Ross Atkin : penser l’accessibilité by design avec le numérique   share
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Ross Atkin : penser l'accessibilité by design avec le numérique  

Entretien 14 juin 2016
Designer et chercheur, diplômé de la Royal School of Design, Ross Atkin est spécialiste des questions d’accessibilité. Particulièrement liée à l’usage du numérique, sa démarche s’inscrit à la croisée des enjeux de la ville intelligente et de l’open data. Retour sur son parcours et sa vision de la ville intelligente à l’heure de l’Internet des Objets.

Pourquoi avoir choisi, en tant que designer, de vous spécialiser dans les enjeux d’accessibilité ?

rossatkin

Ross Atkin : Au départ, comme beaucoup de jeunes designers, j’ai dû travailler avec les normes d’accessibilités en vigueur et je me souviens d’avoir été très frustré par ces contraintes. On ne comprenait pas quel était leur contexte de production et donc, on ne comprenait pas non plus comment répondre au mieux aux besoins de l’usager.

J’étais donc très enthousiasmé à l’idée de commencer des recherches et de faire un terrain ethnographique avec les handicapés pour pallier ce manque de compréhension. C’est ce que j’ai fait pendant plus de 5 ans à travers plus de 6 projets de recherche.

 

Qu’est-ce que cela a apporté à votre travail ?

Depuis que je fais de la recherche, les problèmes sont beaucoup plus apparents, notamment en termes d’impact des décisions de conception sur les vies quotidiennes des handicapés.

J’ai compris par exemple qu’en tant que designers, nous marchandions souvent entre les besoins liés à différents types de handicaps. Or, quand on conçoit un espace public, il faut que celui-ci soit vraiment accessible à tous, même si les besoins des différents types de handicaps entrent parfois en conflit. Il s’agit en réalité de trouver le juste compromis pour ne pas défavoriser les uns en aidant les autres.

Pensez-vous que l’accessibilité soit un enjeu sous-considéré en design ?

Totalement : le design s’y intéresse avant tout par le biais de normes. Il y a bien sûr différents niveaux de littéracie en la matière, mais je pense que les designers pourraient s’engager plus fortement dans cet enjeu de façon plus participante avec les handicapés. Cela améliorerait vraiment les choses.

Quels sont selon vous les contraintes qui nuisent au développement de l’accessibilité ?

Pour être franc, je pense que la question du développement de l’accessibilité réside surtout dans sa valeur commerciale… Nous savons parfaitement concevoir des objets accessibles, mais nous manquons parfois d’arguments économiques pour convaincre de les mettre en place.

Si l’on faisait le lien mathématique entre le coût que représente l’impossibilité de se déplacer convenablement pour un handicapé, versus l’investissement en infrastructures accessibles, je pense que cela progresserait beaucoup plus vite.

Vous avez conçu une gamme de mobilier urbain accessible et numérique : comment répond-il à ces enjeux ?

Aujourd’hui, la technologie permet de fournir une meilleure information à l’usager. Il faut se servir de cette avancée dans le domaine de l’accessibilité. L’idée de départ de mon projet « Responsive Street Furniture » tient dans le fait qu’en tirant parti de ces informations, on peut développer des infrastructures capables de s’adapter aux individus. En d’autres termes :  on ne doit plus concevoir une « taille unique » censée satisfaire tout le monde.

A Londres par exemple, nous sommes en train de développer les moyens de savoir, via son smartphone et les données de TFL, quand traverser avant que les voitures n’arrivent. On peut également réduire le niveau de luminosité des lampadaires quand personne n’est à proximité, et les adapter au parcours d’un citadin grâce à un dialogue entre son smartphone et la puce RFID du lampadaire, qui s’illuminera plus ou moins si la personne a des troubles visuels.

À quoi pourrait ressembler, selon vous, la ville intelligente de demain, notamment en termes d’accessibilité ?

L’idée qui sous-tend celle de la smart city réside dans le fait que la collecte de données – par le biais de l’Internet des objets – va permettre aux infrastructures de s’adapter aux besoins de chacun. C’est extraordinairement excitant ! Je pense que les voitures connectées, qui s’inscrivent notamment dans cette mouvance, vont représenter un bel enjeu pour les personnes incapables de se déplacer.

Concernant les big data et l’intelligence artificielle, je pense qu’il y aura de belles applications utiles pour tous, même si je vois un effet de hype autour de ces notions qui me paraît un brin exagéré. Par contre, là où l’intelligence artificielle et le deep learning s’avèrent en revanche vraiment utiles, c’est du côté des systèmes d’interprétations du monde qui interprètent pour les déficients visuels le monde autour d’eux et le leur traduisent. Au final, il ne s’agit pas à tout prix de choisir la toute dernière technologie de pointe, mais juste la bonne pour aider les autres.

Enfin, je suis convaincu que l’accessibilité est une démarche de recherche permanente et non un objectif à atteindre : je ne pense pas que l’on puisse se réveiller un jour et se dire que nous avons enfin bâti la cité accessible idéale. Au contraire, nous allons sans cesse l’améliorer, inclure de plus en plus de personnes et en ce sens.

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