Robin Berjon : « HTML5 pour faire d’Internet un outil plus égalitaire » share
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Robin Berjon : "HTML5 pour faire d'Internet un outil plus égalitaire"

27 octobre 2014

Ce 28 octobre est officiellement publiée la Recommandation sur le langage informatique HTML5 du Consortium World Wide Web (W3C), organisation à but non lucratif dont le but est de promouvoir la compatibilité des technologies du Web. Un événement marquant puisque cette cinquième révision majeure du format de création de sites et d’applications en ligne s’impose d’ores et déjà comme la clef de voûte du Web. Rencontre avec Robin Berjon, éditeur de la norme HTML au sein du W3C.

Aujourd’hui disponible sur de nombreux terminaux, le standard HTML5 baisse les coûts de développement d’applications de haute qualité, utilisable partout, à tout moment, indépendamment du système ou du terminal utilisé.

« Il nous paraît aujourd’hui naturel de regarder une vidéo ou d’écouter de la musique directement dans son navigateur, ou encore d’utiliser un navigateur sur son téléphone, précise la grande figure du Web, Tim Berners-Lee, Directeur du W3C dans un communiqué publié aujourd’hui. Nous nous attendons à pouvoir partager des photos, faire du shopping, lire le journal et accéder à toute information partout, et sur tout type de terminal. Bien qu’invisibles pour la plupart des utilisateurs, HTML5 et la plateforme Web sont à l’origine de leurs attentes croissantes. »

Le cabinet Gartner a ainsi identifié HTML5 comme faisant partie des dix technologies mobiles les plus importantes pour 2015-2016. 

Et c’est un travail de titan qu’a mené le W3C depuis presque deux ans, faisant suite à l’annonce officielle de la définition complète d’HTML5. Une large communauté structurée autour du projet Test The Web Forward, a ainsi mené plus de 100 000 tests afin d’assurer l’interopérabilité de la plateforme Web. Un projet que vient couronner aujourd’hui la Recommandation publiée par le W3C.

RSLN : quand est apparue la première version de HTML?

Robin Berjon : La première version de HTML était le document « HTML Tags » qui est encore consultable sur le Web.

C’est un document très court, qui correspond aux capacités très limitées du langage à l’époque. C’est plus une documentation de fait qu’un standard du web comme on le décrit aujourd’hui. Nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis.

Comment s’était déroulée la définition complète du HTML5, aboutie il y a maintenant deux ans ?

R.B : L’histoire de HTML est longue, et l’histoire de HTML5 est particulièrement alambiquée. Vers la fin des années 90, le W3C a entamé une redéfinition de HTML. Sur le papier, ça avait de bons cotés, mais en pratique ça n’a jamais décollé.

De ce fait un groupe est parti de son coté en 2004, le « WHATWG », pour revenir à HTML dans sa forme originelle. Après de longs débats, cet effort est revenu prendre place au W3C en 2007 et c’est cette lignée de la technologie que nous menons à terme aujourd’hui.

Malgré ce parcours un peu chaotique et un temps de développement anormalement long, le cœur du fonctionnement du W3C reste l’inclusion. Nos discussions sont ouvertes à tous, tout le monde peut participer. Évidemment, il faut avoir un minimum de niveau technique pour contribuer, mais c’est tout. C’est un principe d’ouverture que nous allons d’ailleurs renforcer.

Le plus gros de l’innovation, la magie qui est devenue quotidienne, vient des rangs des développeurs Web qui prennent part à la réflexion. Aujourd’hui, même s’ils ont le droit de participer et le font parfois très efficacement, il reste encore souvent trop difficile de comprendre le fonctionnement du système. Nous allons résoudre ce problème en adoptant plus directement les mêmes outils et méthodes qui sont les leurs.

Mais ce n’est pas la fin de la route ! Nous avons encore beaucoup de choses à spécifier, et j’ai déjà commencé à travailler à la suite.

 

Combien de personnes ont participé au projet Test the web forward, dont le but était de tester cette version aboutie du HTML5  ?

R.B : Je n’ai pas de chiffres officiel, mais au minimum plusieurs centaines. Nous avons organisé une dizaine de workshops dans plusieurs villes (dont Paris) afin de former les développeurs Web intéressés à la façon dont nous faisons les tests.

Il reste encore beaucoup de choses à améliorer, mais dans l’ensemble le projet a été un succès majeur. Nous bénéficions de 250.000 tests et d’une communauté qui en ajoute de nouveaux chaque jour. Ça peut sembler technique, mais les tests sont essentiels. C’est grâce à eux que l’ont peut aller chercher les différences de fonctionnement entre navigateurs qui rendent la vie des développeurs (et des utilisateurs) plus difficile. Une fois identifiées, on peut les éliminer.

Comment se matérialise la recommandation que vous publiez aujourd’hui ?

R.B : C’est un document publié en ligne disponible à tous et un excellent livre de chevet !

Diriez-vous que HTML5 est au service d’une plus grande égalité des usages liés au numérique dans le monde?

R.B : Absolument. L’accès à tous est un axe majeur du W3C. Évidemment, c’est une question difficile et il reste toujours des aspects à améliorer, mais HTML5 apporte son lot d’améliorations. Celles-ci se ventilent sur plusieurs points :

Tout d’abord l’accessibilité. HTML enrichit ses capacités sémantiques et la possibilité qu’il y a pour les développeurs de définir le contenu de leurs pages et applications de façon logique plutôt que simplement visuelle. Ceci permet au même contenu d’être rendu de manière accessible bien entendu sur écran, comme beaucoup d’entre nous en ont l’habitude, mais aussi par exemple pour les malvoyants.

Nous avons aussi amélioré l’internationalisation. Les cultures humaines ont produit une diversité vertigineuse de langues et de systèmes d’écriture. Or, il est vital que toutes les cultures du monde puissent s’exprimer sur le Web. C’est une promesse que nous tenons de mieux en mieux.

Cette flexibilité des technologies web, qui leur permet de s’adapter aux cultures et aux personnes, est aussi ce qui rend le Web utilisable sur des terminaux mobiles, parfois très limités. Cette partie est notamment importante pour les utilisateurs dans des pays émergents qui ont plus souvent accès à un mobile qu’à un ordinateur portable, et qui ne bénéficient pas de la bande passante disponible dans une grande métropole industrialisée. HTML5 apporte des optimisations qui permettent à des contenus de qualité identique de fonctionner dans ces situations où les contraintes sont plus fortes.

Pour vous, HTML5 va ouvrir le champ d’une prochaine génération d’innovations, de quel genre s’agit-il ?

R.B : HTML est un langage essentiel du Web, mais ça n’en représente qu’une partie. Beaucoup de travail est en cours à tous les niveaux. Dans le domaine du style, des innovations sont en cours pour permettre au contenu Web d’avoir un rendu comparable aux livres les plus beaux, afin que les livres deviennent un format usuel du Web. Du coté de la programmation, nous ajoutons toujours plus de fonctionnalités, notamment pour rendre toutes les fonctions d’un terminal utilisables depuis le Web. Ça concerne aussi bien des technologies de communication comme Bluetooth que plus généralement un système de paiement universel.

Nous regardons du coté de la prochaine génération de terminaux sur lequel le Web est appelé à devenir commun: télévision, wearables technologies, automobiles, et bien sûr l’Internet des objets. Nous menons aussi des travaux sur l’amélioration de la sécurité en ligne afin de toujours mieux garantir le respect de la vie privée et mieux protéger les utilisateurs contre la surveillance de masse, qu’elle soit commerciale ou étatique.

Cette recommandation HTML5 finalisée, quelles sont les prochaines étapes aujourd’hui pour le W3C?

R.B : De façon générale, le Web doit pouvoir s’intégrer et prendre en charge tous les aspects de nos vies numériques. De ce point de vue là, tout ce que vous ne pouvez pas encore faire sur le Web est pour nous une prochaine étape. Plus précisément, en ce qui concerne spécifiquement HTML, nous sommes déjà lancés sur un projet qui rend l’élaboration des normes qui le composent plus rapides et plus faciles; notamment plus ouvertes aux développeurs Web.

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