Vizlab : la mémoire électorale de la France cartographiée share
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Vizlab : la mémoire électorale de la France cartographiée

Dans la foulée des deux tours de l’élection présidentielle, les médias n’ont pas tardé à fournir cartes et graphiques à leurs lecteurs pour rendre plus lisibles les résultats des scrutins. Si ces initiatives sont utiles, elles ne permettent cependant pas toujours une grande interactivité, voire une comparaison plus poussée avec les élections précédentes. Deux caractéristiques dont dispose le Vizlab, « un outil de visualisation des résultats électoraux » lancé récemment, fin 2011.

Aux manettes de ce projet, le Centre de Données Socio-politiques (CDSP), une entité créée en 2005 par Sciences Po et le CNRS afin de mettre à la disposition des chercheurs et de publics plus larges des données et des documents validés par la communauté scientifique en matière d’attitudes politiques.

Jusqu’à il y a peu, le CDSP ne proposait qu’un tableau, exhaustif mais peu parlant, de l’historique des élections françaises. Avec le Vizlab, la volonté de moderniser les techniques de représentation de l’information électorale est réelle :

« Ce n’est qu’un début, nous comptons encore améliorer l’outil, explique Anne Cornilleau, chargée d’études au CDSP. On peut y observer les mouvements électoraux depuis le début de la Vème République, dans le temps mais aussi dans l’espace. »

Un véritable générateur de cartes sur demande, qui n’a pas d’équivalent sur la Toile par ses fonctionnalités, et par sa base de données : tous les scrutins européens et présidentiels, la plupart des résultats régionaux, les derniers votes aux législatives, ainsi que les référendums de 1992 et 2005 sont répertoriés.

> Un laboratoire d’expérimentations pour tous

A qui s’adresse le Vizlab ? A première vue, le nombre d’options qu’il propose, et sa relative austérité dans l’interface – qui doit « encore se simplifier » – le destine d’abord aux chercheurs et étudiants en sciences politiques. Ces derniers disposent ainsi de nombreuses de méthodes statistiques et d’une foule de variables (votes exprimés, votes selon inscrits, par agrégation de forces politiques etc.), pour que leurs analyses prennent corps.

Ceci dit, grâce à un guide d’utilisation très clair, tout citoyen peut s’en emparer pour mener sa petite enquête et revisiter l’histoire récente de la République.

Deux exemples, réalisés en moins de cinq minutes, montrent qu’un néophyte peut obtenir des résultats plutôt intéressants.

Cette première carte montre la différence du nombre de votes exprimés, par circonscription, entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Un mois avant les législatives, il est donc assez aisé de prédire quelles sont les circonscriptions d’ores et déjà acquises à la gauche (rose foncée) et celles qui seront remportées par la droite (bleu foncé).

 

 

Autre démonstration avec cette visualisation du vote en faveur de Marine Le Pen, le 22 avril 2012. En clair, les régions ayant peu voté pour la candidate du Front National. En brun foncé, les régions où les électeurs l’ont davantage soutenue. Une des raisons avancées pour son succès lors du premier tour était d’avoir su séduire la France du « non » de 2005. Encore faut-il le vérifier, ce qui est possible avec le Vizlab.

 

 

Ici, on observe une corrélation positive entre les grands cercles blancs, qui représentent ceux qui ont dit non au Traité Constitutionnel Européen, et les régions qui ont voté pour cette candidate : Nord-Pas-de-Calais, Picardie, bloc est de la France et pourtour méditerranéen. En revanche, le vote frontiste est beaucoup moins marqué, tout comme le sont les votes pour le non de 2005, en Bretagne, Pays de la Loire ou encore en Île-de-France.

> Vers de nouvelles découvertes ?

Du côté du CDSP, on espère que le Vizlab inspirera de nouveaux concepts dans les mois qui viennent, ou du moins, aidera à peaufiner les analyses des sociologues. Le prochain rendez-vous des élections législatives des 10 et 17 juin 2012 s’avère à ce titre particulièrement intéressant.

En effet, l’outil permet de « rejouer » l’élection des députés en fonction de différents découpages électoraux. Car ces derniers n’étaient pas les mêmes, par exemple, sur la période 1978-1986 ou 1986-2011 qu’en 2012. C’est en effet cette année que la dernière réforme, adoptée en 2010, prendra effet. Une manière pour les citoyens de vérifier dans quelle mesure ce découpage oriente, ou non, leurs votes en fonction des contours de leurs circonscriptions.

En attendant, vous pouvez essayer gratuitement le Vizlab à cette adresse, et sauvegarder les différents visages politiques de la France que vous aurez ainsi créés.

 

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