Sur le Net, le français se porte plutôt bien

26 octobre 2010

(Visuel : Digital Letter Soup, par JunCTionS, licence CC)

Les langues du Web ne sont pas celles du monde « réel », et la bataille de l’influence linguistique se joue plus que jamais en ligne : voilà deux des principaux enseignements du rapport 2010 de la délégation générale à la langue française et aux langues de France, remis au Parlement à l’occasion du XIIIe sommet mondiale de la francophonie.

Le chinois, langue la plus parlée dans le monde réel (1150 millions de locuteurs) n’est ainsi que la deuxième langue sur internet (444,9 millions d’utilisateurs, source Miniwatts Marketing Group). Quant à l’arabe, cinquième langue la plus parlée dans le monde réel avec 255 millions de locuteurs, elle n’affiche que 65,4 millions d’utilisateurs en ligne, selon les mêmes sources. Autrement dit, et sans réelle surprise : les langues à faible ressources … tirent nettement moins leur épingle du jeu.

Le classement des 15 langues les plus parlées au monde : 


Et à présent, leur poids en ligne (source : internetworldstats.com) :

classement langues internet

De nombreux facteurs expliquent la force d’une langue sur internet : l’Indice de Développement Humain des pays parlant cette langue, le nombre de pays dans lesquelles la langue est officielle, etc.

Exemple avec le français : il y a environ 200 millions de francophones, même si ce chiffre diffère selon les méthodes de calculs et les données prises en compte. On admet généralement que le français se classe entre la 8ème et la 15ème place des langues les plus parlées au monde.

Sur Internet en revanche, le français occupe une place plus importante que son réel poids démographique. La langue de Molière est la 8ème la plus utilisée sur la Toile, avec 57 millions d’utilisateurs. Ainsi, le français se retrouve devant le Russe, qui compte pourtant près de 80 millions de locuteurs de plus, et tout juste derrière l’Arabe, alors que cette langue est la sixième la plus parlée au monde.

Plus impressionnant encore :
en comparant le nombre d’utilisateurs par langue avec les pages produites dans cette langue, il est également possible de déduire les Internautes les plus productifs, et la France se classe alors en 3ème position (selon une étude réalisée par la Direction Terminologie et Industrie de la Langue de l’Union Latine) :

tableau-contenus-langues-internet

Sur Wikipédia également, le français est la troisième langue la plus présente en nombre d’articles, d’après les chiffres relayés par le baromètre Calvet.

Le web devient l’un des terrains d’exercice de l’influence des langues, et constitue un enjeu décisif dans la protection et la diffusion des langues. Développer le français dans l’univers numérique reste donc un objectif fort pour les défenseurs de la francophonie :

« L’internet a connu ces trois dernières années d’importantes mutations dans ses usages et dans ses modes d’accès. […] Les évolutions technologiques de l’internet conditionnent pour une large part les évolutions à la fois économiques et culturelles de nos sociétés. La Toile et les industries numériques constituent [donc] l’un des domaines où se jouera à court et moyen terme le poids des langues, celui des langues romanes et du français en particulier… », explique ainsi le rapport de la Délégation à la langue française.

> Quelques menaces… 
Internet contient une part de danger pour le multilinguisme. Malgré la diversité de langues dans le monde, on constate que seule une poignée d’entre elles est présente de manière notable sur le Web. La première crainte des défenseurs de la diversité est ainsi de voir se développer encore l’hégémonie de l’anglais, qui domine largement les réseaux avec 530 millions d’utilisateurs, soit près de dix fois le nombre de francophones. 

> … et beaucoup d’opportunités. 

Mais Internet constitue avant tout un  « gisement d’opportunités nouvelles pour la diffusion des contenus et des services en langue française », selon le même rapport, et un champ d’exploration inépuisable pour diffuser le français, et la culture française, très largement.


Deux pistes ont été suggérées au Parlement : 
le développement de l’internet mobile, d’une part, et l’importance des réseaux sociaux, d’autre part. 

Ces deux phénomènes sont susceptibles d’amener toujours plus de francophones, et notamment de primo-utilisateurs des nouvelles technologies, à utiliser Internet. Ils constituent également des pôles de consultation gigantesques, et donc des endroits de production de contenus et d’échanges de messages parmi les plus importants.

Dernier point : l’évolution des outils de recherches d’informations pourraient évoluer vers le principe de recommandation sociale,
à la place des algorithmes utilisés actuellement.  Les enjeux sont donc formidables en termes de diffusion de contenus culturels. Plusieurs projets produits par les acteurs institutionnels ont déjà vu le jour, comme Proxima Mobile, qui regroupe des applications "citoyennes" sur téléphone portable.

A noter : on apprend également que le ministère de la culture a commandé une étude sur les « usages et applications des technologies de la langue », pilotée par Alain Giffard. On y reviendra à n’en pas douter.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email