Quand les parlements vont en ligne : un tour du monde des innovations (2) share
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Quand les parlements vont en ligne : un tour du monde des innovations (2)

14 juin 2010

(visuel : parlement européen, licence CC)

Après les observations générales, place au concret. Nous poursuivons notre lecture du Rapport mondial 2010 sur l’e-Parlement (ONU/Union interpalementaire), dont nous vous avons déjà résumé quelques-uns des constats ici, par un petit tour du monde d’innovations dans la relation parlement-Internet.

Etats-Unis : une conférence en ligne avec votre député, ça vous tente ?

town-hall-meeting-online

En France, on connaît les parlementaires qui, le week-end venu, arpentent les marchés de leur circonscription, tant pour défendre des mesures que pour prendre le pouls de leurs électeurs. Aux Etats-Unis, cela a été (un peu) codifié, dans des rencontres informelles, baptisées « town hall meetings » – quelque chose du genre : « réunions communales » pour la traduction, même si l’échelon de la commune n’est pas vraiment celui retenu outre-Atlantique.

Sous l’égide de la Congressional Management Foundation, quatre chercheurs en science politique ont tenté de recréer une version « en ligne » de ces réunions, et d’en mesurer les conséquences sur les électeurs-citoyens y prenant part.  Ils en ont tiré une étude passionnante : « Online Town Hall Meetings, Exploring Democracry in the 21st Century » (PDF intégral, 52 pages).

Entre 2006 et 2008, ils ont donc organisé vingt-et-une sessions en ligne (via des logiciels type LiveMeeting ou Adobe Acrobat Connect), avec douze représentants et un sénateur, selon un format à chaque fois identique : une demi-heure de discussions en ligne en présence du parlementaire, suivie d’une demi-heure de débriefing entre les chercheurs et les membres du panel.  Dans le même temps, les chercheurs s’entretenaient régulièrement avec des électeurs-citoyens, non soumis aux messages, histoire d’établir un référentiel de comparaison.

Leurs résultats sont sans appel : immédiatement après l’une de ces réunions, la côte de confiance des membres de la Chambre des représentants grimpait à 62% en moyenne, contre 46% auparavant :

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Mieux, même : ce sont les indécis qui basculaient – le taux de mécontents restant quasiment stable. Côté quali, les sondages explosaient sur les items « accessible », « juste », « travailleur », … . Bref, un vrai rêve d’homme politique (les barres en bleus sont celles des participants aux réunions en ligne, celles en vert des électeurs non soumis aux réunions) :

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L’étude passe également plusieurs profils type au crible, et montre que les profils réputés les plus éloignés de la chose publique pouvaient s’en rapprocher avec de tels dispositifs.

En clair, et pour caricaturer un peu : si vous êtes une jeune femme noire plutôt pauvre et ne fréquentant pas les églises, vous êtes plutôt réputée éloignée de la politique. Sur chacun de ces items, la tendance a précisément été inversée : lors des sessions en ligne, les jeunes ont davantage participé que les plus âgés, les femmes que les hommes, les minorités que les WASP, etc : 

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Plusieurs expériences sont encore menées autour de ce format de réunions – qui n’a cependant pas encore été généralisé. Et, on ne sait pas s’il avait lu le rapport de la Congressional Management Foundation, mais Barack Obama s’est en tout cas essayé au format, en mars 2009.

Notre (humble) suggestion : imaginez un peu le potentiel de telles réunions menées en ligne avec CoverItLive, dont nous vous avons parlé à de nombreuses reprises ici.

Au parlement européen : Poke me, i’m famous

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On dit l’Union européenne incompréhensible, froide, distante, … ? La page officielle du Parlement européen compte pourtant 70.000 « fans », soit autant que celle d’une marque comme Le Monde, au capital sympathie pourtant pas franchement comparable.

Gadget ? Pas seulement : des sessions de chat, via Facebook (ou, plutôt, via les commentaires de Facebook) sont régulièrement organisées. « Dans la transmission effective de son message, et afin de se bâtir une réputation et de gagner la confiance du public, le Parlement a particulièrement tenu à communiquer de manière non partisane, et en générant des contenus facile à partager », relève le rapport mondial 2010 sur l’e-Parlement.

L’ennui – et, cette fois, ce n’est plus l’étude qui le dit, mais nous : la population de Facebook, majoritairement CSP+, est encore très peu représentative des électeurs lambda. Et, pour l’instant, les retours sont durs à chiffrer aussi précisément que dans le cas des « online town hall meetings ».
A noter : la version française rencontre un peu moins de succès ….

Au Brésil : Toi, citoyen, écris donc la loi !

Appliquer le crowdsourcing au processus législatif : l’ambition du programme « e-Démocracia », lancé au mois de juin 2009, est énorme. Comme son nom l’indique, elle vise à impliquer le public dans le processus d’élaboration des lois, « de manière à atteindre des résultats législatifs concrets », nous dit le rapport mondial 2010 sur l’e-Parlement.

Concrètement ? Tout ou presque passe par un site web, à vocation informative et participative, connecté à tous les réseaux sociaux possibles et imaginables. Le site est évidemment ouvert aux commentaires : depuis juin, « cinq communautés législatives et thématiques virtuelles ont été créées, de même qu’une salle citoyenne » […] permettant de discuter de n’importe quel sujet. »

Quels résultats ? « 2.900 membres enregistrés, dix-huit forums thématiques, 50 sous-forums, 450 contributions » , a relevé le rapport – le site n’est pas traduit, notre portugais n’est pas exceptionnel … . Et, surtout, une initiative qui serait sur le point d’être traduite dans la loi, concernant « la nécessité d’offre des programmes professionnels au cours du premier cycle à l’université ».

En Estonie : la loi au secours

Et si la meilleure manière de favoriser la participation des citoyens au processus législatif … était la loi, elle-même ? L’Estonie, objet régulier d’attention de la presse pour ses avancées sur le champ de la démocratie numérique (lire une série d’articles de La Croix, une autre chez 20minutes.fr), est largement le résultat … d’initiatives législatives. « Un fondement important pour la démocratie électronique a été apporté par la loi sur l’information publique, début 2001. La loi a obligé toutes les institutions publiques à créer des sites web, et à fournir en ligne un contenu approfondi et d’intérêt public, notamment les ébauches de documents concernant les politiques et les actes législatifs […] . En 2005, un Code de bonne pratique [a élaboré] les principes clés sous-tendant la participation active et significative […] de la société civile et du public. »

Et en France ?

Depuis le mois de mars, certains projets de loi, soumis à « études d’impact », peuvent être commentés par les internautes … : cela se passe ici.

> Pour aller plus loin :

La première partie de notre article : Quand les parlement vont en ligne, il y a du mieux, un peu …

Notre dossier : Le temps de l’hypercitoyen

 

(visuels complémentaires : Governor Patrick participates in a town hall meeting with Elders and Elders Services Providers, par massgovernor et Facebook Poke, par befitt, licence CC) 
 

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