[Vidéo] Evgeny Morozov : « Dans 5 ou 10 ans, les géants d’Internet pourraient prendre le pouvoir sur les gouvernements » share
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[Vidéo] Evgeny Morozov : "Dans 5 ou 10 ans, les géants d'Internet pourraient prendre le pouvoir sur les gouvernements"

23 octobre 2014
Non, Internet ne va pas sauver le monde à lui tout seul. C’est en substance ce qu’est venu défendre le chercheur Evgeny Morozov sur le campus de Microsoft France lors d’une conférence le 15 octobre dernier, à l’occasion de la sortie en français de son dernier livre « Pour tout résoudre, cliquez ici » (Fyp Editions). Rencontre.

« Les politiques encouragent à créer des start-up parce qu’ils n’ont pas d’emploi à proposer »

C’est bien connu : au-delà du réseau des réseaux, Internet est un monde en soi… dont le nôtre ferait bien de s’inspirer. Décentralisation, horizontalité, transparence, collaboration en sont les maîtres mots. Le Big Data, les applications et les mythologies collectives nourrissent les plus grandes promesses, de la prédiction des maladies aux villes innovantes co-construites par les autorités et les citadins. Mais ne sommes-nous donc en train de déléguer la recherche des remèdes aux maux de notre société à la Silicon Valley ? C’est ce que postule Evgeny Morozov.

« L’Europe aujourd’hui ressemble de plus en plus aux Etats-Unis. Il n’y a plus d’argent, ni de volonté politique pour contrer les problèmes de manière collective. Prenons l’exemple de l’Italie par exemple, le premier ministre s’affiche en déplacement dans la Silicon Valley et rencontre les plus grandes entreprises présentes sur place, jusqu’aux acteurs les plus étranges comme l’Université de la singularité [Ndlr : dont la mission est « d’inspirer les leaders pour qu’ils usent des technologies pour relever les grands défis de l’Humanité »] »

Pour le penseur, les gouvernants usent ainsi des grandes entreprises du numérique pour fournir une réponse aux problèmes qu’ils ne réussissent pas à résoudre :

« Les solutions sont rapportées en Europe depuis la Silicon Valley comme une manière de relancer la croissance en créant des applications et des start-up. […] Mais tout cela relève plus de l’incapacité des pouvoirs publics à créer des emplois et de la croissance plus qu’une véritable idéologie. Si les entreprises de la Silicon Valley sont en charge du moindre aspect de notre vie quotidienne, alors que reste-il aux gouvernements ? »

C’est donc au cœur de la sphère économique et politique que la discussion doit être recentrée :

« Je ne pense pas qu’il faille continuer le débat des technophobes contre les technophiles. Le débat n’appartient pas au monde des nouvelles technologies comme si elles étaient une force en elle-même. »

Quand les nouvelles technologies nous volent le pouvoir

Evgeny Morozov va plus loin. Les nouvelles technologies seraient une réponse toute prête pour les gouvernants, mais elles pourraient aussi se révéler être des armes dangereuses :

« A mon sens, ce qui rend les technologies nocives, c’est le dispositif économique et social qui les met au cœur d’un modèle commercial : toutes les technologies qu’on utilise aujourd’hui se fondent sur un modèle qui tourne autour de la collecte de données des utilisateurs afin de proposer des publicités ciblées. »

Mais alors, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Doit-on revenir sur tous les nouveaux services collaboratifs proposés grâce au numérique ? A cette question, Evgeny Morozov reste formel :

« C’est très bien de penser que nous pouvons avoir de nouveaux modèles collectifs de partage de transport ou d’énergies, mais le problème, c’est que ce futur sera défini par ceux qui possèdent les données et les plateformes. »

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