RoboLift11 : Pourquoi les robots ne rencontrent-ils pas forcément le succès attendu ? share
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RoboLift11 : Pourquoi les robots ne rencontrent-ils pas forcément le succès attendu ?

4 avril 2011

Dans la première partie de notre reportage à Robolift11, la conférence organisée par LIFT en parallèle du salon Innorobo au Palais des Congrès de Lyon, qui s’est tenue du mercredi 23 au vendredi 25 mars, nous nous sommes intéressés à ce qu’est un robot autour d’une idée forte : ils sont souvent bien plus proches de nous que ce que l’on pourrait penser.

Pour cette deuxième partie : focus sur la valeur ajoutée de ces robots. Avec, aussi, une tentative d’explication au peu d’engouement qu’ils suscitent pour l’instant auprès du grand public.

« L’industrie robotique ne doit pas être cool, elle doit se concentrer sur les individus » : loin des gadgets ou de l’image de jouet qu’elle véhicule, la robotique doit se focaliser sur les besoins des utilisateurs, sur ce que le public est prêt à dépenser pour de nouvelles solutions. C’est en tout cas ce qu’explique Colin Angle.

Un robot oui, mais pour faire quoi concrètement ?

Il existe plus de 200 sociétés et développeurs de robots dits de service pour un secteur qui pesait déjà en 2009, 13,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Et les secteurs couverts sont extrêmement variés : le secteur de la défense domine logiquement, suivi par l’agriculture, loin de son image anachronique, puis par le nettoyage.

On trouve ainsi des robots d’inspection, de maintenance, de construction ou de démolition, de la robotique médicale, des robots de sauvetage, de logistique… Il existe de la même façon des robots de « relations publiques » (des traducteurs par exemple), d’assistance aux handicaps ou encore sous-marin : des robots ont, par exemple, permis de connaître précisément l’étendue des plaques de pétrole pendant la catastrophe du Golfe du Mexique en avri 2010 et de tenter de colmater les brêches.

En clair, ce n’est pas la forme d’un robot qui détermine sa classification mais bien son usage.

Un robot, combien ça coûte ?

Mais au delà de la forme et de l’usage, ce qui fait pour l’instant défaut, c’est l’attractivité : les robots domestiques accomplissent des tâches simples à des coûts extrêmement élevés – plusieurs milliers d’euros pour la plupart.

Fujiko Suda, japonaise et ethnographe du design, en proposant un tour de sa maison et des robots qui la remplissent, illustre cette problématique : un robot faisant couler votre bain et annonçant lorsqu’il est prêt est certes pratique – et vous évitera sans doute d’inonder votre salle de bain – mais au regard du prix actuel des robots, cela relève encore du gadget. L’enjeu de baisse des prix de revient est essentiel pour franchir la barrière des marchés et populariser la pratique et l’usage de ces robots.

Dieu, les hommes et les robots

En poussant au delà des explications économiques, certains des participants à la conférence avancent des raisons culturelles et religieuses à l’échec des robots domestiques en Occident pour l’instant.

Interrogée sur la raison pour laquelle les robots ont émergé au Japon et en Corée plutôt qu’en Occident, Fujiko Suda répond spontanément que la différence est religieuse :

« Créer un robot, c’est un peu comme jouer à Dieu. Or au Japon, nous n’avons pas un dieu qui a créé les hommes, nous n’avons pas peur de nos dieux. » [Il y a environ 8 millions de « Kamis », de divinités au Japon]

Jean-Claude Heudin s’appuie lui sur l’Exode pour expliquer la méfiance occidentale vis-à-vis des robots :

« Tu ne feras aucune image sculptée, rien qui ne ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur Terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la Terre. » (chapitre 20:4)

Il explique que, contrairement au Japon ou à la Corée où le robot est un compagnon de vie, en Europe les robots véhiculent cette angoisse des « prophéties de dépassement de l’humain par une intelligence artificielle qui nous serait immensément supérieure ».

Il illustre son propos : en 1957, Herbert Simon, futur prix Nobel d’économie et prix Turing, prédisait ainsi qu’un ordinateur pourrait battre d’ici dix ans, un humain. Prophétie réalisée en 1997 avec la victoire de Deep Blue sur Garry Kasparov… mais avec tout de même 40 ans de retard.

Jean-Claude Heudin ne croit pas en ce dépassement de l’homme par la machine, pas plus qu’à la singularité, c’est-à-dire le moment où « la machine créera la machine ». Mais elle explique selon lui au moins en partie cette réticence envers la robotique.

Les robots n’ont pas pour vocation à remplacer les humains ou à les asservir comme dans certains livres de science-fiction : au contraire, « il faut profiter des capacités de la machine pour que nous, humains, on puisse les utiliser le plus facilement possible » explique Heudin.

Et pour réussir cela, la robotique doit s’adapter aux différentes cultures, reprend Fujiko Suda :

« Dans la culture japonaise, le robot ou la machine sont acceptés comme des amis, il faut comprendre cette relation et cette culture entre le robot et l’humain. »

Repenser les robots

Dans ce sens, elle invite à repenser la relation avec les robots, qui ne sont pas simplement destinés à des « fans de gadgets » mais qui ont un véritable rôle social à jouer, notamment auprès des personnes âgées, mais pas exclusivement.

Et cela passe nécessairement par une adéquation des robots aux besoins des utilisateurs, alors même que « les robots deviennent de plus en plus humains, et les humains deviennent de plus en plus robots » continue t-elle, reprenant Hiroshi Ishiguro, célèbre roboticien.

Dans cette optique, améliorer la technologie seule ne suffit plus : il faut penser différemment, apporter une réelle plus value pour les utilisateurs, répondre aux attentes et repenser les interactions entre l’homme et la machine pour innover et in fine garder l’humain au centre de la technologie.

> Pour aller plus loin

Illustrations : RoboLift11, flickr, licence CC, liftconferencephotos

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