UkGovcamp – voyage au coeur de la modernisation de l’Etat share
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UkGovcamp - voyage au coeur de la modernisation de l'Etat

25 janvier 2012

Plus de deux-cents experts du numérique dans le secteur public se sont réunis pendant deux jours au siège de Microsoft [NDLR l’éditeur de RSLN], en plein cœur de Londres. Le UkGovcamp 2012, laboratoire d’idées sur l’utilisation du numérique dans la vie publique, s’est révélé riche d’enseignements. Cet évènement au format inspiré par les barcamps est une occasion unique de revenir sur les grandes tendances de la modernisation de l’Etat à travers les nouvelles technologies. Au programme : simplicité, implication locale et transparence.

> UkGovcamp : les acteurs du secteur public et le numérique

Le laboratoire d’idées londonien est un évènement majeur qui rassemble pour deux journées bien remplies les experts des nouvelles technologies au service de l’organisation de l’Etat. A l’opposé d’un cycle de conférences classique, la rencontre se déroule sur le modèle d’un barcamp. Aux participants de décider du programme et de mettre en place des ateliers informels autour des thématiques qu’ils auront choisies. Une façon unique de libérer les échanges entre les ukgovcampers et de les inciter à la créativité.

L’objectif ? Améliorer le quotidien des citoyens britanniques en leur facilitant l’accès à l’administration. Dans les différents ateliers de la journée, on croise aussi bien des membres du parlement britannique, du ministère de la Justice, de la direction du Trésor ou de la Police, que des conseillers généraux venus de toutes les régions d’Angleterre.

> Tout doit être simple et user-friendly

Le principal objectif des services publics britanniques est finalement le même qu’en France : simplifier les démarches administratives pour les usagers. C’est une thématique de fond que l’on retrouve dans de nombreux ateliers. Comme celui-ci par exemple : « Comment mettre en place une application mobile unique pour centraliser le paiement de toutes les aides sociales ? »…

Pour répondre à cet objectif global de simplification de l’administration, il y a plusieurs façons d’envisager les choses. Au UKGovcamp, les participants ont évoqué deux méthodes. On peut privilégier une méthode d’amélioration en pente douce. On peut aussi partir de l’usager et de ses besoins : c’est une méthode dite « user centric ».

La première solution, issue du monde des développeurs, est la méthode itérative, où l’on progresse par modifications successives. Le site gov.uk est ainsi soumis à de constantes améliorations. La version en ligne est modifiée sur un point –un formulaire d’inscription par exemple-, puis le mois suivant elle est modifiée sur un autre point – comme un intitulé de rubrique. Il ne s’agit plus pour l’équipe technique de mettre en place de nouvelles versions du site mais de progresser par vagues de modifications. Avec la méthode itérative, une version améliorée du site voit peu à peu le jour, ce qui présente le grand avantage de ne pas perturber les usagers du site !

Pour fabriquer de la simplicité, on peut aussi partir de l’usager et de ses besoins… Par exemple en lui délivrant des informations pratiques hyperlocales sur son téléphone mobile. Imaginez : vous attendez le métro à Victoria Station et vous allez faire un tour sur Foursquare, une application de réseau social et géolocalisé. Vous êtes alors prévenus, par une information de la police anglaise, que des pickpockets sont présents dans la station. C’est ça l’user centrism !

> Impliquer les citoyens britanniques

Une autre préoccupation des acteurs du secteur public britannique est de faire participer les citoyens à la vie publique. Pour Glen Ocsko, membre du conseil du quartier de Sutton au Sud de Londres, il ne s’agit pas juste d’un effet de mode :

« La démocratie à l’échelle du quartier est un véritable défi. Nous aimerions que les citoyens participent plus à la vie locale, et qu’ils aient plus d’interactions avec leurs élus. Mais nous attendons aussi plus de transparence de la part de ces mêmes élus. Trop souvent, les enquêtes publiques ne se font que par obligation et la conclusion de l’enquête est déjà prête avant même qu’elle ne soit ouverte… Il faut impliquer les citoyens dans le processus de décisions beaucoup plus en amont ! ».

Où trouver des réponses pour sortir de ce mode de gouvernance trop unilatéral ? Pour engager la conversation et construire des solutions en concertation avec les citoyens, les réseaux sociaux constituent évidemment un apport intéressant. Exemple : le Comté de Kent, dans le sud de l’Angleterre, qui utilise régulièrement sa page Facebook et son fil Twitter pour inviter les citoyens à participer à des réunions publiques ou à transmettre leurs questions par Internet à l’avance. On y trouve aussi des avis de disparitions. Une façon efficace de toucher rapidement les 2 400 fans Facebook et les 6 400 abonnés Twitter du Comté.

> Un besoin de transparence

Les thématiques à l’ordre du jour du UkGovcamp montrent aussi une forte attente du public pour plus de transparence de la part des politiques. Ce besoin est accéléré par deux actualités.

La première est l’ouverture en 2011 des données de l’Etat au grand public avec le site data.gov.uk. Les projets d’open data sont mis en œuvre en Angleterre et soulèvent de nombreuses interrogations sur l’accessibilité des données, leur lisibilité et leur utilisation. Des questions que nous avions déjà abordées ici avec Nigel Shadbolt.

Autre mutation en cours : l’accroissement de l’interaction entre les citoyens et leurs élus. Au cours d’un atelier de réflexion sur l’impact des médias sociaux sur la communication du premier ministre britannique, Anthony Carpen, précédemment haut fonctionnaire britannique, a montré que les réseaux sociaux et le fact-checking par les internautes changent le sens de circulation de la communication.

De conférences de presse et de communiqués unilatéraux, les élus sont passés à de véritables échanges avec le grand public, même s’ils sont parfois encore forcés. Un exemple intéressant est le discours sur l’échec du multiculturalisme britannique prononcé par David Cameron en février 2011. Le choix de la ville de Munich, située au cœur de l’Europe, comme lieu de prise de parole avait été fort mal perçu et avait donné lieu à de vives polémiques sur les réseaux sociaux. Du côté du cabinet du premier ministre, le service de presse avait eu du mal à réagir dans les temps.

« Face à l’ultra-réactivité des réseaux sociaux, les délais générés par les traditionnels allers et retours entre le cabinet du premier ministre et son service de presse ne sont plus du tout adaptés», souligne Anthony Carpman.

Eh oui, il semblerait qu’outre-Manche aussi le numérique modifie profondément le paysage et le fonctionnement des institutions du secteur public. L’intérêt des acteurs du secteur public britannique pour les apports des nouvelles technologies va sûrement faciliter la vie de nombreux usagers. La modernisation de l’Etat est en marche !

Article mis à jour le 26 janvier 2012 suite au commentaire d’Anthony Carpen.

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