Quelle place pour l'amateur dans les fab labs ?

4 août 2011

Fin de notre rapide exploration du monde des fab labs : après les grands principes, une typologie et la vision très « romantique » de la révolution des industries collaboratives nouvelle génération, place à une question pragmatique : les fab labs sont-ils vraiment ouverts à tout le monde ?

Ce 20 juin se tenait à l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) une conférence au sujet de la place des amateurs dans les fab labs et autres lieux de production connexes. Une question devait sous-tendre les interventions : comment accompagner l’amateur dans son désir de réappropriation des objets et des outils ?

D’ailleurs, de qui parle-t-on quand on parle d’amateur ? Pour Patrice Flichy, universitaire qui a consacré un livre à la question :

« L’amateur se tient à mi-chemin de l’homme ordinaire et du professionnel, entre le profane et le virtuose, l’ignorant et le savant, le citoyen et l’homme politique »

L’amateur, toujours selon Flichy, s’est affirmé avec Internet et la mise à sa disposition d’outils d’appropriation des matériaux, notamment culturels. L’amateur est alors passé du statut de fan au statut de contributeur acteur.

Ce qui n’est pas forcément une bonne chose, à en croire Andrew Keen, auteur du pamphlet Le culte de l’amateur – Comment Internet tue notre culture et grand pourfendeur du User Generated Content qu’il juge de manière générale « médiocre ».

De toute évidence, les fab labs se revendiquent davantage de l’acception défendue par Patrice Flichy, dans le sillage de la philosophie de l’innovation ouverte. L’amateur devrait donc être, par définition, un contributeur actif au sein des fab labs.

C’est justement à ce rôle des amateurs dans la production « ouverte » qu’était consacrée la conférence de l’IRI : pourtant, il a fallu attendre la session des questions – réponses pour voir le sujet revenir réellement au premier plan :

« Si je comprends bien, les amateurs n’ont pas leur place dans un fab lab, puisque, Monsieur Brument [designer et professeur à l’ENSCI], vos élèves ont eu le temps de développer une certaine curiosité et une certaine appétence pour le travail manuel avant de poser les pieds dans le fab lab interne de votre école », indique une des particpantes.

Ce à quoi François Brument répond par l’affirmative :

« Je n’ai jamais dit le contraire […] mais […] je pense qu’une porosité est nécessaire entre expertise, espace de recherche et personnes qui viennent se frotter aux machines. »

Pour François Brument, le principal obstacle à l’appropriation des outils de production par l’amateur est le « temps ».

L’amateur arrive en effet vierge des pré-requis nécessaires à son expression productive. Il doit dans un premier temps apprendre à avoir une idée de « que faire avec ces machines » : qu’ai-je envie de créer / produire ? Pour quoi faire ?

Dans un second temps, l’amateur doit apprendre à se servir des machines mises à sa disposition, des imprimantes 3D aux découpeuses laser… Cela ne va pas sans risque, et pose également la question de la responsabilité. Qui est responsable en cas d’accident ?

Ce qui ressort de ces débats est donc que l’amateur est bienvenu dans un fab lab, mais doit au préalable se former, s’éduquer, et ce en amont d’une véritable intégration au sein du lieu de production. Il reste alors à établir les conditions de possibilité d’une éducation, qui pourrait peut-être consister à passer par une certaine forme d’institutionnalisation – à l’instar du fab lab interne à l’ENSCI.

L’autre option est de persister dans ce mouvement d’entraide participative, tout en se donnant les moyens d’intégrer les novices. Car après tout, dans son idéologie et sa réalisation, le fab lab est censé se vivre comme un lieu où le lien social se construit.

L’amateur doit apprendre à apprendre et apprendre à faire. En retour, les fab labs doivent apprendre à accueillir ces amateurs. Ces lieux ouverts en ont nécessairement besoin pour révéler leur véritable potentiel créatif et remplir la mission qu’ils se sont donnés.

> Pour aller plus loin :

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[Article écrit par Brice Le Roy]

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