Rencontre avec Martine Aubry : « Il faut faire monter la qualité des débats sur le net » share
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Rencontre avec Martine Aubry : « Il faut faire monter la qualité des débats sur le net »

6 septembre 2011

Martine Aubry et le numérique, séquence 2. Après une première opération séduction en trois actes, engagée quelques jours avant son entrée officielle dans la campagne des primaires socialistes à la fin du mois de juin et accompagnée de la diffusion d’une première esquisse de programme numérique (PDF), l’ancienne première secrétaire du PS, aspirante à l’Elysée, organisait, ce mardi 6 septembre, une rencontre informelle « sur les enjeux du numérique » .

Côté ambiance, cela se passait dans un musée proche de la gare Montparnasse, et une vingtaine de « journalistes spécialisés internet » – de ZDNet.fr au Monde.fr, en passant par Pcinpact ou l’AFP – ont participé à cette rencontre d’un peu plus d’une heure avec la candidate aux primaires socialistes.

Signe de l’intérêt porté par Martine Aubry et son équipe à Internet, quelques entretiens avec des blogueurs, ou des médias relativement inattendus – aufemin.com, par exemple – étaient également programmés dans la journée – préparez-vous à lire un certain nombre d’articles sur le thème : Martine Aubry et Internet, dans les jours à venir 🙂

Martine Aubry, de son côté, était entourée des  « experts numériques » de sa campagne : le député de la Nièvre et président du labo des idées du PS Christian Paul, le député de Paris Patrick Bloche, et le délégué général de la Fing, Daniel Kaplan.

Côté fond, six grands thèmes ont été abordés par Martine Aubry, lors d’une prise de parole initiale d’une grosse vingtaine de minutes, avant un échange avec les participants. En voici les principaux points.

A noter : le dossier Hadopi, qui avait consistué le coeur d’un atelier consacré au sujet par le PS dans le courant du mois de juin, et qui reste, aujourd’hui, le seul thème émergeant réllement dans les médias généralistes lorsqu’il est question de numérique, n’a été abordé que lors des échanges avec la salle.

1. Cnil + Hadopi = « Commission nationale des libertés numériques »

Adieu Cnil et Hadopi, bonjour Commission nationale des libertés numériques. Martine Aubry propose une « transformation » de la Commission nationale de l’informatique et des libertés – la fameuse Cnil, née de la loi informatique et libertés de 1978 – pour « l’adapter à l’ère du numérique ». Elle suggère un nouveau nom pour cette autorité : Commission nationale des libertés numériques.

Martine Aubry, qui n’a pas précisé le statut de cette nouvelle autorité, voudrait lui confier un rôle de protection des expressions des particuliers en ligne – elle regrette, par exemple, le cas de salariés ayant été licenciés pour des propos tenus en ligne. Elle décrit la feuille de route de cette Cnil version bêta comme une manière de lutter contre « les pratiques liberticides », et souligne qu’ « Internet ne doit pas être utilisé pour ficher ou contrôler l’expression ».

Concrètement, il ne s’agirait pas d’une nouvelle autorité travaillant en parallèle de la Cnil, mais bien d’une transformation de celle-ci

Christian Paul précise même le budget de fonctionnement qui pourrait être accordé à cette nouvelle autorité : 

« La Cnil, c’est 15 millions d’euros, Hadopi, c’est 15 millions d’euros, on pourrait imaginer confier un budget de 30 millions d’euros à cette autorité ».

La piste était déjà contenue dans l’esquisse de programme numérique de la candidate, qui proposait un « renforcement
 des
 missions
 et
 du
 budget
 de
 la
 CNIL
 (jusqu’au
 doublement, 
si 
on 
lui 
affecte 
la 
totalité
 du
 financement
 de 
l’Hadopi…) », la voici baptisée.

2. Le numérique au travail : attention au culte de la machine

Internet au travail, oui, mais gare à la déshumanisation. Le numérique peut apporter à un salarié « le meilleur, soit l’autonomie, la créativité », mais à défaut de « se poser les bonnes questions », il peut également « être un facteur de déshumanisation ou de stress », explique Martine Aubry.

Elle évoque notamment les conditions de travail dans des centres d’appel, ou toutes les procédures sont routinisées. Et la candidate aux primaires socialistes de promettre l’organisation d’un « Grenelle de l’amélioration des conditions de travail », qui parlera notamment de numérique.

3. Encourager la créativité

Aider les entreprises innovantes, et pas uniquement numériques. Des « banques publiques d’investissement régionalisées », pour aider la créativité « où qu’elle soit », le maintien du crédit impôt recherche « qu’on l’appelle comme cela ou autrement », tout cela pour permettre un « accompagnement réel des créateurs, pas uniquement dans des logiques industrielles mais également de certaines filières très pointues » : voilà comment Martine Aubry présente son programme d’encouragement de la créativité, sous toutes ses formes, et pas exclusivement numérique.

4. Le numérique pour améliorer la vie démocratique – mais gare aux trolls …

Voici sans doute l’aspect le plus inédit contenu dans son intervention, mardi 6 septembre : le rôle du numérique dans la vivification du débat démocratique.

Tout en rejetant le principe du référendum permanent, Martine Aubry veut croire à l’utilité du net comme aiguillon démocratique, notamment à l’échelle locale. Plus précisément pour toucher « ceux qui ne participent habituellement pas à la vie démocratique », et leur permettre de participer à des débats – elle cite par exemple des débats sur la place de la voiture en ville, sur les manières du lutter contre la solitude des personnes âgées.

« On ne peut plus se poser la question de la qualité de la vie démocratique sans se poser la question du numérique », détaille encore Martine Aubry, qui enjoint « les politiques à porter une plus grande attention » aux échanges en ligne.

Mais attention, elle pose des conditions à cela. « Il faut faire monter la qualité des débats sur le net », prévient-elle, visant notamment  « ceux qui inondent les sites de leurs sujets ». 

Et de préciser :  

« Je ne suis pas sûre que les réactions des internautes en-dessous des articles des sites .fr soient le système le plus performant : deux tiers de ces commentaires sont sans intérêt … mais ils sont la seule façon pour ces personnes de s’exprimer ! » 

5. L’éducation : entre Jules Ferry et les TBI

Refonder l’école – et utiliser le numérique pour cela. Nous vous parlions éducation et numérique il y a quelques jours, et avions relevé, en juin, que la thématique, absente des premières propositions du PS sur le numérique était en revanche bien présente côté UMP.

Cette fois, ça y est, Martine Aubry aborde directement et frontalement la question de l’éducation et du numérique. 

Pégagogiquement parlant, « le numérique est un outil qui peut permettre d’aller plus loin, explique-t-elle, interrogée sur ce point par RSLN. Il faut re-penser aujourd’hui l’éducation dans un monde qui a changé, avec des enfants qui ont changé. Se focaliser sur les connaissances de base, et non vouloir tout apprendre ». En somme, Martine Aubry parle tout à la fois de Jules Ferry, qu’elle cite explicitement, et de tableaux blancs interactifs – qu’elle juge pas suffisant pour parler d’une vraie éducation numérique.

Pour autant, pas de propositon concrète formulée, encore moins question d’endosser, par exemple, la feuille de route dressée par le député UMP Jean-Michel Fourgous dans son rapport parlementaire de février 2010, intitulé « Réussir l’école numérique »

6. L’opendata pour les villes …

Sans doute la thématique la plus rapidement évoquée par Martine Aubry. Celle-ci souligne « le potentiel » des données publiques mises à la disposition de tout  un chacun en ligne, citant notamment les exemples de Paris et de Rennes, dont nous vous avons déjà largement parlé ici.

> Pour aller plus loin, on vous recommande : 

 Sur RSLN : 
 
 
Sur le net : 

Martine découvre le web, réaction du blogueur Authueil sur Atlantico
– Le dossier « All is digital ! », de nonfiction.fr

> Visuel utilisé dans ce billet :  

Village des Innovations 2011, par Futur en Seine

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