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Laure de la Raudière : « Les réseaux sociaux permettent aux politiques de s'exprimer sans filtre »

Entretien 9 septembre 2016
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Qu'est-ce que les réseaux sociaux changent pour des personnalités politiques ? Simple moyen de communication supplémentaire ou véritable évolution dans leur relation au citoyen ? Comment gèrent-ils les échanges, parfois violents, avec les internautes ? RSLN a rencontré Laure de la Raudière, députée de la troisième circonscription d'Eure-et-Loir (LR).
Laure de la Raudière évoque les réseaux sociaux et l'usage qu'elle en a.

Le matin, vous êtes plutôt radio, média en ligne ou réseaux sociaux ?

Laure de la Raudière : Plutôt réseaux sociaux et médias en ligne, sur smartphone ou sur tablette. Et aussi la télévision lorsque je dors à l’Assemblée nationale, si une session a duré tard dans la nuit. Le poste est entre ma banquette-lit et mon bureau, c’est pratique !

Comment avez-vous découvert les réseaux sociaux ?

« J'ai ouvert mon compte Facebook en 2008, avec une certaine appréhension : était-ce vraiment la place d'un député ? »

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J’ai découvert Facebook en 2007, lorsque j’ai été élue pour la première fois. A l’époque, je n’avais qu’un site web, rien de plus. L’univers des réseaux sociaux m’était inconnu en termes d’usages… J’ai dû ouvrir mon compte au début de l’année 2008, avec une certaine appréhension : était-ce vraiment la place d’un député ? On peut en rire aujourd’hui, mais la question se posait à l’époque !

Auparavant, fin 2006, avant la campagne pour les élections législatives, j’avais surveillé ce qui se faisait sur Second Life, qui était assez populaire. Cela m’intéressait beaucoup de savoir ce que cela pouvait apporter aux politiques d’être sur ce genre de réseaux, et comment ils pouvaient y présenter leurs idées. Ce doit être mon côté « geek »…

Je me suis ensuite intéressée à Twitter, je dirais en 2009. C’est un réseau social dans lequel j’ai tout de suite trouvé un intérêt pour la veille sur les sujets qui m’intéressaient tout particulièrement, comme les nouvelles technologies, les nouvelles formes de communication, l’intelligence artificielle, mais aussi – c’est moins fréquent ! – les séquences génomiques.

 

Au début, j’interagissais avec les gens que je suivais, je posais des questions. Ce n’est qu’un peu plus tard, fin 2009-début 2010, que j’ai commencé à m’exprimer sur Twitter, notamment sur les aberrations législatives que je rencontrais sur le numérique : c’était très rare à l’époque pour un député de s’exprimer sur ces sujets… Mes « coups de gueule » ont commencé à avoir un certain écho et le nombre de mes abonnés a augmenté.

Aujourd’hui, je suis présente sur Facebook et Twitter donc, mais aussi sur Google +, LinkedIn et Instagram – pour être franche, je n’ouvre plus Google+ et mon compte Instagram est géré par mon équipe. Sur LinkedIn, je lis surtout les messages privés que l’on m’envoie. Mais c’est dans mes devoirs de vacances de savoir quoi en faire, comment y être présente et quelle communication y adopter : cela reste un bon outil pour les politiques !

Quelle utilisation avez-vous des différents canaux ?

Sur mon site, je publie des sujets concernant de ma circonscription, ainsi que des billets d’humeur sur la politique nationale. Je me sers plutôt de Facebook comme d’un outil d’audience sans beaucoup d’interactions, puisque je réserve plutôt ces dernières à Twitter, que j’utilise également pour ma veille.

Laure de la Raudière. (DR)

Quel réseau préférez-vous ?

Définitivement Twitter : j’y trouve vraiment l’information politique ou technique qui m’intéresse pour mon activité de député. J’aime le format aussi, qui oblige à être synthétique. Et rien n’empêche d’utiliser un tweet comme accroche et de renvoyer sur le fond d’un dossier grâce à un lien vers son site Internet.

Avez-vous également une utilisation plus personnelle des réseaux ?

Non, c’est uniquement professionnel. J’estime qu’il est quasiment impossible de mélanger les deux… En revanche, je partage un groupe Whatsapp avec ma famille pour garder le contact avec eux, notamment lorsqu’ils sont à l’étranger. J’essaie aussi de les faire venir sur Slack que je trouve pratique pour animer un groupe.

Gérez-vous vos comptes publics toute seule, ou êtes-vous accompagnée ?

Je gère moi-même mon compte Twitter @lauredlr. J’ai un autre compte, @TeamLauredlr, dont s’occupent mes équipes, et qui permet de faire des live-tweets de certaines émissions médias, ou de faire l’annonce de mes passages médiatiques. La gestion de ma page et de mon compte Facebook est partagée.

Si quelqu’un de l’équipe tweete à ma place, cela n’aura pas la même saveur, car lorsque l’on tweete, on exprime sa personnalité. Personne de mon équipe n’oserait publier une remarque d’autodérision sans mon approbation, alors que je me le permets souvent !

Répondez-vous aux messages ou commentaires qui vous sont adressés ?

Absolument, et de façon régulière. Et c’est toujours moi qui réponds, sur n’importe quelle plateforme.

Beaucoup de personnalités politiques ont fait savoir qu’elles avaient du mal à supporter la violence de certains messages ou commentaires qui leur étaient adressés sur les réseaux. Avez-vous déjà été confrontée à cela ?

Oui, c’est souvent le cas, d’ailleurs, après une émission de radio de grande écoute par exemple. Mais je réagis avec beaucoup de distance.

Je reçois beaucoup de tweets qui disent « ta gueule » – pour les plus polis –, mais certains sont aussi de véritables injures ! C’est tellement excessif que c’en est ridicule et que cela ne m’atteint pas : il n’y a aucune volonté de dialogue, juste une envie de cracher à la figure des politiques.

Il ne faut pas faire l’autruche pour autant : cette violence n’est pas à ignorer car elle existe dans la société, pas seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi sur le terrain, quand on tracte par exemple. Ce ne seront pas les mêmes mots, mais la violence vis-à-vis des politiques existe aussi.. Et je pense que tant que les politiques n’auront pas un comportement plus exemplaire, et surtout qu’il n’y aura pas un résultat probant sur les politiques menées en France, cela ne va pas aller en s’arrangeant. C’est aussi pour cela que nous avons besoin d’un profond renouvellement des hommes et des pratiques. C’est une des raisons de mon engagement derrière Bruno Le Maire pour la primaire ouverte de la Droite et du Centre.

Avez-vous un souvenir de « fail » mémorable ?

J’en ai un, oui, mais je ne vous le dirai pas, j’en ai encore trop honte ! Mais je vous assure que ce n’était pas un DM fail… En revanche, il m’arrive régulièrement de faire des fautes d’orthographe. Si le tweet n’a pas généré beaucoup d’interactions, je le supprime et le réécris. Sinon, j’assume !

Pensez-vous que la démocratisation des réseaux sociaux a un impact sur le débat politique ? Il est fréquent d’entendre que cela favorise des stratégies de « petites phrases », au détriment du fond…

« J’ai un souvenir de fail mémorable mais je ne vous le dirai pas, j’en ai encore trop honte ! Mais ce n’était pas un DM fail… »

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Pour un politique, les réseaux sociaux sont formidables : cela permet de nous exprimer nous-mêmes, sans filtre, sans journaliste qui reformule ce que vous dites… On dit ce que l’on veut, quand on le veut. Avant, il fallait soit faire un tract, soit éditer son journal annuel ! Alors que, désormais, tous les jours, on peut communiquer avec ses électeurs. Internet et les réseaux sociaux permettent à chacun d’avoir une audience, y compris pour des élus peu ou pas connus.

Quant aux petites phrases, je n’y crois pas trop : cela a toujours existé et les politiques n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour s’y mettre. Bien sûr, il y a davantage de petites phrases faciles à tweeter en 140 caractères, mais je ne crois pas que cela ait un impact sur la stratégie politique.

Au final, diriez-vous que les réseaux ont modifié votre rapport aux citoyens ?

J’ai toujours eu des rapports numériques avec mes concitoyens car, lorsque j’ai été élue en 2007, j’avais déjà mon site et j’ai toujours communiqué mon adresse mail. C’est en quelque sorte un fonctionnement normal pour moi.

Mais ce qui a changé, par contre, c’est le nombre d’habitants connectés de ma circonscription, en Eure-et-Loir : en 2007, il y avait encore beaucoup de personnes qui n’utilisaient ni les emails, ni les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il y en a beaucoup moins, voire très peu. Donc forcément, on communique davantage par ce biais !

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