Vous croulez sous l’information ? Mais c’était déjà le cas du temps de Voltaire ! share
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Vous croulez sous l'information ? Mais c'était déjà le cas du temps de Voltaire !

3 novembre 2011

L’agitation sur les réseaux sociaux ? L’effervescence de la blogosphère? Le buzz ? Autant de « phénomènes » qui ne surprennent pas spécialement plusieurs professeurs de l’Université de Stanford et spécialistes des Lumières.

On pourrait pourtant penser que ces phénomènes sont le fruit du XXIème siècle, où l’information est devenue la principale matière première. Selon ces chercheurs, ce n’est pas tout à fait vrai : la révolution de l’information et de la communication n’est que le prolongement d’un mouvement qui s’observait déjà au XVIIème et XVIIIème siècle. C’est ce que constate Anaïs Saint-Jude, professeur de Français et directrice du programme BiblioTech à Stanford :

« Au 17ème siècle, la conversation explose. C’était une version précoce et moderne de notre ère saturée d’informations. Une période à la fois dynamique, trouble et chaotique » explique t-elle.

> Les courriers et les salons, ces ancêtres pas si éloignés

Cette thèse repose sur deux éléments : le courrier et les salons. Ils montreraient ainsi que besoin et circulation de l’information allaient déjà de pair à l’époque de l’Encyclopédie.

Commençons avec les échanges épistolaires. Recevoir et envoyer du courrier a longtemps été réservé à l’élite politique et aux marchands. Puis la correspondance privée s’est développée, connectant des individus jusque-là condamnés au silence par la distance. L’exemple le plus emblématique est sûrement celui de Madame de Sévigné, qui écrivit à sa fille chaque semaine pendant plus de vingt-ans, pour la tenir au courant de tous les détails de la vie parisienne.

De lettres en réponses se créait alors un réseau entre individus, hors des cercles familiaux et amicaux classiques, soit une somme de nouveaux liens qu’il était impossible d’entretenir auparavant. Un peu l’équivalent des contacts que l’on accepte et additionne sur les réseaux sociaux.

Pour démontrer l’importance de ce sujet, Dan Edelstein, universitaire, est à l’origine de « Mapping the Republic of letters », un projet ambitieux qui vise à modéliser les échanges de courriers entre les penseurs des Lumières. En un coup d’œil, il est par exemple possible de distinguer l’impressionnante correspondance tissée par Voltaire, à travers l’Europe (environ 15.000 lettres envoyées en 83 ans d’existence).

 

(capture d’écran du projet « Mapping the republic of letters » )

Autre pilier de cette première révolution de l’info, l’émergence des salons. Si aujourd’hui les forums sont des espaces virtuels, le salon littéraire du XVIIème siècle est un espace physique où l’on discute, échange, découvre et ce, hors du protocole, contraint et calculé, de la Cour royale.

Et entre deux rencontres, on s’échange dans les rues de Paris des billets, ces messages concis, au style mordant, critique du pouvoir en place ou juste objet d’un bon mot. Ça ne vous rappelle rien ?

> Parler, même pour ne rien dire

Pour les chercheurs de Stanford, peu importe finalement la teneur de ces lettres ou billets. On ne s’y disait, la plupart du temps, rien d’essentiel ou de brillant.

« C’était l’équivalent d’un coup de fil, pour inviter quelqu’un à boire le thé ou dire ‘Tu connais la dernière à propos du Duc ? » résume Dan Edelstein.

Faire courir la rumeur, bavarder, se garder informer, sont autant de comportements qui existaient déjà. On peut tout de même objecter qu’entretenir de nombreuses correspondances – tant en termes de ressources culturelles que financières – n’était possible, à l’époque, que pour une fraction de la population, issue de l’élite noble ou bourgeoise. Une situation de moins en moins vraie aujourd’hui à mesure qu’Internet pénètre les foyers.

A en croire ces deux chercheurs, les nouveaux moyens de communication n’auraient donc rien inventé. Mais ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui répondent, selon Anaïs Saint-Jude, à un même impératif :

« Avec l’apparition de nouveaux espaces d’échanges émerge, je pense, le besoin de communiquer toujours plus. »

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