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Vincent Ricordeau : " Le financement participatif bouscule l'économie et crée un nouveau contrat social "

2 août 2013

Le crowdfunding – ou financement participatif – connaît une montée en puissance vertigineuse depuis quelques années. Quel est son impact sur l’économie ? Que révèle-t-il des pratiques des internautes, et plus largement du nouveau paradigme dans lequel s’inscrit la société ? Ce sont les questions auxquelles Vincent Ricordeau, co-fondateur et président de KissKissBankBank répond dans son livre « Crowdfunding : le financement participatif bouscule l’économie ! » dont nous vous proposons ici une synthèse.

KissKissBankBank, Ulule, Touscoprod… les plateformes de financement participatif sont désormais nombreuses et rencontrent un beau succès. Et la preuve en est, le marché attire de plus en plus d’internautes et se porte plutôt bien. Vincent Ricordeau évoque ainsi des chiffres significatifs :

« En 2012, la globalité du marché a collecté 2,7 milliards de dollars et financé plus de 1,1 millions de projets. »

Inverser la chaîne de valeurs

Les plateformes de crowdfunding permettent donc à chacun de choisir les projets qu’il souhaite financer, une « révolution » dans le circuit de financement comme l’explique Vincent Ricordeau : 

«  Le crowdfunding est l’affaire de tous, et plus seulement le pré carré des professionnels ayant, au préalable, confirmé leur savoir-faire, ou apprenant obligatoirement aux réseaux ou lobbies « dits créatifs ».

L’auteur du livre considère donc qu’il s’agit d’un renversement de la chaîne de valeurs et du marketing de l’offre : 

«  La pyramide de valeur est alors renversée, le sommet étant constitué par la base, c’est-à-dire la multitude de projets mis en ligne par des personnes ordinaires ou simplement entreprenantes. » 

Et les contributeurs choisissent les projets en fonction de leur intérêt. Ce sont donc de véritables communautés qui se rassemblent pour soutenir des projets : 

« Les plateformes de crowdfunding sont donc très clairement des outils, au sens premier du terme, qui permettent de faciliter des collectes de fonds au sein des communautés identifiées. »

Une multitude de plateformes

Mais le crowdfunding ça marche comment ? Le co-fondateur de KissKissBankBank propose dans son ouvrage d’expliquer les mécanismes à l’œuvre sur des plateformes de ce type. Car elles sont nombreuses et ne fonctionnent pas toutes de la même manière : il existe ainsi des plateformes non-spéculatives et d’autres dites spéculatives. 

Dans les deux cas, le créateur est au cœur du processus. Après avoir enregistré son projet, il peut proposer différentes formules aux internautes voulant participer :

« Les montants se répartissent en six segments identifiés (le don, le contre-don ou moyennant contreparties en nature, le prêt solidaire, contributions contre royalties, le prêt entre particuliers avec taux d’intérêt, l’investissement contre prise de participations). »

Et pour l’heure, c’est le don qui connait le plus de succès car il est confronté à moins de contraintes juridiques

Comment cela fonctionne donc-t-il ? Passé une certaine somme de don, le créateur propose alors un contre-don, il s’agit assez généralement de places de concerts, d’exposition ou autres.

Le prêt entre particuliers connait aussi un succès non-négligeable notamment avec la plateforme Lending Club.

Pour ce qui est des plateformes spéculatives, l’internaute peut être placé dans la position d’éditeur participatif et rémunéré en fonction du succès du projet. Un procédé souvent mis en cause de par le « niveau de transparence des comptes fournis aux internautes ». L’internaute peut également investir dans une entreprise comme sur la plateforme Wiseed par exemple et faire ainsi du « crowdinvesting ». Un processus que les Etats-Unis tentent actuellement de faciliter. La France devrait également voir un nouveau cadre législatif se développer d’ici fin 2013.

Mais comment ces plateformes se financent-elles ? Comment ont-elles pu s’imposer et être viables économiquement ?

Comme l’explique Vincent Ricordeau, le plus souvent il s’agit du « modèle tout ou rien ». Le créateur du projet ne touche la somme qu’il a demandé que si l’objectif financier est atteint et la plateforme conserve un certain pourcentage de la collecte. Les entreprises se rémunèrent aussi sur les transactions bancaires et nouent régulièrement des partenariats commerciaux. Mais Vincent Ricordeau l’accorde : le plus souvent elles doivent quand même s’appuyer sur des investisseurs traditionnels.

Le créateur de projet au coeur du processus

Pour les créateurs, les plateformes ne sont pas une simple vitrine de leur projet mais une véritable interface leur permettant de les développer et de les structurer :

« Au-delà de la place qu’elles [les plateformes de crowdfunding] offrent aux différents projets sur leurs sites, elles permettent aux créateurs de structurer et crédibiliser leurs idées. (…) Le travail préparatoire à la mise en ligne de la collecte est un laboratoire qui laisse le temps aux créateurs de donner de la profondeur et du sens à ce qu’ils souhaitent faire financer. »

Les plateformes jouent donc un rôle de média pour les projets qu’elles exposent. Vincent Ricordeau explique avoir vu apparaitre un lien particulier entre les créateurs et les sites de crowdfunding :

« C’est véritablement un cercle vertueux qui lie les plateformes et les créateurs. Grâce à leur travail de sélection et de valorisation de contenus (projets) les plateformes gagnent en visibilité et en audience qui se répercutent en contributions sur les projets. »

Et pour récolter des fonds, les créateurs mobilisent trois « cercles de communautés » selon Vincent Ricordeau : le premier concerne la famille, les amis, les collègues et les fans, le deuxième les amis d’amis, les relais d’influence et enfin, le grand public, la presse, les blogs, et les personnes qui partagent la même passion. Une fois ce dernier cercle atteint, le créateur a un maximum de chance de récolter la somme dont il a besoin.

Un contexte favorable au développement du crowdfunding

Si le crowdfunding connaît un tel succès aujourd’hui, c’est qu’il a été stimulé ces dernières années par un contexte économique difficile : un climat de défiance s’est en effet développé assez largement dans le monde depuis 2008, notamment vis à vis des banques d’affaires, critiquées pour leur activité de spéculation et leurs conditions de prêts.

Les entrepreneurs ont par ailleurs de plus en plus de difficultés à se financer alors qu’ils jouent un rôle majeur dans le financement de l’économie. 

Si les plateformes de crowdfunding permettent à certains entrepreneurs de trouver les fonds nécessaires, Vincent Ricordeau rappelle toutefois que le volume d’argent qui circule sur ces plateformes est faible par rapport aux banques et ne concurrence pas la finance traditionnelle.

Pour lui, le crowdfunding et la consommation collaborative s’inscrivent dans l’ère du temps :

« Ces nouveaux usages s’inscrivent dans le renforcement (nécessaire) d’une prise de contrôle de la société civile sur son environnement. […] Un nouveau type de contrat social s’installe entre les individus et la société, et entre les individus eux-mêmes. »

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