Un e-gouvernement est un gouvernement qui co-crée

25 octobre 2010

 (visuel : représentation des termes les plus fréquemment utilisés par nos experts, générée via wordle)

Un postulat partagé par tous nos experts et des valeurs : nos experts RSLN ont accepté de nous aider à tenter de définir quelques-uns des critères que peut revêtir un « e-gouvernement » – comprendre, selon nous, un gouvernement (au sens large) qui s’engage dans une utilisation intelligente des nouvelles technologies, pour une action plus efficace.

Car, au départ, l’affaire n’est pas forcément gagnée. Comme le décrit Dominique Sciamma (Strate College), « internet » et « institutions » sont deux mondes sinon opposés, au moins largement contradictoires :

« Nos institutions – pyramidales, centralisées, hiérarchisées, propices au contrôle a priori – sont en complète contradiction avec l’internet vu comme un nouvel horizon organisationnel et politique : réticulé, sans centre, sans périphérie, propice à la prise d’initiative. »

Le constat de Franck Confino, patron de l’agence de communication Adverbia, qui anime également le site blog-territorial, va dans le même sens

« Ce grand chantier, qui n’est qu’à ses débuts ! »

1. Un postulat : la co-création

Explicitement formulée ou non, la « co-création » revient dans toutes les contributions de nos experts. Soit, cette conviction que « partager pour gouverner est le gage de la réussite » (Marcel DesvergneAECom), et qu’il est possible de permettre au citoyen de « prendre part à la décision et à l’action publique dès lors qu’il a accès aux éléments d’information et qu’il accepte le dialogue avec les pouvoirs publics » (Eric Legale, de la municipalité d’Issy-les-Moulineaux).

Internet est une « grande caisse à outils » qui peut permettre ce passage, écrit Alexis Mons (Groupe Reflect), qui diagnostique :

« L’apport d’internet est dans les nouveaux modèles d’organisation, de projet et de mouvement, ceux qui ont déjà modifié en profondeur la société et l’économie. Le politique ne l’a pas encore compris. »

Serge Soudoplatoff – enseignant, chercheur, entrepreneur, responsable de la rubrique politique2.0 à Fondapol, lire son drôle d’autoportrait et une passionnante interview sur Owni – conceptualise la nouvelle forme de ce gouvernement capable de co-créer comme un :

« gouvernement comme une plateforme[aboutissement] d’une transformation interne de la culture de l’administration vers un mode coopératif [où la] technologie [est utilisée] pour fluidifier les échanges économiques et sociaux entre les citoyens ».

2. Quelques valeurs et outils : transparence et« conscience », opendata et cloud

Au cœur des nouvelles pratiques des institutions en ligne, une valeur revient régulièrement : la transparence. Et une déclinaison y est systématiquement accolée : la mise en place d’une politique d’opendata – soit le passage d’un mode où « les données sont indisponibles sauf si l’administration souhaite les ouvrir, à un mode où les données sont publiques sauf raison contraire impérieuse » (Serge Soudoplatoff, encore).

Nils Aziosmanoff, le président du Cube, ajoute, implicitement, une autre valeur : celle de la « conscience » et de la lutte contre la fracture numérique : un e-Gov, nous écrit-il, se doit d’« [assurer] un accès égal à tous aux bénéfices de ce « nouveau monde » ».

Enfin, un dernier outil est évoqué : le cloud computing, dont nous vous avons déjà largement parlé ici.

« Les gouvernements peuvent maintenant faire un saut quantique, en s’appuyant sur les opportunités offertes par le cloud computing. [Le cloud permet] permet à l’Etat de proposer à ses agents et aux citoyens de nouveaux services et applications en ligne […] à coût optimisé et avec un impact moindre sur l’environnement », écrit Nathalie Wright, directrice secteur public, de Microsoft France (l’éditeur de RSLN, NDLR).

3. Un état d’esprit : l’expérimentation

Une culture d’expérimentation : voilà, selon Robin Berjon, expert ès normalisation, blogueur, et récent rédacteur de la note « Internet, politique et coproduction citoyenne » de la Fondapol, le principal critère d’un gouvernement moderne.

« La démocratie moderne peut se concevoir comme l’application de la méthode expérimentale au domaine public : tout citoyen peut proposer ses solutions, en critiquer d’autres, exiger la transparence du processus, et quand une hypothèse emporte une certaine adhésion, des moyens sont mis en œuvre pour la tester … . L’avis général peut ensuite changer pour explorer d’autres voies. »

Et, selon lui, internet étend le champ des espaces de cette expérimentation. 

Une conclusion ? Elle est sans doute à trouver du côté de cette conviction, exprimée par Nils Aziosmanoff : un e-gouvernement sait « prendre [des] risque[s] » !

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