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Rand Hindi : « Rien n’indique pour l’instant qu’une intelligence artificielle pourrait être humaine »

Rencontre 9 juillet 2015
Bill Gates, Elon Musk et Stephen Hawking ont récemment fait part de leurs inquiétudes à propos des potentielles dérives de l’intelligence artificielle. Pour Rand Hindi, fondateur de la start-up Snips, l’intelligence artificielle comporte autant de risques que de possibilités d’améliorer notre quotidien.

A l’occasion de la Hello Tomorrow Conference, RSLN est allé à la rencontre du « meilleur innovateur de l’année 2014 » selon la MIT Technology Review.

RSLN : Elon Musk a attribué début juillet des millions de dollars à 37 projets de recherche destinés à prévenir les risques liés à l’IA. Quels sont ces risques selon vous ?

Rand Hindi : L’intelligence artificielle comporte énormément de risques ! Il y a deux façons d’y réfléchir :

  • La première concerne ceux qui voient l’IA et les risques que cela représente d’un point de vue humain, à savoir les cas dans lesquels l’intelligence artificielle aurait une conscience et pourrait nous remplacer. Ces considérations-là ne sont pas les bonnes selon moi. Rien, pour l’instant, n’indique qu’une intelligence artificielle pourrait être humaine. La capacité de raisonnement n’est pas ce qui fait de nous un humain. Ce qui fait de nous un humain est le fait que cette capacité de raisonnement soit liée à une enveloppe corporelle et mortelle, qui sent le monde d’une certaine façon par le biais des sens, dont seront dépourvues les machines.
  • En revanche, la bonne approche serait selon moi de voir l’intelligence artificielle en tant qu’outil qui permettrait à l’être humain de décupler potentiellement ses facultés de réflexion, d’analyse et de résolution de problèmes. Dans ce cas, les risques sont les mêmes qu’avec la plupart des technologies puissantes, dont le nucléaire par exemple. Le risque est alors qu’un individu s’empare de ces technologies de manière négative et nuisible.

> Comment croire et faire confiance à l’innovation ? Rand Hindi interviendra le 14 juin 2016 à l’occasion de la conférence Microsoft Experiences Circle

Pour Stuart Russell, du Future of Life Institute, les recherches en intelligence artificielle ne se dirigent pas dans la bonne direction. Dans un entretien accordé à Quanta Magazine, il estimait que « Si l’on veut avoir un robot à la maison, il faut qu’il partage au moins quelques valeurs humaines. Sinon, il fera des actions stupides, telles que mettre le chat au four pour le dîner parce qu’il n’y a plus de nourriture dans le frigo et que les enfants ont faim ». Peut-on selon vous concilier intelligence artificielle et valeurs humaines ?

L’intelligence artificielle est à différencier des robots, qui ne sont qu’un corps, qu’une enveloppe à donner à l’intelligence artificielle. Que se passe-t-il quand l’intelligence artificielle a un corps ? Honnêtement, je ne sais pas.

En revanche, je suis sûr d’une chose : si jamais on part du postulat qu’une intelligence artificielle aura une conscience et une autonomie dans ses choix, ce qui n’est pas chose évidente à l’heure actuelle, il faudra coder dans l’ADN même de cette intelligence le fait qu’elle doive être bénéfique pour les hommes… Ce qui est totalement faisable.

Pour faire un parallèle, je dirais que l’univers dans lequel on vit actuellement en tant qu’humains est régi par des lois physiques, qui disposent de constantes extrêmement précises. Il a ainsi été démontré que si ces constantes étaient légèrement différentes, l’univers ne pourrait pas exister. Par conséquent, le fait que les hommes puissent les modifier signerait la fin de leur espèce.

En matière d’intelligence artificielle, la question serait donc la suivante : quelles lois y intégrer pour que ces intelligences ne puissent pas survivre si jamais elles les modifient ? Cela me semble être la bonne façon d’envisager le problème.

 

L’intelligence artificielle ne serait donc pas qu’une menace et pourrait améliorer notre quotidien ?

Quand on se projette un peu sur le long terme, on remarque que le nombre d’objets connectés va croître de manière exponentielle… Or, chacun de ces objets introduit de la friction : ils requièrent en effet une attention explicite de notre part, que ce soit à travers des push notifications ou de simples gestuelles manuelles que l’on doit avoir sur des interfaces statiques… Ces objets ne prennent justement pas en compte le « context awareness », que l’intelligence artificielle va permettre de développer.

 

Le « context awareness » est le domaine de l’intelligence artificielle dans lequel vous vous spécialisez, et qui a notamment valu à votre start up Snips de lever 5,6 millions d’euros. Mais de quoi s’agit-il concrètement ?

Le « context awareness » concerne tout simplement le fait qu’un objet puisse comprendre et s’adapter à la situation de la personne qui s’en sert. Concrètement, selon ce que je suis en train de faire, je vais chercher à utiliser mon objet connecté de telle ou telle façon, avec telle ou telle intention… Une intention que l’objet en question devra anticiper, à la manière de ce que propose Nest avec ses thermostats par exemple.

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