Rand Hindi : « L’enjeu des entreprises aujourd’hui est d’attirer les talents capables de traiter les Big Data » share
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Rand Hindi : « L’enjeu des entreprises aujourd’hui est d’attirer les talents capables de traiter les Big Data »

6 mai 2014

Rand Hindi, ce nom ne vous est peut-être pas inconnu. Et pour cause : le jeune entrepreneur a récemment été élu « meilleur innovateur de l’année » par le MIT Technology Review, le magazine de la prestigieuse école du même nom. 

A 29 ans, le jeune homme a déjà fondé plusieurs start-up et notamment :Snips, il y a deux ans, aux côtés de deux autres docteurs en informatique : Alexandre Vallette et Maël Primet. L’objectif : proposer une technologie qui « prédit les comportements des populations et des infrastructures, afin de fournir une analyse pratique claire pour les opérateurs de la ville et des produits impactant pour les citoyens » selon le site de la petite entreprise. Usant des Big Data comme matière première, l’équipe propose désormais ses services partout dans le monde, de Paris à Londres en passant par New York ou encore San Francisco. Fort de leur succès, ils ont même récemment été reçus par le Président de la République pour discuter des enjeux de l’open data.

Alors comment devient-on un jeune innovateur aujourd’hui ? Comment faire naître des services nouveaux issus des données et ouvrir le champ des possibles ? Qu’attendre du traitement des Big Data dans les années à venir ? Entretien avec le « meilleur innovateur de l’année ».

RSLN : Vous n’avez pas encore 30 ans mais votre parcours est déjà très impressionnant. Pouvez-vous nous dire d’où est venue votre appétence pour l’informatique ?

Rand Hindi : Quand j’étais enfant, mon père travaillait dans la finance, nous avons donc toujours eu un ordinateur à la maison. Un jour ma mère a décrété que je devais apprendre le code informatique. Tout a commencé à ce moment-là. Je code depuis que j’ai l’âge de 10 ans. A 14 ans j’ai monté un réseau social avec un ami qui a bien marché sur Paris, puis je me suis mis au développement web en free-lance. J’ai poursuivi mes études d’informatique en Angleterre, puis à 21 ans j’ai commencé un doctorat en bio-informatique, suivi de la Singularity University dans la Silicon Valley, ce qui m’a donné envie de monter une start-up. Enfin j’ai continué mes études au sein du THNK à Amsterdam (School of creative leadership).

Quel était votre projet en fondant la start-up :Snips ?

Quand nous avons décidé de monter :Snips, notre ambition était de régler des problèmes du quotidien. On a regardé autour de nous et on a vu qu’on vivait dans un monde où rien ne marchait vraiment bien. On se demandait tous comment appliquer la recherche concernant les Big Data et l’intelligence artificielle pour résoudre des problèmes concrets.

Votre projet Tranquilien, développé avec la SNCF, permet d’anticiper l’affluence dans les trains. Quels sont vos autres projets ? 

A San Francisco et à Londres, on s’est intéressés à la sécurité routière pour tenter de prédire les accidents de la route. On a également travaillé sur un dispositif permettant de prévoir les places de parking disponibles, et un autre concernant l’affluence dans les bureaux de poste. Nous travaillons désormais sur une technologie qui intègre toute cette intelligence pour anticiper les besoins des gens et leur fournir les informations dont ils ont besoin avant même qu’ils ne le demandent. 

Alors, les Big Data permettraient-elles de prédire l’avenir ?

Non, on ne peut pas prédire l’avenir c’est certain. Mais on peut estimer la probabilité qu’une chose se produise en fonction de différents contextes futurs. Tout dépend de ce que la personne a décidé de faire. On ne pourra jamais savoir à 100%.


Vous travaillez beaucoup sur des services destinés aux citadins, comment définiriez-vous une ville intelligente ? 

Parler de ville intelligente sans parler des individus qui s’y trouvent n’a pas de sens. Il faut la voir comme un espace habité par des citadins qui sont de plus en plus connectés. Une ville intelligente est une ville capable d’interagir avec eux, de fournir des produits ultra personnalisés. La smart city serait donc une plateforme d’infrastructures qui nous permet de faire ce que l’on veut.

Kenneth Cukier nous déclarait récemment que « pour les entreprises, les Big Data sont une question de vie ou de mort », qu’en pensez-vous ?

Il a absolument raison de dire ça. Les données servaient traditionnellement à du reporting, de l’audit. Aujourd’hui, les entreprises réalisent que la data correspond à l’observation d’un événement qui s’est produit, et dont on peut extraire une intelligence pour prédire les comportements des consommateurs par exemple. Les Big Data permettent de prendre des décisions plus intelligentes. Les entreprises qui ne sauront pas utiliser les Big Data ne pourront pas être compétitives par rapport à celles qui auront su s’en saisir. On le voit déjà avec des start-up qui réussissent à conquérir des marchés très rapidement. Elles maîtrisent les attentes des utilisateurs et créent des produits si intelligents qu’elles battent tout le monde. Les grands groupes ont des avantages bien sûr mais ils n’arriveront à rien s’ils ne savent pas recruter. Il faut qu’ils s’entourent de collaborateurs qui sachent vraiment traiter ces données. La question désormais pour eux, c’est d’avoir accès aux talents.

Faut-il donc que tous les élèves soient formés au code pour anticiper ces demandes des entreprises ?

Le code n’est qu’un langage. Il devient impératif qu’on apprenne à faire de la data, et par extension donc, à coder, au même titre qu’on apprend les mathématiques. Il est essentiel aujourd’hui de savoir récupérer de la donnée, la formater et la visualiser. C’est ce qui offre une liberté plus grande en termes de créativité. En matière de journalisme par exemple, on a pu le remarquer. Ce n’était pas nécessairement le domaine dans lequel on imaginait que ça se développerait et pourtant, les journalistes y ont vu une nouvelle manière de fournir de l’information.

Y’a-t-il un pays plus adapté pour innover ?

Ce n’est pas une question de pays finalement mais une question de stade de développement de l’entreprise. Dans tous les pays globalement il est possible d’innover. Mais il est important de se tourner vers l’international le plus vite possible.

Lors de la Conférence de Paris dédiée à l’open data, les experts ont été unanimes : il faut dépasser l’open data pour développer une culture de la donnée et permettre un processus d’empowerment dans la société. Comment y parvenir selon vous ?

L’Open Data est une bonne première étape mais l’ouverture d’un portail n’est pas suffisante. Si la donnée n’est pas rendue accessible, on ne peut pas imaginer que la société civile s’en saisisse. L’empowerment viendra naturellement dès lors que les gens sauront manipuler les données. Ils y trouveront des réponses aux questions qu’ils se posent. Cela permettra de crowdsourcer l’intelligence. Pour les gouvernants aussi le potentiel est fort. Cela va permettre d’optimiser l’action publique. On devrait voir beaucoup de choses se passer sous peu.

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