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SPAMM : un musée détourné pour exposer les net-artistes

22 mars 2013

Mis en ligne le 15 Décembre 2011, le SuPer Art Modern Museum ou SPAMM est un musée en ligne hors du commun qui collectionne les œuvres d’une centaine de net-artistes. 

Sélectionnés sur internet, et notamment sur les réseaux sociaux, le SPAMM leur offre une galerie en ligne pour plus de visibilité.

Derrière ce projet ? Deux net-artistes passionnés qui ont décidé d’utiliser les outils offerts par le web pour créer un musée à l’image de leur génération : connecté et collaboratif.

La genèse d’un musée détourné : « donner un coup de pied à l’institution »

Pour Michaël Borras alias Systaime et Thomas Cheneseau, les musées traditionnels sont des modèles pour les artistes, mais ils ne donnent encore pas suffisamment de crédit aux œuvres issues du numérique.

Quelques temps après leur rencontre sur le web, ils décident donc d’agir pour représenter leur génération d’artistes :

« Nous sommes des artistes issus du web, notre volonté était de mettre un coup de pied aux institutions traditionnelles en utilisant les armes de notre génération, notamment le détournement. Nous avons commencé avec la page d’accueil du SPAMM qui est un détournement du site d’art moderne de la ville de Paris. Nous voulions appréhender le musée d’une autre façon. »

Un crédo que l’on retrouve dans le manifeste SPAMM écrit par le critique d’art Jean-Jacques Gay.

Inspirés par différentes galeries en ligne telles que Bubblebyte.org,  fa-g.org ou encore gli.tc,  les deux artistes décident donc de lancer leur propre galerie sur le web.

Révéler les net-artistes

Oui mais un net-artiste, c’est quoi  ? Pour Thomas Cheneseau,  un net-artiste est le fruit d’une génération qui a grandi avec internet et le web :

« Il s’agit d’un artiste qui s’engage dans sa production en utilisant le flux du web, les data et les informations qui y circulent. Le flux est une matière première. Qu’elles restent sur internet ou qu’elles se matérialisent, les œuvres sont issues de ce flux. Le net-artiste surfe beaucoup sur internet et en a intégré les codes pour ensuite produire son œuvre. »

Mais les caractéristiques ne s’arrêtent pas là :

« Le net-artiste a une activité journalière alors que dans le réel, les productions mettent plus de temps. »

Et le SPAMM est sélectif et l’exposition est une sélection rigoureuse d’œuvres uniques issues du monde entier comme le raconte Thomas :  

« Nous n’avons pas de frontières géographiques. Et nous sommes heureux de voir que c’est un domaine dans lequel de nombreuses femmes s’expriment. »

Le SPAMM, une œuvre à part entière

Si le SPAMM rassemble aujourd’hui des dizaines de productions, le site lui-même est une œuvre collaborative comme l’explique Thomas : 

« Les artistes étaient loin d’être réticents quand on les a approchés, ils étaient même enthousiastes. C’est ça la culture du web. Une culture de partage. »

Et le projet semble avoir semé l’idée chez des galeristes parisiens, et différents initiatives  fleurissent aujourd’hui :

« On voit des projets comme « Offline Art » de la galerie XPO par exemple qui a été lancé par Philippe Riss. »

Forts de leur succès, les deux fondateurs sont heureux de voir qu’en France, le marché de l’art se penche désormais un peu plus sur les œuvres numériques :

« Le marché commence à se pencher sur le net-art. On sent encore que les institutions sont frileuses en France, mais on a cette volonté d’accélérer les choses. Et des artistes comme Miguel Chevalier ou encore Maurice Benayoun sont devenus des références. »

Stratégie de communication

Et comme tout musée, le SPAMM doit attirer ses visiteurs. Thomas rappelle ainsi qu’une grosse part de son travail, tout comme celui de Systaime, est celui de la gestion de la communauté :

« Nous sommes des community managers dans l’âme. On sait comment fonctionnent les réseaux sociaux et comment les détourner, [..] on s’amuse. Tous les jours on aime de nouvelles pages et on partage des contenus. » 

Une expérience qui a porté ses fruits puisque le musée s’est associé à Arte Creative afin de valoriser les œuvres issues de la culture web. Une première association qui lui a d’ailleurs permis de rémunérer les artistes sélectionnés pour le projet.

Une consécration pour le  SPAMM qui trouve progressivement sa place dans le paysage de l’art, tout en gardant en tête les particularités d’internet et la volonté de toute une génération :

« Ce n’est plus Thomas et Systaime désormais, c’est le SPAMM qui  porte lui-même ses artistes. »

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