Technoprogressisme : quel avenir pour l’homme augmenté ? share
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Technoprogressisme : quel avenir pour l’homme augmenté ?

8 novembre 2015

Réparer nos organes, renforcer notre mémoire, prévenir les maladies et surtout vivre plus longtemps… Les apports de la technologie rêvés par le technoprogressisme, pendant éthique du transhumanisme, sont nombreux. Mais à quel prix seraient-ils concrétisés ? Et quelle évolution laissent-ils présager pour l’homme ? RSLN a interrogé Marc Roux, président de l’Association Française Transhumaniste Technoprog et auteur de Technoprogressisme : la convergence technologique au service du progrès social, à paraître en janvier chez FYP éditions.

 

Que propose le technoprogressisme ? 

Le technoprogressisme, en tant qu’interprétation du transhumanisme, propose de concevoir qu’à partir d’aujourd’hui et dans les prochaines décennies, nous serons en mesure d’intervenir sciemment sur notre propre évolution biologique, alors que nous en étions jusqu’à présents dépendants.

Cela passe par le fait d’améliorer et d’augmenter notre condition biologique par la technique, en prenant en compte de manière systématique la question des risques, des habitats, ainsi que les questions environnementales et sociétales.  

Quelles sont les principales incompréhensions concernant le transhumanisme et le technoprogressisme ?

Dans les pays francophones et depuis une dizaine d’années, le transhumanisme me semble avoir été présenté quasi-systématiquement de manière très réductive, à savoir dans sa version californienne très libérale, voire libertarienne, qui domine encore dans la Silicon Valley.

A travers le terme progressisme, les technoprogressistes se rattachent à une toute autre vision : ils considèrent que l’action collective est bénéfique et même nécessaire et sont en faveur d’une régulation, d’un débat et d’une pensée collective attentifs aux procédures démocratiques

Ce n’est pas un hasard si les premières personnes à l’origine de cette interprétation, telles que James Hughes, auteur de Citizen Cyborg et co-fondateur, avec Nick Bostrom, de l’Institut pour l’Ethique et les Technologies Emergentes, ou encore Donna Haraway, pilier du technoprogressisme à composante féministe, revendiquaient un transhumanisme démocratique. Ils insistent notamment sur la perspective transhumaniste du cyborg et sur la dimension nécessairement citoyenne de ce futur homme évolué. 

 

Quelles principales innovations technologiques pensez-vous pouvoir être intégrées au corps humain ? Et à quelle échéance ?

La meilleure des réponses à cette question consiste à pointer tout ce qui se fait actuellement et ce qui s’est déjà fait dans les dernières décennies. Il y a d’ores et déjà des exemples de cyborgisation de l’être humain : le pacemaker depuis 1965, l’implant cochléaire, qui permet aux personnes sourdes de récupérer une grande partie de l’audition, ou encore, de manière plus récente, toute une série d’implants ou de prothèses qui communiquent directement avec notre corps. 

Il me semble ainsi y avoir trois types de cyborgisations majeures :

  • soit des implants qui interviennent sur des fonctions spécifiques (le rythme cardiaque, l’audition),
  • soit des prothèses en connexion directe avec le système nerveux,
  • soit des implants intracrâniens, qui servent notamment dans le cas de la maladie de Parkison.

La technologie permettant à un humain d’être «augmenté» a un coût. Comment éviter un accroissement des inégalités entre ceux qui pourront recourir à ces technologies et les autres ? 

C’est une question à laquelle les technoprogressistes sont très sensibles et à laquelle bon nombre de transhumanistes, notamment des origines, n’étaient guère attentifs. Néanmoins, il faut faire attention avec cette question : on la voit souvent adressée au transhumanisme comme si elle en relevait particulièrement. Je pense que c’est se tromper complètement de cible.

Ce que propose le transhumanisme, ce n’est qu’une utilisation particulière de la technique. Or l’utilisation de la technique est là depuis toujours. La manière dont elle est utilisée en société dépend simplement de la structure sociale dans laquelle elle se développe. Il me semble clair que le problème ne relève pas du transhumanisme mais plutôt de nos sociétés. 

Prenons par exemple la question de l’espérance de vie en bonne santé. Cela pourrait sembler être une inégalité particulièrement insupportable. Or, des écarts du même type que ceux que l’on attribue au transhumanisme existent déjà : à Glasgow, par exemple, il peut y avoir 30 ans d’espérance de vie d’écart entre les quartiers les plus défavorisés et les plus aisés !  

Ces choses-là ne vont se mettre en place que très progressivement. Il n’est donc pas impossible que les gens s’y adaptent même si les inégalités s’aggravent, ce qui serait humainement détestable. Une véritable prise de conscience de ces inégalités insupportables est nécessaire avant de pouvoir en vouloir au transhumanisme.

Les solutions qui pourront éviter qu’une évolution transhumaniste aggrave les inégalités sont d’abord politiques, puis économiques. Elles passent avant tout par la redistribution des formidables gains de productivité que nous avons accumulés depuis deux siècles et de ceux qui sont à venir.

 

* Marc Roux, Technoprogressisme : la convergence technologique au service du progrès social, janvier 2016, FYP Editions.

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