Ce qu’une association peut apprendre d’une start-up de l’économie sociale et solidaire share
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Ce qu'une association peut apprendre d'une start-up de l'économie sociale et solidaire

25 mars 2014

Comment les outils numériques et les techniques des start-up peuvent-ils aider les associations à mieux remplir leur objectif solidaire ? Lorsqu’on démarre un projet associatif, comment créer une communauté en ligne et quels outils lui mettre à disposition pour développer des actions ? A partir de l’outil global qu’est Internet, on peut créer du lien local : la preuve avec Cap ou pas cap et HelloAsso, deux projets solidaires dédiés aux associations.
 

Cap ou pas Cap ? 

Lorsqu’un jeune porteur de projet solidaire rencontre un startupeur chevronné de l’économie sociale et solidaire, qu’ont-ils à se dire ? C’est avec cette question en tête que nous avons suivi Jean-Christophe Taghavi, du programme Rêve et réalise, lors de sa journée à l’accélérateur Microsoft Ventures de Paris. L’étudiant est en effet à l’initiative de Cap ou pas cap, un catalyseur de projets citoyens pour la capitale. Il explique :

« A Paris, de plus en plus d’habitants reprennent en mains des pans entiers de leur vie quotidienne : on remarque des initiatives qui travaillent à l’émergence d’autres mondes possibles. Mais elles sont souvent isolées, il y a peu de mutualisation des pratiques. Et les médias ne les mettent pas en avant : on parle plus des problèmes que des solutions ! ».

Afin d’aider le plus grand nombre à devenir « acteurs et non spectateurs de leur vie », Cap ou pas cap recensera tous les projets citoyens des 4ème et 19ème arrondissements de Paris, pour les faire connaître au public avec une application et un site d’information. Ensuite, l’association documentera ces projets inspirants « en organisant des ateliers dans les écoles, pour que les enfants aillent à leur rencontre et puissent devenir enquêteurs-citoyens ». L’objectif serait de produire de l’information utile et pertinente, tout en « s’insérant dans les transformations de l’éducation, vers une logique de projet et la vie de quartier ».
 


 

Hello, Asso ! 

En face de lui, Thomas Guillochon, d’HelloAsso. Un service web de financement pour les associations, qui peut s’apparenter à du crowdfunding de causes d’utilité publique : tout comme Cap ou pas cap, Hello Asso dispose d’un service de cartographie permettant de découvrir les associations les plus proches. En les découvrant ainsi géographiquement, mais aussi en fonction de la cause qu’elles défendent, le citoyen peut choisir de s’engager localement ou simplement d’aider l’association de son choix via un don en ligne. En deux années d’existence, HelloAsso a ainsi collecté plus de 5,5 millions d’euros pour près de 2400 associations. Et c’est sur le principe du pourboire, laissé à la libre appréciation des donateurs, qu’HelloAsso se rémunère en tant qu’intermédiaire.

Jean-Christophe a inscrit Cap ou pas cap sur HelloAsso pour collecter des dons, avant d’y découvrir « d’autres fonctionnalités proches de ce qu’on veut faire ». Ce service en ligne est ainsi devenu un modèle pour la jeune association. Mais la comparaison s’arrête là : alors qu’HelloAsso est surtout un outil à disposition des associations, Cap ou pas Cap serait plutôt l’occasion d’un véritable travail d’animation de communauté : le jeune homme a la ferme intention d’aller chercher lui-même les porteurs de projets solidaires les plus inspirants dans Paris. 

Autre différence de taille, HelloAsso est un service d’ESS ou « économie sociale et solidaire » : comme une association, il se dédie à une cause d’intérêt général, mais il s’appuie aussi sur un véritable business model. Au départ, c’est d’ailleurs avec un peu de défiance que Jean-Christophe observe l’ESS : 

« Nous on ne vend pas un service, on n’a pas vocation à se transformer en vitrine de supermarché ».
 

Le numérique pour construire une communauté solidaire

Pourtant, n’y a-t-il pas un enseignement derrière le modèle d’HelloAsso ?

« Tu as la volonté de créer une communauté forte, lui explique Thomas Guillochon. Regarde HelloAsso : notre communauté est dirigée par les associations. Si tu veux être reconnu comme une référence pour elles – et il faut que tu le sois –, tu devrais leur laisser l’opportunité de s’inscrire elles-mêmes ». 

Cela n’empêche pas, comme l’a conseillé un autre mentor à Jean-Christophe, de mettre l’accent sur le contact humain. Mais « pour que ces associations vous reconnaissent et se sentent valorisés par votre action, ne négligez pas les outils numériques et leur potentiel », conseille Thomas Guillochon : 

« Tu parles de financement de porte à porte, c’est génial mais ça peut aussi passer en ligne ! Le numérique te permet d’automatiser certaines actions pour te laisser le temps de passer à l’échelle. Pour cela, il faut que tu réfléchisses à quelles données demander à ceux qui s’inscrivent sur ton site, ce que tu vas pouvoir en faire – les utiliser pour les contacter, comment, quels services leur proposer… ? C’est plus facile que les gens puissent s’inscrire sur ton site et viennent à toi plutôt que de devoir aller les chercher toi-même et qu’ils doivent t’envoyer un mail… cela te laisse du temps pour t’occuper d’autres choses pour l’asso et aller plus loin ». 

Laisser sa communauté venir à soi, c’est aussi un facteur d’engagement pour l’association qui veut s’inscrire : 

« En venant donner des informations, nos associations font le choix de participer à notre modèle et de venir grossir notre communauté. D’ailleurs elles échangent parfois entre elles à propos d’HelloAsso, elles se le recommandent les unes aux autres. Elles sont ainsi nos meilleurs ambassadeurs et nous aident beaucoup ».
 

…oui, mais après ? 

Ces conseils resteront parmi les plus prodigués, ce jour-là, par les mentors de l’accélérateur Microsoft aux jeunes porteurs de projet de Rêve & Réalise. Car ces derniers étaient nombreux à avoir perçu l’importance, pour commencer, de réunir une communauté et de diffuser des informations – à l’image de Rhiffar, 26 ans et Yélise, 18 ans, qui souhaitent venir en aide aux mères isolées : dans leurs villes de Poitiers elles ont trouvé 70 associations sur ce thème et en ont rencontré 25. A plus long terme, les deux jeunes filles voulaient organiser des ateliers et des projections-débat. Mais confrontées à la nécessité de s’inscrire dans leur écosystème et de mobiliser autour de leur projet, elles se sont d’abord orientées vers une brochure d’information et un annuaire.

« Un annuaire pour constituer votre communauté, un projet éditorial pour l’informer : ce sont de bonnes bases de départ pour vous faire connaître et développer votre potentiel d’action, leur expliquait Erwan Kezzar, le cofondateur de l’école Simplon. Mais ensuite ? Comment aller au-delà pour agir vraiment ? C’est le moment où vous allez avoir besoin de bons facteurs de différentiation ».

La solution du coach d’un jour ? « Cultivez votre potentiel rétention : gardez les données, observez les tendances et capitalisez dessus pour votre action ». Une référence au modèle AARRR (Acquisition, Activation, Rétention, Referal, Revenus), qui permet de lancer simplement sa startup en 5 étapes.

Thomas Guillochon commente :

« C’est logique qu’au stade du lancement, on soit dans cette logique de recherche d’info, de création de données sur laquelle on va mettre un applicatif. Pour ces jeunes associations, c’est déjà une opportunité de se tester, de mesurer l’attractivité de leur future plateforme et si elle peut intéresser les gens. L’annuaire permet de récupérer les premiers ambassadeurs potentiels. Il peuvent ainsi lancer des fonctionnalités avec eux et arrêter si ça ne marche pas ».
 

Bilan : faut-il développer son asso comme une start-up ?

A la fin de la journée, Jean-Christophe revient sur les principaux enseignements, expliquant qu’il retiendra des conseils « judicieux, intéressants, concrets et illustrés » pour « mettre la techno au profit d’un objectif solidaire ». Pour commencer, il envisage de réfléchir à la dimension collaborative de son site web.

Et sur le monde de l’ESS et des startups ? 

« Il y a des points sur lesquels tous les mentors sont revenus en fonction du filtre de leur métier. Ils nous demandent par exemple : « quelle est la plus value de votre projet et le service que vous apportez au public ? » Nous on ne se situe pas dans le champ de l’ESS, mais ça fait le pont… et cela nous donne de super conseils pour assurer la viabilité de notre projet, pour construire quelque chose de plus solide et fondé. Par exemple, comment pitcher au-delà de la flamme associative ? ».

« On doit avoir une approche stratégique et markettée de notre travail, même si ce sont des projets très solidaires », confirme Thomas Guillochon. Esquissant ainsi le pont entre ESS et monde associatif.

 

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