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Vie Privée 2020 : quelle régulation pour les réseaux sociaux ?

5 décembre 2012

Réunis par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dans l’auditorium du journal Le Monde le 30 Novembre dernier, de nombreux experts du numérique ont débattu des enjeux de la vie privée à l’horizon 2020. Données personnelles, régulation, libertés, autant de réflexions pour « construire ensemble, le cadre éthique de l’univers numérique de demain. »

Et les problématiques étaient nombreuses. Après vous avoir fait vivre les échanges en direct sur Twitter, retour sur la gestion des données, leur monétisation et la régulation des réseaux sociaux par les utilisateurs.

> Quand le public se dévoile

Aujourd’hui, Facebook compte plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde. Les internautes/mobinautes, quasiment constamment connectés via leurs smartphones, y dévoilent une bonne partie de leurs vies, et avec elles leurs informations personnelles : des photos de vacances, en passant par leurs adresses, leurs derniers coups de coeur au cinéma ou envies, se mettant plus ou moins en scène sur les réseaux sociaux.

Alors les individus sont-ils devenus des « peoples » élaborant des stratégies d’image pour mieux se mettre en valeur ? Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages SENSE d’Orange Labs voit plutôt dans ces tactiques une nouvelle expressivité : 

« Cette nouvelle expressivité n’est plus celle du blogueur lettré qui sait faire des textes mais celle de tout le monde. Elle est entrée sur le web dans un mécanisme qui est à la fois le fruit de l’individualisme contemporain, et de tout ce que vers quoi l’entreprise, le marché ou encore l’école nous pousse c’est à dire être des singuliers dans un univers de relation. »

Mais on aurait tort de penser que cette mise en scène s’adresse au grand public. Il s’agit d’un espace intime avec une audience construite entre individus qui ont choisi de faire partie d’un même réseau, précise le chercheur :

« Le web social est une surveillance interpersonnelle […] et la vie privée devient une revendication des individus, chaque individu règle lui-même le curseur entre ce qui est privé et ce qui est public. Donc peut-on protéger les gens contre eux-mêmes quand ils expriment clairement que ce sont eux qui décident. On a une sorte d’éthique du consentement. »

> Pour une régulation collective des réseaux sociaux

Alors quelle régulation envisager pour les utilisateurs? Antonio Casilli, sociologue et maître de conférence en « Digital Humanities » à Telecom Paritech rappelle que ces processus de régulation ne s’installent pas de manière linéaire.

Facebook par exemple, change régulièrement ses paramètres de confidentialité, et rend public certaines informations sur l’identité de ses utilisateurs de manière assez régulière. Ceux-ci se constituent alors en collectif pour forcer l’entreprise à faire marche arrière. Le processus est souvent marqué par des réactions violentes.

On observe alors un changement de paradigme selon le sociologue :

« On serait passé d’une vision d’une intimité comme droit à être laissé seul, à un paradigme d’une intimité comme quelque chose de régulable, mais aujourd’hui nous sommes au stade de l’intimité comme une négociation. Aujourd’hui tout usager qui intègre un service de réseautage social lance un signal qui amène un contre-signal des autres usagers qui disent s’ils sont d’accord ou non avec ce qu’il publie. C’est un processus de négociation collectif. »

> Manifeste pour l’auto-régulation

Et la notion de partage est centrale pour plusieurs experts. Progressivement, les ordinateurs et les terminaux mobiles, via Internet, se sont imposés comme des outils de partage, de diffusion de photos, d’articles, d’humeur au quotidien.

Mais les sanctions qui se font la plupart du temps a posteriori manquent d’efficacité. Il y a toujours un laps de temps où une publication restera en ligne avant d’être retirée si elle est jugée outrancière par les pairs. Il est donc nécessaire de donner aux individus les moyens de se gérer en amont :

« Les gens aujourd’hui, notamment les jeunes, pensent contrôler les informations qu’ils partagent et leurs données personnelles sur ces plateformes, leur e-réputation. Or ils ont une méconnaissance totale des technologies et des instances de régulation » a rappelé Christine Balagué, co-présidente du think tank Renaissance numérique.

Il est donc primordial aujourd’hui d’éduquer la population et les organisations au numérique et à l’enjeu des données personnelles. Cette nécessité, à laquelle adhèrent unanimement les experts, doit couvrir tous les angles de la « culture numérique » et non pas seulement les dangers liés à Internet, comme le rappelle Jean-Marc Manach, journaliste à Owni.fr et blogueur :

 « Il s’agit surtout d’un enseignement à la vie publique […], c’est comme l’éducation sexuelle : ce n’est pas que de la sensibilisation aux MST. »

Et les interventions ne se sont pas arrêtées là. Au coeur des débats, la question du rôle des autorités de protection des données et du droit au numérique ont suscité un vif intérêt… à retrouver dans notre second billet consacré à la journée d’étude Vie Privée 2020.

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