Sociologie des réseaux : les liens qui unissent les députés à l’Assemblée share
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Sociologie des réseaux : les liens qui unissent les députés à l'Assemblée

12 septembre 2011

Baptiste Coulmont est docteur en sociologie (EHESS) et ancien élève de l’École normale supérieure. Il travaille actuellement sur les changements de prénoms dans les tribunaux.

Début septembre, il a réalisé pour son blog une étude intéressante sur les députés qui cosignent des propositions de loi. Objectif : découvrir si la logique de groupe prédominait ou non. Le résultat de son analyse, qui s’appuie sur la sociologie des réseaux, est à lire ici.

Les députés fonctionnent en réseau. Pour le démontrer et expliquer comment fonctionne ce réseau, le sociologue Baptiste Coulmont a réalisé un graphique analysant les rapports qu’entretiennent les députés entre eux, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition.

Plus précisément, il s’est attaché à souligner les liens qui unissent les députés signataires des mêmes textes de loi en se basant sur les 250 dernières propositions de loi. Le résultat donne un graphique où trois groupes politiquement marqués (majorité, socialistes et communistes) se distinguent.

 
Baptiste Coulmont Graph 1

«Le travail de signature de proposition de loi, assez souvent, relie ensemble des personnes du même parti », souligne ainsi Baptiste Coulmont sur son blog.

Un clivage encore plus frappant lorsqu’il est ainsi mis en image, notamment lorsque le sociologue étend son analyse aux 1.000 dernières propositions de loi. Un travail de mise en lumière de données à priori austères qui permet de souligner certains liens qui existent entre les députés au-delà de leur étiquette politique. Contacté par RSLN, le sociologue précise son modus operandi.

« Dans un précédent billet, je m’étais intéressé à la carrière des députés et à la succession de leur mandat. Cela m’a donné envie de pousser l’analyse vers d’autres domaines. »

Pour recueillir cette manne de données, Baptiste Coulmont a eu recours à un logiciel de traitement statistique qui, avec certaines extensions, permet aussi d’extraire toutes les données voulues d’une page web.

« Il existe sur le site de l’assemblée nationale une page qui recense les projets de loi, explique-t-il. J’ai sélectionné les pages avec le nom des signataires des textes puis le logiciel a aspiré les données. »

Il ressort de ce travail une logique de groupe parlementaire très ancrée dans les habitudes des députés. Ceux-ci ont tendance à signer les textes signés par leur groupe, même avant les consignes de vote.

« Par exemple, Marie-Georges Buffet ou Jean-Marc Ayrault cosignent très peu de textes avec les députés qui n’appartiennent pas à leur groupe », note Baptiste Coulmont.

 
Baptiste Coulmont graph 2
 

 

« Il est toujours trompeur de se baser sur une représentation graphique pour interpréter…, tempère Baptiste Coulmont, mais je pense pouvoir déceler, ici, des “sous-groupes” au sein des gros groupes politiques. Et notamment au sein des groupes “UMP” et socialistes. (…) Il y a de la part de certains à droite et de certains à gauche un plus grand détachement du bloc que leur parti constitue.»

 

 

 

 « Il s’établit, au fur et à mesure de la mandature, des liens réciproques : tu signes, je signe… »
 

Plus intéressant encore, le travail de Baptiste Coulmont met en évidence certains « couples » politiques, comprendre des députés ayant signé une proposition de loi d’un collègue qu’ils avaient sollicité pour une signature.

« Il s’établit, au fur et à mesure de la mandature, des liens réciproques : tu signes, je signe… Ainsi, (Maxime) Gremetz (apparentés PCF) appelle 9 fois (Jean-Jacques) Candelier (Gauche démocrate et républicaine) à signer, et Candelier appelle 17 fois Gremetz. »

Véritable opinion commune ou renvoi d’ascenseur ? L’étude ne le dit évidemment pas mais plusieurs commentaires suggèrent, pour pondérer ces graphiques, de réaliser cette analyse de données à un autre moment qu’en période électorale voire d’intégrer comme variable… la distance séparant les bureaux des cosignataires.

 

S’il salue la démarche, Samuel Authueil, pseudonyme d’un « collaborateur à l’Assemblée nationale donnant des informations depuis l’intérieur », attire l’attention sur certains points qui mériteraient d’être pris en compte.

« Attention, les co-signatures dépendent parfois de considérations bassement matérielles,prévient-il. Tout le monde ne reçoit pas forcement l’amendement à temps, voire ne le reçoit pas. On n’est donc pas dans un modèle pur et parfait où tous les députés ont toute l’information en temps utiles. »

En outre, pour être tout à fait pertinente, la base de données devrait aussi, selon lui, « intégrer les amendements, surtout quand ils sont politiques ».

« Il faut faire attention aux thématiques des projets de proposition de loi et des amendements,poursuit-il. Les regroupements constatés sur un thème ne sont pas forcement pertinents sur un autre thème. » De quoi affiner davantage les résultats de cette étude.

 

 

(Visuels: captures réalisées par RSLN sur le site de Baptiste Coulmont.)

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