Quel modèle économique pour l'Open data ? (3/3)

9 mars 2011

Pour accompagner l’atelier de réflexion autour du phénomène de l’Open data que nous organisons le 17 mars (inscriptions), nous poursuivons la publication d’une série d’articles, de reportages et d’analyses, autour de la question de la libération des données.

Dans la première partie de notre enquête sur l’Open data, nous sommes revenus sur ses origines et sur les perspectives offertes par ce phénomène. Nous nous sommes ensuite intéressés à la forme concrète prise par le « mouvement de libération » des données et à ses conséquences, notamment pour la recherche et la politique.

Cette troisième partie est consacrée au rôle joué par l’Open data dans l’économie et dans l’innovation.

Et si, in fine, la question économique avait raison ou non des obstacles dressés sur le chemin de l’Open data ? Le contexte est favorable, car une bonne partie des débouchés commerciaux réside dans les applications pour smartphone.

Et là, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 54 millions d’unités ont été vendues dans le monde en 2009, plus de 300 millions l’an dernier. En France, un tiers des 24 millions de portables écoulés en 2010 était des smartphones, selon l’institut GfK (en PDF) ; ils représenteront la moitié des ventes en 2011, et très vite les simples téléphones deviendront un marché marginal. Voilà pour le cadre.

Reste à imaginer des modèles qui puissent faire tourner la machine. D’abord, la décentralisation du mouvement est de nature à favoriser l’innovation. La proximité, la souplesse sont des atouts considérables. La première phase du projet de Rennes, qui a coûté 100 000 euros, ainsi été financée à 80 % par des partenaires extérieurs. Xavier Crouan s’explique :

« Les grands prestataires publics, comme la CAF, la SNCF ou La Poste, les groupes de médias, comme Ouest France, mais aussi les entreprises privées engagées dans la prestation de services, comme Kéolis, qui a déjà mis à disposition les données de Vélo STAR [service de vélopartage rennais], sont intéressés par le bouillonnement créatif qui peut naître de cette libération des données publiques. »

Un paradigme fondé sur l’intelligence collective

Bernard Stiegler va encore plus loin en préconisant un changement majeur de paradigme :

« L’intelligence collective est devenue la principale valeur économique. Les meilleures idées naissent dans ces terreaux fertiles qui n’ont pas nécessairement de modèle immédiatement rentable. C’est le rôle de la puissance publique de favoriser, pourquoi pas dans le cadre de partenariats public-privé, la création d’espaces capables de les valoriser. C’est ce que l’on pourrait appeler le développement de “capabilités”. »

L’enjeu n’est pas mince, si l’on veut éviter que l’Open data ne se résume à la mise en scène de sujets spectaculaires : à peine ouvert, le 1er février dernier, le site britannique recensant rue par rue les délits de toute nature relevés par la police n’a pas résisté aux 18 millions de requêtes qu’il recevait chaque heure.

Valoriser l’Open data est un défi qui n’a rien d’insurmontable dès lors que les bénéfices pour la transparence et l’apprentissage démocratiques sont réels et clairement présentés.

En témoigne le succès, toujours outre-Manche, de « Where does my money go », qui détaille les dépenses budgétaires des régions avec une interface particulièrement efficace ; ou bien l’écho rencontré chez nous par le site nosdeputes.fr, créé par le collectif RegardsCitoyens.org, qui scrute l’activité et l’assiduité de nos élus. Des sites citoyens, qui dessinent le meilleur de l’Open data.
 

>> Cet article est issu du prochain numéro de Regards sur le numérique, version papier, qui sera très prochainement disponible en téléchargement en ligne.

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