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Pour éviter le chômage des seniors, il y a encore du boulot !

5 août 2013

Souvenez-vous : le 30 mai dernier, Microsoft France organisait dans ses locaux une journée d’échanges intitulée “Senior, et alors ?”. Parmi les débats, une table-ronde d’une heure autour des enjeux liés au travail des “personnes âgées”. Si à 55 ans une personne est considérée comme senior dans la fonction publique, dans le privé, on peut être qualifié comme tel dès 45 ans, rappellent les participants à la discussion. 

Et quand on sait qu’en France, seuls 11% des 55-59 ans et 5% des plus de 60 ans retrouvent un emploi après une période d’inactivité, on devine l’énorme pression qui pèse sur ces salariés.  

Comment alors leur faire retrouver la confiance ? Le numérique peut-il servir de passerelle ? Quelles synergies avec les jeunes générations, dont le destin est indirectement lié à celui de leurs aînés ? Tour de table.

Pour revoir l’intégralité de la table-ronde, c’est par ici :

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Avec :

Jean-François Verdier, Directeur général de l’administration et de la fonction publique

Denis Jacquet, Président de Parrainer la croissance, créateur de l’Accélérateur de croissance

Reynald Chapuis, Directeur de l’Innovation et de la Responsabilité Sociétale et Environnementale de Pôle Emploi

Anne-Marie Guillemard, Professeur à l’Université Paris Descartes, sociologue et auteur de « Les défis du vieillissement. âge, emploi, retraite: perspectives internationales » Armand Colin 2010.

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Qui veut vraiment aider les seniors ?

Premier constat essentiel : par rapport à ses voisins, la France est “lanterne rouge”  en matière d’emploi pour les seniors, rappelle Anne-Marie Guillemard.

Il y a vraiment de quoi être critique. On s’était engagé il y a dix ans à avoir un taux d’emploi de plus de 50% pour les 55-64 ans. En 2013, on en est en toujours loin, avec seulement 40%”. Aujourd’hui, pointe la sociologue, l’effort productif est concentré “à 80% sur seulement 40% de la population active”. Un rythme “impossible à tenir”, estime-t-elle. 

Pourquoi un tel déséquilibre entre générations ?

Autant on a peu de mal à rassembler les partenaires sociaux sur les questions du handicap, de la diversité, de l’égalité homme/femme, autant il est difficile de mobiliser autour de ce sujet, avance Jean-François Verdier, directeur général de l’administration et de la fonction publique. Pourtant, on deviendra tous senior un jour.”

Il cite tout de même la décision récente de supprimer l’âge limite pour postuler à un concours de la fonction publique et qui va, selon lui, dans le bon sens.

Tous les participants s’accordent donc pour dire que l’éviction des plus âgés du marché du travail, public ou privé, est une mauvaise chose. Un constat malheureusement pas vraiment neuf, même si les choses commencent à évoluer.

Vieux et jeunes, même combat

Denis Jacquet, président de Parrainer la croissance et créateur de l’Accélérateur de croissance, trouve que les PME françaises ont un problème de compétence. Il a donc voulu “éveiller l’intérêt” des petites structures aux gisements de talents qui existent chez les seniors, actuellement largement sous-utilisés.

Grâce à son incubateur de start-up, il propose à des seniors de venir simplement travailler aux côtés des jeunes entrepreneurs, pour se former, mais aussi réapprendre à collaborer entre les générations. Et, espère-t-il, les aider à être embauchés. 

Un pari” qui vise à sortir de l’opposition jeune/vieux, comme on l’entend trop souvent selon lui. Le taux d’emploi des uns va de pair avec celui des autres, veut-il croire. Les 18-25 ans sont eux aussi très touchés par le chômage (environ 25 %).

Dans la fonction publique, des “tutorats inversés” ont même été mis en place. Objectif : que les plus jeunes… forment les plus vieux aux subtilités de certains outils informatiques.

On sort de la tarte à la crème du vieux qui vient transmettre son savoir au plus jeune”, commente Jean-François Verdier. 

Le numérique pourrait-il aider à penser hors de la boîte ? Une évidence, pour Denis Jacquet :

Regardez les sites de ventes en ligne, les plus âgés sont les plus acheteurs. Il faudra bien qu’à un moment, et ça a déjà commencé, que les entreprises embauchent des seniors, qui sont les plus compétents pour s’adresser à cette clientèle.

L’entrepreneur se montre particulièrement critique :  

Il faut vraiment sortir de cette idée de ‘l’obsolescence programmée’ appliquée aux plus de 45 ans, et commencer à les considérer comme une ressource. Autrement, on casse des générations, en attendant l’arrivée du cimetière…

Autre possibilité : le e-learning. Une vraie solution qui ne trouve encore que trop peu d’usage, à en croire Jean-François Verdier.

Trop peu de cadres prennent l’initiative de faire deux heures d’apprentissage en ligne par-ci, par-là”, a-t-il observé.

Tout au long de la vie : s’adapter ?

Le chômage, Reynald Chapuis connaît bien le sujet. Il s’occupe de l’innovation à Pôle Emploi. Sa solution ?  Se concentrer sur les compétences avant tout.

Prenez deux seniors, ils n’ont en commun que leurs âges”.

Autrement dit : des politiques ciblées sur les plus âgées ne remplacent pas de vrais plans de formations, et ce à tous les moments de la vie.

De plus, en segmentant les problèmes (“plans jeunes”, “plans seniors”), on stigmatise davantage ces populations, et cela diminue leur estime d’elles-mêmes, constate Reynald Chapuis. D’ailleurs, trois quarts des candidats cachent l’une de ces données sur son CV : son sexe, son lieu d’habitation ou… son âge ! 

Alors, pour ne plus avoir honte de sa date de naissance, Anne-Marie Guillemard montre ce qui a fait le succès de nos voisins (Finlande, Suède, Pays-Bas notamment) en la matière :

Ces pays ont maintenu l’employabilité de leurs salariés. Ils ont su prévénir.

Car difficile de changer de parcours quand on a occupé 30 ans le même emploi, rempli les mêmes tâches, et que l’on doit tout réapprendre d’un coup.

C’est donc dès la quarantaine qu’un salarié doit être la cible de plan de formation efficace, pour bien gérer son avenir au travail. Il ne faut plus gérer les âges, mais les parcours”, conclue la sociologue.

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