Richard Lefrançois : « Il faut voir la personne ainée comme une ressource » share
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Richard Lefrançois : "Il faut voir la personne ainée comme une ressource"

29 juillet 2013

A notre colloque « Senior et alors ? », le sociologue et gérontologue québécois Richard Lefrançois est venu partager sa vision d’une « anthropologie constructive et positive du vieillissement ». Son objet d’étude ? Les technologies et les pratiques qui aident à mieux vieillir, à rebours d’un discours dominant selon lequel les personnes âgées sont un obstacle à la progression de la société. Conscient qu’il y a « des opportunités de croissance dans le vieillissement », le spécialiste explique s’intéresser « à l’expérience de vie plutôt qu’à la longévité » et à « la qualité plus qu’à la quantité ».

Rester actif, la clé du « bien vieillir »

Pour lui, il y a en effet trois façons de vieillir. Les décrocheurs sont des personnes à l’abandon de la société, souvent en détresse car elles n’y sont plus adaptées. Les spectateurs regardent la marche du monde sans s’impliquer dans des actions qui pourraient pourtant les faire grandir. Les acteurs représentent au contraire une vieillesse active et optimale, parfois engagée dans des causes militantes.

Le vieillissement qu’encourage Richard Lefrançois serait plutôt inspiré de cette dernière catégorie : il serait ainsi actif et optimal. Actif, par le maintien d’un engagement social, le soutien des proches, des loisirs ou même du travail rémunéré. Optimal, par la santé, la sécurité, l’autonomie… ainsi que tous les paramètres qui autorisent la poursuite du développement personnel. Car « la sociabilité des personnes âgées demeure intacte et leur capacité d’adaptation est également importante », rappelle le spécialiste. Ce qui ne veut pas forcément dire que nos Seniors devraient travailler plus longtemps : 

« Au fil des années le vieillissement actif (s’engager) est devenu un vieillissement dans le monde du travail. Or les ainés ont un rôle beaucoup plus important que de continuer à travailler. Je suis ouvert à l’idée d’allonger un peu au nom de la solidarité mais il faut avoir une liberté de choisir de continuer ou non son travail. C’est la société qui a voulu que la vie soit longue c’est à elle de trouver des solutions au travail ».  
 

Changer de point de vue sur nos aînés pour mieux les intégrer

La fin de vie connaît des bouleversements et un véritable paradoxe : alors que l’espérance de vie augmente rapidement, on reste considéré comme « vieux » par nos pairs au même âge qu’avant, voire de plus en plus jeune (50 ans sur le marché du travail). Alors qu’on soigne de mieux en mieux les maladies du grand âge (cancers, alzheimer…), déclassement et précarisation guettent des personnes à qui il reste souvent plus de trente ans à vivre. D’un côté, on glorifie des longévités exceptionnelles qui font la fierté des familles, et de l’autre on regarde la vieillesse comme une déficience, le début d’un naufrage.

Nos aînés doivent ainsi faire face à l’exclusion et l’isolement (discrimination à l’embauche, précarisation et décrochage, insécurité économique…), aux représentations négatives (agisme, stigmatisations), et même à des maltraitances (négligence, mauvais traitements, abus, exploitation financière…). 

Condamnant cette « vision apocalyptique » d’un vieillissement que l’on associe à la crise de notre société, Richard Lefrançois en appelle à transformer nos représentations sociales :

« On regarde la colonne des passifs plutôt que des actifs. Or une personne malade, remise sur pied, c’est une personne qui contribue socialement, elle créé des emplois (médecins, infirmiers, aide à domicile…). Le coût associé au service de santé est à mettre en perspective, ce n’est pas une perte nette ».

On aurait tort également de considérer que seuls les jeunes peuvent être créatifs. La catégorie « seniors » elle-même a tendance à enfermer artificiellement ce qui reste un monde riche et varié, avec au moins deux vitesses : du jeune sénior (50-64 ans) à la petite vieillesse (65-79 ans), les facultés ne sont pas les mêmes qu’au moment de la grande vieillesse (80-89 ans) et même de l’extrême vieillesse (90+). « Il y a des seniors branchés à internet et d’autres branchés sur des outils médicaux », rappelle Richard Lefrançois.

Alors, quand l’économie fait grise mine, pourquoi ne pas miser justement sur l’économie grise ? « L’innovation technologique, au cœur d’une économie grise humanisée et solidaire, met la personne vieillissant au centre des politiques et des projets », explique le gérontologue, avant de conclure : 

« Il faut voir la personne ainée comme une ressource, un atout, un espoir et non comme un obstacle ou une menace ».

Retrouvez l’intégralité de l’intervention de Richard Lefrançois ici en vidéo !


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