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Ségolène Neuville : « L’ambition de la France, c’est que le numérique soit un outil au service des personnes en situation de handicap »

Entretien 28 juin 2016
Actions et ambitions de la France en matière d’accessibilité numérique, innovations technologiques, relations avec les associations et les entreprises… RSLN s'est entretenu avec Ségolène Neuville, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion.
Accessibilité numérique : quel est le rôle de l'Etat ? Entretien avec Ségolène Neuville.

Quelle est l’ambition de la France en matière d’accessibilité numérique ?

Ségolène Neuville : L’ambition est claire : que le numérique soit un outil au service des personnes en situation de handicap, qu’il participe à leur autonomisation. La France doit pouvoir se hisser au même rang que tous les pays qui sont moteurs en matière d’innovation numérique, et en particulier pour la compensation du handicap.

Pour cela, il ne faut pas que nous prenions le même chemin que celui que nous avions pris pour le bâti : il faut mener une véritable réflexion d’anticipation sur la conception des logiciels ou progiciels avant même qu’ils ne soient disponibles au grand public. Et ce en prenant bien en compte tous les types de handicaps.

Concrètement, quelles sont les actions menées par l’Etat en matière d’accessibilité numérique ?

Selon moi, le service public doit servir d’exemple pour que le secteur privé suive le mouvement. C’est le sens de la mise en place du Référentiel général d’accessibilité des administrations (RGAA), qui sert de base pour que l’ensemble des sites de l’administration soient correctement accessibles. Actuellement, nous travaillons à ce que tous ces sites soient accessibles lorsqu’on s’en sert depuis un smartphone, car il faut aussi, évidemment, adapter l’accessibilité aux usages.

« Le service public doit servir d’exemple pour que le secteur privé suive le mouvement. »

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Ensuite, il y a le projet de loi numérique porté par Axelle Lemaire : nous avons beaucoup travaillé ensemble pour aboutir à un certain nombre de résultats. Cela n’est pas définitif car le projet de loi n’est pas encore voté, mais des choses avancent. C’est par exemple le principe que tous les sites web publics, mais aussi éventuellement ceux des entreprises privées ayant des délégations de services publics, soient accessibles à tous les types de handicaps.

Autre exemple : la question des appels téléphoniques pour les personnes sourdes et malentendantes. Au-delà de l’Etat, les opérateurs, voire certaines entreprises privées ayant là encore une délégation de services publics, ont également la responsabilité de rendre accessible les téléphones, en proposant une traduction en langage des signes ou en langage parlé complété, visuel, permettant à toutes les personnes sourdes et malentendantes de passer leurs appels comme tout un chacun.

Enfin, le commissariat général à l’innovation va prochainement lancer un concours, à hauteur de 2 millions d’euros, pour récompenser des innovations dans le domaine du handicap.

Justement : il existe beaucoup d’innovations technologiques faites pour encourager l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société, portées par l’écosystème associatif voire parfois privé. La place de l’Etat s’en trouve-t-elle bouleversée ? Et si oui, quel rôle peut-il désormais jouer ?

C’est une excellente chose que l’ensemble de la société bouge pour le handicap. On ne peut construire une société inclusive que si on fait changer le regard sur le handicap : pendant longtemps, les personnes en situation de handicap ont quand même été, il faut le reconnaître, à part de la société.

« L'Etat tient son rôle d’aiguillon : il montre à la fois l’exemple et aussi la voie vers une société inclusive qui est l’objectif de nos actions. »

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L’Etat seul ne peut pas changer cet état de fait. Il faut que l’ensemble des acteurs de la société participent à ce changement, et qu’ils voient finalement les personnes en situation de handicap d’abord et avant tout comme des personnes qui utilisent ou consomment des objets numériques, qui ont des projets, des envies, des métiers, des compétences…

Et les initiatives qui permettent de compenser le handicap par le biais du numérique sont bien là, comme nous pouvons le constater ne serait-ce que pour les enfants atteints de troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, etc.) ou de troubles du spectre autistique.

Finalement, l’Etat tient son rôle d’aiguillon : il montre à la fois l’exemple et aussi la voie vers une société inclusive qui est l’objectif de nos actions.

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