Sida : ce que le numérique apporte à la lutte

10 juillet 2014

Le numérique a-t-il un rôle à jouer dans la lutte contre le sida ? A l’occasion du festival Solidays qui se tenait fin juin, tour d’horizon des initiatives numériques qui pourraient faire bouger les lignes dans les années à venir dans la lutte contre la maladie.

Le 29 juin dernier, François Hollande a annoncé qu’il ne réduirait pas la contribution de la France au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Si la crise économique et budgétaire continue de paralyser de nombreuses politiques publiques, cette décision du Président de la République a valeur de symbole du maintien de la lutte contre ces maladies comme une priorité. Et pour cause, en Grèce par exemple, en 2010, la suspension du programme gouvernemental qui permettait aux drogués de disposer de seringues stériles s’était suivie d’un bond record de 1250 % du nombre de contaminés dans le centre-ville d’Athènes. Une urgence qu’est venue rappeler Bill Gates, présent lors de l’ouverture du festival Solidays, organisé fin juin par l’association Solidarité sida :

« La France, avec les États-Unis, sont les plus gros donateurs du Fonds mondial contre le sida. Et c’est parce que les gens acceptent de payer des impôts et de participer à cet effort commun qu’on avance.« 

Au cours de l’événement, nous nous sommes questionnés sur le potentiel qu’avait le numérique dans la lutte contre cette maladie. Tour d’horizon des initiatives numériques qui pourraient faire bouger les lignes dans les années à venir.

Les jeux sérieux ou l’intelligence collective au service de la recherche

Nous en avons déjà parlé sur RSLN, les jeux vidéo sont désormais régulièrement utilisés par le monde scientifique pour faire avancer la recherche médicale. En septembre 2011, le « jeu sérieux » Foldit, mis au point par des chercheurs de l’Université de Washington, a ainsi permis de déceler la structure d’une protéine qui bloquait les chercheurs depuis plus d’une décennie, et ceci en seulement trois semaines. En ayant recours à l’intelligence collective, les chercheurs ont voulu résoudre un problème que ni eux, ni les ordinateurs ne savaient alors résoudre. Et l’enjeu était de taille puisqu’en manipulant des molécules virtuelles, les milliers de joueurs en ligne ont ouvert la voie à l’élaboration d’un nouveau traitement du HIV.

Pour Firas Khatib, l’un des chercheurs de l’équipe, « l’ingéniosité des joueurs est une force formidable si elle est correctement guidée. Elle peut être utilisée pour résoudre un large spectre de problèmes scientifiques.« 

L’accès à la technologie, « clé de l’éradication du VIH »

Les nouvelles technologies jouent également un rôle fondamental dans un autre enjeu majeur, réaffirmé lors des Solidays : le dépistage du sida, défi qui garde toute son actualité, notamment dans les pays en développement. Astrid, bénévole au festival, raconte :

« Dépister le plus tôt possible permet de traiter plus efficacement. En France on peut se considérer comme assez performants, mais les efforts doivent être faits à l’échelle mondiale, notamment dans les pays en plus grande difficulté. Bill Gates évoquait l’Afrique et à juste titre, il faut leur donner des moyens simples et efficaces de dépister le sida efficacement.« 

Au Mozambique par exemple, où 11,5% des 15-49 ans sont séropositifs, la moitié des enfants infectés par le virus et ne bénéficiant d’aucun soin meurent avant d’atteindre l’âge de deux ans. Sont mis en cause le manque d’accès au traitement et, surtout, les diagnostics tardifs. Trois associations usent donc du numérique pour détecter plus tôt les cas d’enfants malades, notamment dans les régions rurales et les plus pauvres.

Sur place, l’Unicef, le Clinton Health Initiative et Médecins sans frontières ont ainsi accès depuis l’année dernière au « dépistage de la charge virale », via un nouvel appareil de surveillance qui pourrait bientôt être déployé dans l’ensemble de pays. Norme d’excellence reconnue par l’Organisation mondiale de la santé permettant de calculer la quantité exacte de virus dans l’organisme, la technologie de dépistage de la charge virale est considéré par un coordinateur de Médecins sans frontières comme une « clé à l’éradication du VIH », en amenuisant drastiquement le risque de transmission du virus.

calcule la quantité exacte de virus dans l’organisme – See more at: http://blog.lesoir.be/leblogdesmsf/2014/05/09/vih-au-mozambique-permettre-le-depistage-de-la-charge-virale/#sthash.0bB25dXN.dpuf

Alors que dans le pays, les examens nécessitent habituellement le prélèvement d’une goutte de sang et une attente d’environ deux mois pour les résultats, les nouveaux outils de dépistage ne requièrent qu’une heure d’attente. L’UNICEF explique :

« Le diagnostic précoce de l’enfant repose sur une technologie hautement efficace qui crible l’ADN du nourrisson, permettant d’établir la séropositivité de nourrissons âgés d’à peine six semaines et de leur administrer un traitement sur-le-champ.« 

Au-delà des questions d’accès à la technologie existante, de nouvelles perspectives technologiques, quelque fois inattendues, semblent s’ouvrir. L’intelligence artificielle et le big data permettront-ils ainsi demain de vaincre le sida ? Pour Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité de Microsoft France, des recherches ont permis d’établir l’apport possible du « machine learning » à la lutte contre le sida : en « crawlant » un grand nombre de données sur les patients, on pourra identifier les épitopes communs à la plupart des personnes atteintes et, à terme, développer un vaccin.

 

L’innovation en mode start-up

Le dépistage voire le développement d’un vaccin, nouveaux terreaux fertiles pour l’entrepreneuriat ? La recherche médicale ne manque pas de stimuler l’écosystème des jeunes entrepreneurs. Ils étaient ainsi nombreux à être venus partager leurs projets sur le site de Solidays. Rencontrée lors du festival, Solène, ingénieure en biologie, est venue assister à l’intervention de Bill Gates. Pitch de start-up en main, la jeune femme de 24 ans a pour ambition de lui présenter son projet et de trouver des financements :

« Je travaille dans un laboratoire et nous voulons lancer notre start-up. Nous avons mis en place un dispositif pour faciliter le dépistage in vitro. Dans notre domaine il n’est pas forcément évident de trouver des financements. Je veux m’adresse à Bill Gates pour nous montrer et tenter quelque chose de fort.« 

Et Solène n’est pas la seule à essayer de faire bouger les lignes via l’entrepreneuriat : la Banque publique d’investissement finance depuis peu une start-up pharmaceutique innovante proposant un programme de solutions thérapeutiques et diagnostiques personnalisées. Autre exemple : cette start-up, fondée en 2011, qui a dernièrement levé plus de 800 000 euros sur une plate-forme de crowdfunding pour financer – collectivement, s’entend – le développement d’un vaccin passé, une première mondiale, dans la phase II de son protocole.

Le Web comme catalyseur de mobilisation

S’il est acquis que la sensibilisation au VIH passe aujourd’hui assez largement par les réseaux sociaux et les campagnes sur Internet, tout le potentiel des mobilisations en ligne est loin d’avoir été exploité. Preuve en est avec Robert Taylor, étudiant en 6e année de médecine rencontré sur le camping du festival. Le jeune homme veut créer une plateforme à destination des professionnels de santé :

« Mon but serait de permettre aux professionnels de santé d’être sensibilisés et de partager sur « les bons gestes » et la meilleure manière de se comporter avec les personnes séropositives. Je voudrais donc un site réalisé par et pour ces professionnels qui sont presque quotidiennement exposés au sang. »

De nouveaux usages restent à inventer pour sensibiliser sur les réseaux : pourquoi par exemple ne pas promouvoir l’usage du préservatif via l’application mobile de rencontres Tinder ?

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