Voxe.org : « rester neutre, c’est ce qui fait notre force et notre légitimité » share
back to to

Voxe.org : « rester neutre, c'est ce qui fait notre force et notre légitimité »

Comparer pour mieux voter : c’est ainsi que l’on pourrait résumer la devise de Voxe.org, qui se définit comme un « comparateur neutre de programmes politiques ». Malgré sa jeunesse, le projet a été visité par plus d’un demi-million de curieux depuis son lancement, le 6 février 2012. Aujourd’hui, une douzaine de personnes travaillent, bénévolement, à l’amélioration de ce site qui tente d’inscrire le débat politique d’abord sur le terrain des propositions.

Rencontre avec Edouard Schlumberger, 25 ans, co-fondateur de cette initiative numérique qui a séduit la plupart des médias en ligne.

RSLN : Comment avez-vous trouvé les ressources humaines et financières pour mener à bien ce projet ?

Edouard Schlumberger : Notre équipe se divise pour moitié à l’aspect technique et pour l’autre aux contenus et à la communication. On s’est retrouvé autour de ce projet essentiellement par réseaux d’amis, et un peu par Internet. A chaque fois on présentait l’idée, elle séduisait. Durant six mois, soirs et week-ends, on a travaillé tous à titre bénévole, alors que nous avons tous une activité à côté. Comme la motivation était là, ça n’a posé aucun souci.

Sur l’aspect financier, eh bien on a l’hébergement du site à payer… et c’est tout. L’architecture qu’on a développée est assez légère pour ne pas générer de coûts trop importants. Pour prévoir la pérennité du projet cependant, on a levé une cagnotte de 5000 euros via kisskissbankbank, grâce à la générosité des internautes.

Qu’est ce que Voxe.org apporte selon vous au débat démocratique ?

C’est le cœur du sujet : Voxe a pour ambition de permettre à tous de mieux s’informer sur les propositions des candidats, afin de voter de manière plus éclairée. Car on s’est aperçu qu’il était assez difficile de comparer les programmes de deux candidats, qui n’ont pas toujours la même façon de présenter les choses. Voxe permet cette lecture simplifiée, tout en donnant du contexte aux propositions.

Jean-Luc Mélenchon voulait abroger la RGPP : je pense que la plupart des gens ne savent pas ce que c’est. Pareil quand tel candidat propose d’augmenter le SMIC (à combien est-il aujourd’hui ?) ou quand Nicolas Sarkozy veut réduire les droits de mutation. Il y a donc toujours de nombreuses choses à intégrer autour des propositions, comme des définitions ou des jeux de données en mode open data, que l’on met à la disposition de tous les citoyens.

Quelles sont vos règles pour rester le plus impartial possible ?

D’abord, on a voulu que les thèmes retenus pour classer les propositions [onze au total], collent au plus près des enjeux et des programmes. Ensuite, et c’est là qu’il peut y avoir un léger biais, quand on intègre les propositions dans ces catégories, on peut se poser des questions sur leur nature : est-ce une proposition économique ? Sociale ? Les deux ? Du coup, il nous a fallu en dupliquer certaines. Mais jamais nous n’avons modifié les propositions, que nous puisons directement sur les sites des candidats.

Quand des candidats ont fait des annonces nouvelles, comme François Hollande sur la taxation à 75% des foyers les plus riches, alors nous avons retranscrit les paroles prononcées à partir de la vidéo.

Enfin, pour les sources qui ont servi à contextualiser, on a utilisé des sites officiels, en général gouvernementaux, qui font un vrai travail de vulgarisation pour les citoyens. Le nouveau site data.gouv.fr, qui regroupe de manière plutôt intelligente les données, a également été utile.

En revanche, nous nous sommes abstenus d’utiliser les médias en ligne, les forums, etc. La seule exception était de se référencer à l’occasion à Wikipedia, quand il n’y avait pas d’alternative officielle.

Pourquoi ne pas proposer aux internautes de voter pour le candidat ou la proposition qu’ils préfèrent, et effectuer une sorte de « curation démocratique » ?

C’est un vrai choix de posture. Jusqu’à aujourd’hui, notre choix est vraiment celui d’une plateforme avec API ouverte. Libre ensuite aux développeurs de créer de nouvelles applications à partir de notre plateforme, comme cela s’est fait lors du Hackathon qu’on avait organisé en mars. Nous sommes donc plus dans une logique de mise à disposition des contenus plutôt que de réutilisation.

En somme, nous voulons rester une plateforme neutre, ce qui, surtout en politique, nous évite certains écueils. Comment juger de la curation d’un contenu politique ? Quelle serait sa représentativité ? La seule représentativité pertinente dans le cadre d’une élection, c’est le jour du scrutin, dans les urnes. C’est ce qui fait, je pense, notre force et notre légitimité. Il suffit de voir le nombre de médias qui se sont emparés de notre widget (Canal +, Le Huffington Post, Le NouvelObs etc.).

Comment comptez-vous faire évoluer Voxe dans les mois à venir ?

Pérenniser, pourquoi pas « industrialiser » Voxe, c’est le but qu’on poursuit. On aimerait se calquer de plus en plus sur le fonctionnement de Wikipedia, en ouvrant une partie du comparateur à d’autres élections, pour des bénévoles à l’étranger.

Cela implique de repenser la page d’accueil, de gérer de nouvelles langues et d’accroître la dimension collaborative du projet. En France, le rendez-vous des élections européennes de 2014 nous paraît important, car 80% des textes adoptés par l’Assemblée sont issus de directives européenne, alors même que cette élection reste peu visible.

> Comparer les programmes des deux candidats finalistes pour le numérique, la culture et les médias

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email