Trois questions à Laurent Benzoni (universitaire, Tera Consultants) share
back to to

Trois questions à Laurent Benzoni (universitaire, Tera Consultants)

4 janvier 2009

Professeur à l’université Paris II – Panthéon Assas, associé fondateur de Tera Consultants.

Quel impact va avoir la crise sur l’économie numérique ?

Il faut distinguer le marché des biens numériques (TV, terminaux mobiles, équipements de réseaux…) de celui des services numériques. Du fait des reports d’achat et/ou des contractions de la consommation des ménages et des investissements des entreprises, les ventes de biens risquent d’être affectées par la crise économique. Des leaders comme Sony, Nortel, Alcatel, Nokia annoncent déjà des effets très sensibles de la crise sur leur activité et leurs marchés.
En revanche, les activités de services (abonnements, dépenses de communications, de contenus, SSII…) restent généralement moins sensibles à la conjoncture. Les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs d’accès à Internet, les câblo-opérateurs ont plutôt confirmé leurs prévisions. Malgré la récession, le nombre d’abonnés à Internet, la fréquence et la durée de connexion, les achats de jeux ou de musique en ligne ne baisseront pas et devraient même continuer de croître.

La crise va-t-elle favoriser l’émergence de nouveaux modèles économiques ?

Les entreprises vont devoir rapidement faire évoluer leurs modèles économiques pour s’adapter au nouvel environnement de récession. Sinon, les plus fragiles d’entre elles souffriront, voire disparaîtront (faillite ou concentration), tandis que les entreprises solides financièrement, qui auront su se différencier de leurs concurrents grâce à des modèles économiques adaptés au contexte du marché, passeront cette période instable sans trop de difficultés.
On observe ainsi que beaucoup d’acteurs du web se lancent dans des modèles à base de cash-back, qui permettent aux consommateurs de bénéficier de remises substantielles sur leurs achats. Ce modèle est adapté au contexte de morosité de la consommation et devrait ainsi rencontrer une forte demande. On voit aussi apparaître des modèles de Video on Demand gratuits mais légaux, fondés sur la publicité, qui pourraient connaître un succès en période de crise dès lors que les annonceurs suivent.

L’industrie numérique constitue-t-elle un relais de croissance ?

Dans cette période incertaine, les entreprises et les services publics chercheront à réduire leurs coûts et à optimiser leur fonctionnement. Or les outils numériques constituent une aide précieuse, si ce n’est un support indispensable, pour atteindre ces objectifs. Grâce à eux, d’importantes économies peuvent être réalisées, mais aussi de nombreux services nouveaux et utiles peuvent être développés, cela dans presque tous les domaines de la vie économique et sociale.
En matière d’environnement, des logiciels contribuent à maîtriser la consommation énergétique des foyers (contrôle des températures, des heures de lancement des appareils, etc.). Dans le domaine de la santé, les nouvelles technologies permettent à des patients ou à des personnes dépendantes de rester à leur domicile et de conserver leur autonomie tout en bénéficiant d’une surveillance médicale renforcée. Le télé-enseignement, en mettant face à un professeur unique de petits groupes d’élèves situés dans des écoles différentes, constitue aussi un moyen d’assurer une offre pluridisciplinaire. Ce ne sont que quelques exemples car beaucoup reste à faire et à inventer. Alors même que leurs bénéfices sont réels, ces marchés sont encore balbutiants, au stade de l’expérimentation. La crise va accélérer leur maturation pour en faire de vrais leviers de relance pour l’économie.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email