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Pourquoi la recherche française attire les entreprises tech

5 octobre 2015

Intel, Microsoft ou encore Facebook… Les grands noms de la tech mondiale multiplient les partenariats avec les centres de recherche français. Alors que l’on parle régulièrement de la fuite des cerveaux, la recherche française attire. Dynamisme des laboratoires ? Soutien financier de l’Etat ? RSLN a voulu savoir pourquoi. 

Pourquoi des entreprises comme Facebook, Intel ou Microsoft viennent-elles installer un laboratoire de recherche et développement en France ? Pourquoi certaines start-up spécialisées dans le Big Data ou le machine learning préfèrent-elles rester dans l’Hexagone plutôt que de s’exiler dans la Silicon Valley ? La réponse tiendrait à trois facteurs : la qualité de la recherche française en informatique et en mathématiques, un rapprochement notable des instituts de recherche avec le monde de l’entreprise et une forte incitation de l’Etat.

 

  • Une recherche française reconnue sur la scène internationale

Amené à collaborer avec Facebook et Microsoft autour des problématiques liées à l’intelligence artificielle ou au machine learning, l’Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria) séduit grâce au talent de ses recrues, dixit son PDG, Antoine Petit :

« On parle toujours de l’école mathématique française, en disant que l’on est très bons en mathématiques. Je pense que c’est vrai. C’est le même constat en informatique. Les entreprises mondiales, dont Microsoft et Facebook qui peuvent aller travailler avec qui elles veulent à travers le monde, viennent travailler avec nous : c’est un signe de la reconnaissance de nos chercheurs. » 

Dans le cadre de leur laboratoire commun ouvert à Paris, l’Inria et Facebook mèneront ainsi des projets de recherche autour des techniques d’apprentissage statistique, du machine learning et du traitement automatique du langage, notamment pour permettre, à terme, des fonctionnalités de traduction automatique.

« La France est un pays d’histoire scientifique, doté de belles universités, de belles écoles, dans lesquelles on forme de bons ingénieurs », note de son côté Stéphane Chaillou, CTO de la start-up Salezeo. « Même s’il n’y a pas assez de développeurs, nous arrivons à trouver des gens qui ont un bon état d’esprit et sont de très bon niveau. »

Chez Salezeo, plusieurs doctorants ou post-doctorants spécialistes de la collecte d’informations, de l’extraction linguistique, de l’apprentissage automatique ou de l’analyse statistique ont ainsi été recrutés.

 

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  • Un investissement de l’Etat incitatif

Parmi les principales mesures mises en place par l’Etat en faveur d’une plus grande compétitivité de la recherche française, le Crédit Impôt Recherche permet aux entreprises de financer de la R&D à un coût intéressant, l’Etat leur remboursant une partie des dépenses opérées dans ce domaine.

Une initiative très intéressante financièrement parlant pour Salezeo :

« Dans le cadre du Crédit d’impôt recherche, nous bénéficions d’un soutien à hauteur d’un tiers de notre budget R&D. 30% de ce que nous imputons sur notre R&D, qui inclut mon travail de recherche, est ainsi payé par le crédit d’impôt », explique Stéphane Chaillou à RSLN.

Et d’ajouter :

« Ce qui nous a clairement guidés dans le développement de notre labo R&D, c’était l’incitation fiscale. En tant que jeune entreprise innovante, nous jouons évidemment la carte du Crédit impôt recherche. Pour vous donner un exemple, les trois chercheurs que je viens de recruter, qui sont de jeunes docteurs avec moins de deux ans d’expérience, ne nous coûtent presque rien. J’ai certes de l’avance de trésorerie à faire dans le cadre du Crédit d’impôt, mais l’effort est limité par rapport à la réduction des coûts dont nous bénéficions. »

 

Un environnement propice à la recherche qui a incité Salezeo à préférer établir son activité en France plutôt qu’aux Etats-Unis :

« Le terrain est très favorable à la recherche en France. Un grand nombre de plans de relance ont été mis en place par l’Etat français depuis 2008-2009, notamment avec des outils de type grand emprunt par exemple, ce qui a permis d’investir en R&D. »

 

  • La volonté des instituts de recherche français de se rapprocher des grandes entreprises

Mouvement de fond de ces dernières années, les laboratoires de recherche se tournent progressivement vers les grandes entreprises pour établir des partenariats ou consortiums, et financer ainsi des projets de recherche aux applications concrètes. 

« Ce que je trouve intéressant dans le cadre des consortiums c’est que, au-delà de la volonté de l’Etat d’aider les entreprises sur la partie R&D, il y a une véritable volonté des académiques de se tourner vers la recherche plus opérationnelle, vers des applications concrètes. Il y a encore quelques années, la recherche était surtout tournée vers des fonds publics et financée entre 70% et 80% par l’Etat. Aujourd’hui, la dépendance à l’Etat est en phase de réduction. Une majorité de centres de recherche se tournent vers l’application ou  la valorisation de leur savoir-faire et donc vers les entreprises privées », argumente Stéphane Chaillou.

Et si les collaborations public-privé se multiplient, les laboratoires publics peuvent être, eux aussi, à l’origine de la création d’entreprises. C’est en tout cas l’objectif de l’Inria, qui accompagne les start-up de ses domaines de spécialité:

« Notre but est de collaborer avec des entreprises existantes, mais aussi d’en créer. Plus de 120 spin-off sont sorties d’Inria en 30 ans. Nous en créons aujourd’hui environ 6 par an. Nous avons l’ambition de doubler ce nombre », nous explique Antoine Petit.

Une collaboration avec les entreprises dans les deux sens donc, et qui joue en faveur de projets de recherche aux applications davantage concrètes.

> A lire aussi : Le chercheur est-il un héros du numérique ?

 

 

Mais quid de l’antienne, régulièrement entendue, de la fuite des cerveaux de la recherche française vers des horizons plus cléments ? Sur ce sujet, Antoine Petit est catégorique :

« La question du départ massif des chercheurs français pour l’étranger relève un peu de la légende urbaine, au moins dans nos domaines. Chez Inria, nous attirons des chercheurs qui viennent de tous les pays, près de 90 nationalités sont présentes dans nos équipes. Comme la compétition est internationale, il faut veiller à ce que les conditions de travail des chercheurs soient concurrentielles avec ce qui se fait à l’étranger. Ces conditions incluent le salaire bien sûr, mais aussi l’environnement scientifique. Un chercheur a besoin d’interagir avec ses collègues et meilleures seront nos équipes, plus grandes seront nos capacités à attirer des gens de valeur. »

De quoi imaginer quelques nouvelles pistes de progression sur lesquelles agir pour garder les meilleurs chercheurs au sein des laboratoires français. Et continuer d’attirer de nouvelles entreprises tech sur le territoire ?

 

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