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Smart grids : Issy-les-Moulineaux accueille le premier "réseau de quartier intelligent"

27 septembre 2013

A l’occasion de son lancement l’année dernière, on vous expliquait ce qu’est un smart grid. Un an plus tard, Issygrid, le « premier réseau d’énergie intelligent à l’échelle d’un quartier » est à présent une réalité. Mené par un consortium de grandes entreprises réunies autour de Bouygues Immobilier, ce projet a installé à Issy-les-Moulineaux un véritable laboratoire pour comprendre les enjeux énergétiques des futurs éco-quartiers et ouvrir la voie de la ville intelligente de demain. En voici les premiers enseignements.

Logements, bureaux, éclairage public… connectés à un réseau unique

Permettre aux habitants et à la ville de réaliser des économies, optimiser la consommation d’énergie du quartier pour réduire son empreinte carbone : voici les deux objectifs d’Issygrid, et la raison pour laquelle plusieurs immeubles de bureaux, une centaine de logements ainsi qu’une partie de l’éclairage public du quartier Seine Ouest d’Issy-les-Moulineaux ont été équipés en compteurs électriques communicants. A terme, ce sont 2000 logements et 5000 habitants qui devraient être couverts.

Ces compteurs, mis en place par ERDF en juillet 2013, permettent de recueillir en continu des données sur leur consommation globale d’énergie. Pour chaque logement, des factures individuelles pourront être établies sur la base des consommations réelles de chaque appareil. Cela permettra notamment à leurs occupants de mieux comprendre et maîtriser leur consommation. 
 

Au centre du système, un poste de distribution électrique assure l’équilibre entre la consommation, la production et le stockage d’électricité. C’est à lui que revient l’essentiel du travail de lissage des pics de consommation d’énergie tout au long de la journée. Il a également été relié aux panneaux photovoltaïques de la tour Sequana afin de stocker et de réinjecter dans le réseau cette énergie renouvelable en fonction des besoins du quartier.

Des bâtiments tertiaires « smart grid ready »

Galeo, siège de Bouygues Immobilier, la Tour Sequana occupée par Bouygues Telecom, et bientôt le bâtiment EOS, occupé par Microsoft et Steria : un certain nombre des immeubles de bureaux du quartier ont été équipés d’un système d’aide au pilotage afin d’être « smart grid ready ». Ces systèmes conçus par Schneider Electric contribuent au lissage des crêtes de consommation par divers moyens, par exemple en adaptant les horaires de fonctionnement de la climatisation : le 29 juillet dernier en pleine vague de chaleur, les bureaux ont ainsi été rafraîchis la journée par du froid produit et stocké au cours de la nuit précédente, ce qui a permis d’éviter un pic de consommation pendant la journée. Imperceptible pour les collaborateurs, l’expérience a permis d’économiser environ 500 kWh, soit l’équivalent de la consommation de quelques centaines de logements. Ces mêmes systèmes permettent enfin de contrôler la vitesse de la charge des batteries de 8 véhicules électriques, en l’adaptant au réseau électrique et au planning de réservation des utilisateurs.

Un réseau d’éclairage public intelligent

Une cinquantaine de lampadaires communicants ont été mis en place par Bouygues Energies & Services. En modulant l’éclairage public en fonction du trafic routier, de l’heure et des saisons, ce dispositif doit permettre à la ville d’Issy-les-Moulineaux de faire des économies sur un poste qui représente en moyenne 40% de la facture d’électricité d’une collectivité locale.

« Gérer 5000 points lumineux en même temps et de manière différenciée, nous avons pu le faire sans aucun travail de génie civil », s’est félicité Cyril Ferrand de Bouygues énergie services. Grâce à une télégestion robuste, les candélabres peuvent même être le support d’appareils électroniques autres que le simple éclairage : vidéosurveillance, défibrilateurs, parcmètres… permettent de transformer les lampadaires en « réseau télécom haut débit ». 

L’information au coeur du système

Globalement, Issygrid raconte comment le recours aux technologies de cloud computing permet d’inventer les services de demain. De la prévision des besoins en énergie photovoltique à la gestion des charges des véhicules électriques, le numérique embarqué à Issygrid, c’est 14 systèmes qui communiquent en permanence. Opérationnel depuis 2012, son système d’information a été conçu par Embix1, Microsoft et Steria pour analyser l’ensemble des ressources de production et les consommations d’énergie du quartier en lien avec le réseau de distribution d’électricité. L’objectif est de conseiller les particuliers et les entreprises pour mieux maîtriser leur consommation et éviter les pics de demande.

« On est passé à l’Internet des objets, un monde où tout sera connecté, explique Marc Jalabert, directeur de la division Grand Public et opérateurs de Microsoft France : nous sommes à l’interface de mondes où il y a un besoin d’informatique très fort ».

Pour lui, les données sont au coeur du système :

« Sans données, il n’y a ni information, ni intelligence, ni innovation. A partir du moment où l’information est disponible, on voit que les comportements changent et on peut commencer à l’optimiser à tous les niveaux, d’un bâtiment à la Région tout entière ».

Mais pour qu’elle influe sur les habitudes, l’information doit être rendue « sexy ». Pour bien faire comprendre ces données de consommation et leurs enjeux, le consortium a donc travaillé avec l’ENSCI et Strate College, des écoles de design. De création d’applications mobiles en atelier de formation dans les écoles, les étudiants ont imaginé mille façons de transformer l’info en connaissances – comme un « bulletin météo énergétique » qui pourrait être diffusé quotidiennement aux habitants. Un showroom virtuel en réalité augmentée et une application pour tablettes complètent cette nouvelle approche de la sensibilisation sur l’énergie. 

L’autre enjeu de l’information dans le smart grid, c’est l’ouverture des données, explique encore Marc Jalabert : le système d’information permettra l’accès aux données à vocation publique, notamment pour les entreprises innovantes, afin de les aider à inventer les services des villes intelligentes de demain. Mais au fait, en quoi ce domaine aussi proche de l’urbanisme et de l’énergie que du numérique intéresse-t-il Microsoft ?

« Pour nous, c’est tester nos technologies, avoir des nouvelles idées, accélérer l’innovation, ouvrir ses données, et à terme c’est notre initiative CityNext, qui vise à délivrer à des acteurs publics et privés des solutions pour la ville de demain ».
 

Les vertus de la coopétition

Un des grands enseignements d’Issygrid, c’est encore l’intérêt d’utiliser les principes de la gamification pour motiver les habitants à « jouer le jeu » des économies d’énergie. Certains logements bénéficient en effet d’un boîtier de mesure et d’alerte installé par Bouygues Telecom, grâce auquel les usagers peuvent voir leur consommation énergétique, équipement par équipement, et… les comparer à celles de leurs voisins.

Pour Martin Kaiser, en charge de la prospective à Bouygues Télécom, l’expérience est très concluante : « avec un an de recul, on constate que les clients ne se passionnent pas pour des mesures de kw/h avec des courbes. Mais ils se passionnent quand on les met en compétition ». Lorsqu’il s’agit d’économiser de l’argent ET de faire mieux que les voisins, les comportements changent encore plus vite !

 

Ce principe de coopétition (mélange de coopération et de concurrence) est d’ailleurs celui qui unit le « living lab d’acteurs privés et publics » qui font Issygrid, selon les mots de Guillaume Parisot, le directeur innovation de Bouygues immobilier : une association de grands acteurs du numérique, de la ville et de l’énergie qui ont appris à se connaître, à travailler ensemble et accueillent de jeunes pousses prometteuses, comme Ijenko.

« Aucune entreprise ne peut construire de ville durable seule. Pour une entreprise comme la nôtre, Issygrid permet d’inventer un nouveau modèle d’affaires, de réfléchir à des modèles ouverts abandonnant la concurrence au profit de la coopétition », explique Cécile Tuil, en charge de la stratégie d’influence de Schneider Electric. Avant de conclure : « Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ».

« C’est à la naissance d’une Equipe de France du smartgrid que vous assistez aujourd’hui », s’est ainsi félicité André Santini, le maire d’Issy. Forts de son expérience, le consortium espère pouvoir proposer des évolutions réglementaires pour les smart grids, afin de favoriser l’autoconsommation, le stockage ou encore les échanges d’énergie. 

 

Et demain ?

Dans un futur proche, quatre nouveaux déploiements sont programmés. Il s’agit d’abord d’intégrer des ressources d’énergies renouvelables supplémentaires, avec notamment le projet d’installation par Total de panneaux photovoltaïques et d’une station météo sur l’immeuble Trieo, et l’installation de batteries de stockage d’énergie électrique dans le même bâtiment. Il faudra également étendre le périmètre d’Issygrid, en intégrant progressivement les 1 650 logements du quartier Fort d’Issy. Est prévu enfin le développement de nouveaux outils numériques permettant de créer des services novateurs à destination des consommateurs et des producteurs d’énergie :

« Ce qui est intéressant dans Issygrid, c’est qu’on est amenés à délivrer un service au citoyen de manière sécurisée, explique Frédéric Dufaux de Steria : on va passer d’un concept très électrique à quelque chose de plus global pour une ville encore plus intelligente ».

Les défis à venir ne manquent pas. Il reste fort à faire, notamment, pour continuer d’intégrer harmonieusement la production locale d’énergies renouvelables, avec des modèles d’affaires et des modèles réglementaires qui se dessinent peu à peu. Comment en effet « échanger l’énergie entre les bâtiments plutôt que d’encombrer les réseaux d’ERDF avec ? », demande Jean-Claude Millien, directeur délégué en Ile-de-France de la filiale « Réseaux et distribution » d’EDF. Pour le moment, l’achat et la revente d’énergie entre particuliers est interdite, explique-t-il, notamment car cette « énergie privée » ne peut transiter que par les réseaux publics d’ERDF. La généralisation des smart grids dans des quartiers aux bâtiments producteurs d’énergie sera-t-elle l’occasion d’un changement de paradigme ?
 

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