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Vivek Kundra : « La libération de données a donné naissance à une économie des applications »

16 mars 2011
Pour accompagner l’atelier de réflexion autour du phénomène open data que nous organisons le 17 mars (inscriptions), nous diffusons une série d’articles, de reportages, et d’analyses, autour de la question de la libération des données.


Nous vous proposons un entretien exclusif avec Vivek Kundra, le « monsieur nouvelles technologies » de Barack Obama. A la Maison Blanche, il porte le titre de « Chief Information Officer », un poste créé spécialement pour lui, et qui lui permet de piloter toute la stratégie open data du gouvernement américain. Barack Obama a en effet inscrit ce chantier à l’agenda de son mandat dès le lendemain de son investiture, par un discours prononcé lequel il lançait : « L’information détenue par le gouvernement fédéral est un bien national. »


Quatre mois plus tard,en mai 2009, le site « data.gov » était en ligne. Depuis son lancement, le gouvernement américain a investi 9,2 millions de dollars dans le projet, et environ 3000 jeux de données brutes et plus de 300 000 données géo-spatiales sont téléchargeables sur le site. Retour sur expérience.
 
RSLN : L’Open Data est sans doute l’un de vos plus grands chantiers à la Maison-Blanche. Et votre initiative vedette en la matière, c’est la plateforme gouvernementale data.gov. En mai prochain, elle fêtera ses 2 ans. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui?
 
Vivek Kundra : Data.gov a connu un succès vraiment extraordinaire. Le principe même de la démocratisation des données gouvernementales est fascinant, mais l’aspect le plus intéressant aujourd’hui, c’est que la libération de ces données a donné naissance à une économie des applications. 
 
Depuis deux ans, des tiers développent des applications que nous n’aurions jamais pu imaginer au sein du gouvernement, dans des domaines aussi variés que les transports en commun et l’éducation ou encore la santé. On assiste à une explosion de ces communautés de développeurs.
 
RSLN : Quels exemples de retraitement des données vous semblent particulièrement intéressants ?
 
Vivek Kundra : Lorsque nous publions des données sur la performance des hôpitaux, en rapport avec les programmes Medicare et Medicaid, il est possible de les mettre en scène pour vous permettre, lorsque vous tapez le nom d’un hôpital dans un moteur de recherche, de voir le classement de cet hôpital en termes de qualité des soins offerts.
 
Un autre exemple : des programmeurs indépendants ont développé une application mobile, qui vous permet de savoir si un produit a été rappelé par le gouvernement pour raisons sanitaires ou de sécurité.
 
C’est passionnant de voir l’évolution de la plateforme data.gov, mais le plus excitant aujourd’hui, ce sont ces applications qui ont un impact sur la vie quotidienne des citoyens américains. 
 
RSLN : Quelles sont les prochaines étapes, pour data.gov ?
 
Vivek Kundra : Nous devons désormais renforcer cette économie des applications en publiant davantage de données, et en prenant soin des communautés de développeurs qui la font exister.
 
RSLN : Vous plébiscitez également le cloud computing comme un partenaire naturel de l’Open data.
 
Vivek Kundra : Absolument. Le gouvernement produit de plus en plus de données. Aujourd’hui, ce sont des petabytes de données qui sont ajoutés. Plus de données numériques seront créées dans les cinq prochaines années que depuis la naissance de l’humanité. Nous allons donc avoir besoin de solutions de cloud computing capables non seulement d’héberger ce volume croissant d’informations mais aussi de les analyser et de les recouper.
 
vivek-kundra-barack-obama
 
RSLN : Le 8 février dernier, vous avez d’ailleurs publié la nouvelle stratégie de cloud computing du gouvernement américain (voir le plan détaillé). Pourquoi avez-vous fait ce choix d’une migration dans le nuage ?
 
Vivek Kundra : Notre objectif, c’est de passer de la gestion des infrastructures informatiques à la fourniture de services aux citoyens. Ces dix dernières années, le gouvernement américain a investi dans un nombre croissant de centres de données. De 432 en 1998, nous sommes passés à plus de 2.000 aujourd’hui. 
 
C’est pour inverser cette tendance que nous voulons migrer dans le nuage. Parce que le cloud computing nous offre une plus grande agilité, mais aussi parce qu’il garantit une gestion beaucoup plus efficace des infrastructures informatiques (serveurs, data centers, etc.). Enfin, parce qu’il permet au secteur public de tirer profit beaucoup plus facilement et rapidement des trésors d’innovation du secteur privé.
 
Nous serons ainsi en mesure d’exploiter réellement les technologies déjà traditionnellement utilisées en entreprise : solutions collaboratives, d’informatique décisionnelle, de sécurité et de processus métiers. Cette année, sur un budget informatique global de 80 milliards de dollars, une enveloppe de 20 milliards devrait être consacrée au cloud computing.
 
RSLN : Comment allez-vous convaincre les agences gouvernementales de migrer dans le nuage ?
 
Vivek Kundra : Les agences gouvernementales, de la NASA au ministère de la Défense en passant par le ministère de l’Agriculture, vont toutes dans cette direction. Nous sommes déjà dans le nuage, et il n’y aura pas besoin de les convaincre, tant les économies réalisées sont importantes. Elles ne sont pas de 5 ou de 10 %. Elles sont énormes, de l’ordre de 60 à 90 %.
 
Un exemple concret ?
 
Vivek Kundra : Au sein du ministère de l’Agriculture, nous sommes en train de migrer les messageries électroniques dans le cloud. Pour un service aussi simple, nous allons pouvoir économiser plus de 20 millions de dollars.

> Pour aller plus loin :

 > Photos utilisées dans ce billet : 

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