linguistique. Cet atelier s’inscrit en complément des cours dispensés au lycée, et bénéficie du soutien de l’Inspection académique.

« On place l’apprentissage sous un angle original. On aide par exemple ces jeunes à réaliser un diaporama de leur pays d’origine, qu’ils gravent et emportent ensuite avec eux. C’est également un moyen d’intégrer cet atelier dans leur scolarité : on donne des notes, on parti-cipe aux conseils de classe. D’une manière générale, les profs constatent de gros progrès de ces élèves », détaille Joe Leonardi, animatrice de l’atelier.

  • A chercher du travail

Mais les EPN ne s’adressent pas qu’aux jeunes. Des ateliers aident également les adultes et seniors qui ne maîtrisent pas l’outil informatique et ne savent pas se servir d’Internet. Des connaissances souvent indispensables, spécialement pour des personnes en recherche d’emploi.

Au Hublot, à Nice, Tania Cognée et ses collègues prennent en charge ces publics :

« On reçoit des gens qui n’ont absolument jamais touché à un ordinateur. On leur apprend alors à utiliser une boîte mail, à se créer un profil sur les réseaux sociaux professionnels, à mettre en place des alertes sur les sites de petites annonces, etc. »

Et l’intérêt majeur, pour ces personnes, est bien sûr la gratuité, ou le coût très faible, de ces formations, qui dans des établissements privés leur sont généralement inaccessibles.

  • A développer ses connaissances et sa culture

En dehors de ces aspects pratiques, l’Espace régional Internet Citoyen (ERIC) du Hublot souhaite également développer les pratiques numériques via la découverte des arts numériques.

« On se rend compte que les publics que nous recevons font un usage relativement pauvre des nouvelles technologies, et se contentent de faire des recherches sur le web, ou d’envoyer des mails. Nous cherchons à développer de nouvelles pratiques, avec des ateliers découverte », analyse Tania Cognée.

L’établissement fabrique par exemple un journal en ligne, sur les projets et actualités du quartier, et a également instauré un atelier de création d’un web cartoon, pour les enfants, en collaboration avec un artiste :

« Un projet qui a séduit notre jeune public, très réceptif à l’art, mais qui n’a jamais l’occasion de se rendre au musée. Cela permet de valoriser leur création, tout en les éduquant à l’image et au développement d’un regard critique. »

Même démarche à l’Espace Culturel Multimédia Le Chaplin, situé dans le quartier du Val Fourré, à Mantes la Jolie. Ce lieu est également centré sur les arts numériques, et développe des ateliers de création, en accompagnement des publics « éloignés » des nouvelles technologies.

L’atelier des « P’tits reporters » est un projet phare : il permet à des enfants âgés de huit à seize ans de réaliser des vidéo, du tournage au montage, en passant par la prise de son. Il ne s’agit pas seulement de maîtriser l’outil, mais également de produire du contenu, via l’élaboration de scripts.

Pour valoriser ce travail, les « P’tits reporters » sont amenés à réaliser des films courts dans le cadre d’autres projets : pour une exposition, ils ainsi ont réalisé des portraits d’hommes et de femmes, à la demande d’une artiste ; et pour un spectacle créé dans le cadre du festival « Blues en Seine », ils ont conçu un film retraçant la conception de cette création.

  • A réfléchir sur les enjeux du numérique

La M@ison de Grigny, dans le Rhône, accompagne quant à elle l’ensemble des acteurs de son territoire, notamment les écoles, collèges, centres sociaux et médiathèques, dans la réflexion sur les enjeux des nouvelles technologies. Une mission de partage de savoir et de savoir-faire, pour développer les usages citoyens du numérique.

« Beaucoup des acteurs avec qui nous travaillons n’ont que peu de connaissances sur les pratiques des jeunes sur Internet. D’un autre côté, des professeurs ne savent pas bien se servir des ressources numériques : ils ne se posent pas les questions des droits lorsqu’ils demandent à leurs élèves de faire des recherches d’images en ligne, par exemple.

Nos missions constituent une solution face au manque de structures spécifiquement dédiées à l’apprentissage et à la responsabilisation des publics dans une société où tout passe pro-gressivement au numérique », conclut Christian Combier, chargé de mission dans l’établissement.

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