Quelques pistes pour mettre la technologie au service de la lutte contre les inégalités share
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Quelques pistes pour mettre la technologie au service de la lutte contre les inégalités

3 décembre 2010

Imagine Cup 2011, c’est parti ! Pour la  9ème édition de ces championnats du monde étudiant de l’innovation numérique,  les étudiants doivent, une nouvelle fois, répondre aux huit Objectifs du Millénaire fixés par l’ONU.

Autrement dit : les candidats doivent imaginer des outils informatiques (applications, concepts de jeux vidéo, logiciels..) capables de réduire la pauvreté, l’effet de serre, ou de développer l’accès à l’éducation pour tous.

Pour les aider, nous avons demandé quelques précieux conseils à Fabrice Ferrier, coordinateur en France de la campagne du Millénaire des Nations Unies qui parraine cette année la compétition.

Pouvez-vous nous rappeler les grands objectifs de la campagne du Millénaire ? A qui s’adresse-t-elle ?

Nous visons l’amélioration des conditions de vie des populations les plus marginalisées, par des moyens directs, mais également détournés. Je m’explique : un point fondamental à nos yeux est de parvenir à mobiliser le grand public des enjeux soulevés par notre campagne.

Nous pensons que seuls les citoyens disposent du pouvoir d’interpeler leurs représentants sur cette problématique, et qu’actuellement, ces objectifs ne sont clairement pas la priorité des gouvernants

Quels conseils donnez-vous aux étudiants qui se lancent dans la réalisation d’applications technologiques innovantes pour lutter contre la pauvreté ? Y’a-t-il une liste de « choses à faire » / « choses à ne pas faire » ? Et qu’en est-il des solutions concrètes pour contribuer directement à l’atteinte des objectifs ?

D’abord et avant tout … : il faut rester modeste ! Mieux vaut imaginer une solution à un problème précis que de développer un projet trop ambitieux. Les progrès viennent de petits projets bien menés et réalisables, alors que les idées trop globales sont souvent difficiles à mettre en œuvre.

Deuxième élément : il ne faut pas perdre de vue les réalités des populations auxquelles sont destinés les projets. Il faut toujours penser à toucher également les personnes extrêmement marginalisées : les enfants, les femmes, les minorités de toutes sortes ou encore les paysans dans les endroits très reculés. La majorité de ces populations n’ont pas accès, ou un accès très limité, à l’informatique. A l’inverse, au Kenya, près de la moitié de la population possède un téléphone portable. C’est de ce type de constats locaux qu’il faut partir pour penser des projets qui feront la différence.

Enfin, il faut absolument imaginer des solutions qui aident réellement la population, et ne constituent pas un nouvel obstacle, en termes de prix, d’utilisation, etc. Partir des besoins des associations, coopératives, administrations agissant d’ores et déjà sur le terrain constitue un très bon point de départ pour beaucoup de projets. Il faut imaginer comment leur venir en appui, les renforcer dans leurs démarches.

Exemple avec le commerce équitable : il peut être préférable de réfléchir à l’échelle de l’organisation qui dispose du label commerce équitable, plutôt que de chercher à intervenir directement auprès de producteurs. Les administrations ont également besoin d’aide, il faut souvent renforcer leurs champs d’action. C’est primordial : il ne faut pas chercher à assister les populations mais les aider à s’émanciper et à s’autonomiser. La phrase est bien connue mais je l’utilise souvent pour illustrer mes propos : « il est plus utile d’apprendre à pêcher que d’offrir un poisson ».

Et sur le « faire-savoir », quels projets espérez-vous voir éclore ?
 
Internet est un formidable moyen de mobilisation, qui peut tout à la fois nous permettre de faire entendre nos propositions, et de rendre les citoyens acteurs de ces enjeux.

Cela passe par la présence à l’esprit, bien sûr, et de renforcer l’impact des moyens de communication que nous utilisons. Un exemple : un jeu vidéo pourrait servir à diffuser notre message de nécessaire solidarité et interdépendance entre le Nord et le Sud, notamment auprès des jeunes. Nous pourrions également avoir un impact auprès des réseaux sociaux : notre page Facebook ne compte que 3.000 fans ! Une vidéo ou une application capable de créer le buzz nous serait très utile pour faire décoller ce chiffre… et donner les clefs nécessaires aux citoyens pour les inciter à agir.

Le numérique permet également de mobiliser plus facilement : signer une pétition ou acheter des produits issus du commerce équitable par exemple. Aux Etats-Unis, il existe déjà des moyens d’interpeler directement les parlementaires sur des questions précises, en ligne. En France, tout cela est encore peu développé et la communauté des acteurs agissant en faveur des Objectifs du Millénaire pour le développement apprécierait probablement avec intérêt la mise à disposition de tels outils.

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