Une Silicon Valley en Europe ? Le débat ne fait que commencer … share
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Une Silicon Valley en Europe ? Le débat ne fait que commencer …

24 décembre 2009

(visuel : Silicon Valley, par Revolweb, licence CC)

Ils sont économistes, sociologues, industriels, créateurs de start-up, capital-risqueurs…. Les experts sollicités par RSLNmag.fr pour répondre à son premier débat, intitulé « Une Silicon Valley en Europe : Arlésienne, mirage ou objectif à court terme ? » ont croisé le fer des arguments, l’enrichissant de leurs points de vues.

Créer une Valley physique à l’heure où beaucoup ont la tête dans les nuages du cloud computing a-t-il un sens ? La France et l’Europe ont-elles une culture compatible avec l’esprit de la Valley originelle ? Voici les deux grands  thèmes qui se sont dégagés de leurs contributions.

Dans les nuages ou bien réelle ?

« Cloud », le « nuage » : le terme est présent à cinq reprises dans les contributions des experts sollicités par RSLNmag.fr. Patrick Bertrand, président de l’AFDEL, Yacine Aït-Kaci, co-fondateur d’Electronic Shadow, Nils Aziosmanoff, président du Cube et de Navidis, ou  Marcel Desvergne, président d’Aquitaine Europe Communication : tous pensent que la Silicon Valley version européenne sera « dans les nuages », dématérialisée.

Evidemment, il y a des nuances : pour Patrick Bertrand, le cloud sera surtout un catalyseur, capable de faire se rapprocher industriels, universitaires, autour d’un même objectif industriel ; alors que Marcel Desvergne revient surtout sur ses usages : avec la dématérialisation, en route pour les « partages, même si les acteurs ne sont pas physiquement voisins ! », s’exclame-t-il. Nils Aziosmanoff, enfin, appelle à une « conquête » de l’homme sur ces espaces dématérialisés

Tonalité radicalement différente
pour les contributeurs RSLNmag.fr partisans de lieux « physiques » : François Bourdoncle, co-fondateur d’Exalead plaide ainsi pour la création de lieux « bien identifiés et marketés » – sans qu’il s’agisse nécessairement d’un lieu unique, et Christine Balagué, co-présidente du think-tank Renaissance Numérique fait de la création d’un « environnement géographique similaire à la Silicon Valley […] l’une des trois conditions indispensables à la création d’une Valley européenne », aux côtés de la réduction des écarts de rémunération entre Europe et USA.

Emmanuel Leprince, du Comité Richelieu est plus précis : il évoque des « clusters de pôles, basés sur les structures collaboratives créées localement » – un peu comme le faisait Francis Pisani, il y a quelques temps, dans une note sur les microclusters publiée sur Transnets, dans laquelle il appelait « ceux qui s’intéressent au modèle d’innovation qu’on trouve à Silicon Valley et dans la région [à] regarder dans le détail de la dynamique sociale » : là-bas, selon lui, les "regroupements en sous régions" existent. « Les fabricants de hardware au sud de la Baie, autour de San Jose et de Santa Clara. Le marketing et le design se font à San Francisco. Le reste tend à être réparti entre les deux .. »

Et ailleurs sur la toile, quels sont les termes du débat ? Une Silicon Valley européenne virtuelle serait d’abord « la réponse du compromis », écrivait de son côté Olivier Ezratty, consultant en stratégies de l’innovation indépendant, dans les commentaires de deux longs et très fouillés billets consacrés au débriefing d’un voyage d’études dans la Silicon Valley. Selon lui, « l’expérience de la Silicon Valley montre que la concentration physique des ressources est indispensable ».

Des lieux physiques, d’accord, mais pour quoi faire ?, semble lui répondre Hélène Perrin-Boulonne. Responsable de la prospective économique et sectorielle au sein du pôle de politique économique et financière à la Chambre de commerce de Paris, elle dissèque le « cas » du plateau de Saclay, sur le blog de son institution  « La route est encore longue pour faire éclore une Silicon Valley sur le plateau de Saclay », écrit-elle : selon elle, sans interaction entre tous les acteurs impliqués, le plateau de Saclay restera une coquille vide !

Tout en s’incluant dans une logique de territoire, quatre économistes du Cepremap, labo de recherche en économie de Normale Sup, concluaient, en 2008, leur stimulant Les pôles de compétitivité, que peut-on en attendre ? (PDF, 84 pages) sur un appel à la puissance publique à se situer dans la levée des obstacles concrets aux regroupement d’entreprises d’un même secteur, plutôt quà la multiplication sans fin des subventions. « Mettre en place des biens publics, des réglementations sur l’utilisation des terrains, etc., est assurément moins excitant que de tenter de créer un cluster en biotechnologie ou une nouvelle Silicon Valley, mais certainement plus raisonnable ! », écrivaient-ils ainsi.

Une question culturelle …

C’est l’autre pan du débat soulevé par les experts que nous avons sollicités. De Daniel Kaplan, délégué général de la FING, qui veut « disperser les souches » de la Silicon Valley en Europe pour sortir les systèmes d’innovation d’un « ghetto doré pour technologues », à Stéphane Distinguin, de FaberNovel, qui aimerait que l’innovation devienne une « culture populaire », en passant par Jean-Louis Fréchin (NoDesign) et ses « salons » ou Alexis Mons (Groupe Reflect) et ses « réseaux » façon LeWeb ou Lift : tous invoquent un esprit siliconien, qui, précisément, nous ferait un peu défaut, en France et en Europe.

Culture, mais aussi contre-culture : il ne faut pas oublier que la Valley a été la terre d’élection des « paradis artificiels », souligne Denis Tersen, de l’Agence de développement de Paris Ile-de-France, très proche de Dominique Piotet (RebellionLab) qui rappelle que la Valley a d’abord été « un savant mix de contre-culture hippie et d’une approche originale du monde des affaires et de la collaboration ». Alors, que de son côté, la France porte le poids d’un héritage Jacobin dans ses politiques publiques insiste Youssef Hamadi chercheur associé au CNRS.

Bref, les Européens seraient-ils un peu trop prisonniers de leurs lectures keynésiennes
quand la mentalité américaine a su retenir ce qu’il y a de meilleur chez Schumpeter, comme le résume Alexis Mons : avouez, que vous soyez ou non d’accord avec cette conclusion forcément réductrice, le débat RSLNmag.fr est allé (un peu) loin que la fameuse passe d’armes qui, en décembre 2008, avait opposé Loïc Le Meur et Michaël Arrington (Techcrunch) : en marge de LeWeb, ils avaient bataillé par blogs interposés sur … le temps passé par les Européens au restaurant !

Et en attendant, on fait quoi ?

Français (et Européens), oubliez vos rêves de recréation ex-nihilo de la Silicon Valley, et contentez-vous, déjà, de faire en sorte que vos entreprises acquièrent un début de crédibilité dans la Valley originale : c’est, en substance, le message, forcément provocateur, délivré, depuis Paolo Alto, par Jean-Louis Gassée, aujourd’hui associé d’un fonds de capital risque, spécialisé dans ce domaine.

Dans l’une de ses toute récente « Monday note », celui qui fut patron d’Apple France estime que c’est  là-bas que, pour l’instant, les innovateurs français doivent regarder, s’ils espèrent lever des fonds en conséquence – moins du côté d’un hypothétique cluster franco-européen… . Sur RSLNmag.fr, Henri Isaac, directeur de la recherche à Rouen Business School, pose lui aussi le débat en ces termes : « Est-ce un regroupement territorial de type cluster ou pôle de compétitivité mondiale qui donnera plus de chances de réussite à nos start-ups ? Il vaudrait mieux s’intéresser aux freins ou obstacles qui empêchent nos innovations de s’imposer sur la scène mondiale … »

Conclusion définitive  … ou temporaire ?

D’accord, pas d’accord ? Pour faire avancer le débat, nous attendons avec impatience de raconter ce que vous en pensez : toutes les contributions de nos experts sont ouvertes au débat, profitez-en !

 

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