Clinton, Trump… : quelle vision du numérique pour les candidats à l’élection présidentielle américaine ? share
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Clinton, Trump… : quelle vision du numérique pour les candidats à l’élection présidentielle américaine ?

20 janvier 2016

Hillary Clinton, Donald Trump, Bernie Sanders ou encore Ted Cruz. Alors que la course à l’investiture des partis républicain et démocrate bat son plein outre-Atlantique, quelles sont les principales prises de position sur les sujets numériques ? Tour d’horizon.

Le rituel est bien rodé. Tous les quatre ans, au début du mois de février, les regards se concentrent en direction de l’Iowa pour ce qui marque le lancement officiel de la course aux primaires des partis républicain et démocrate en vue de l’élection du futur président des Etats-Unis. Etat après Etat, les résultats sont scrutés, analysés, et les annonces des candidats disséquées. Plus encore qu’en 2012, les politiques du numérique seront au cœur des programmes de l’élection à venir. 

Si Internet et les outils numériques seront assurément des éléments déterminants en termes de communication, le numérique ne sera pas limité cette fois-ci à son rôle de chef d’orchestre de la campagne. Economie, éducation, santé, vie privée… tous les secteurs sont concernés. Qu’il s’agisse de réguler, de garantir des libertés ou bien encore d’éduquer, républicains comme démocrates prennent position. Une chose est sûre : le 45e président des Etats-Unis aura fort à faire en matière de politique du numérique.

 

Parti républicain : des propositions très… attendues

La course à l’investiture du parti républicain est largement dominée par le fantasque homme d’affaire Donald Trump qui conserve depuis plusieurs mois une confortable avance sur ses adversaires, au premier rang desquels figure Ted Cruz, représentant du Texas au Sénat. 

 

Donald Trump : « Je suis en faveur d’une fermeture de certaines parties d’Internet »

Si Donal Trump ne manque pas une occasion de se faire remarquer en assénant des propositions chocs (et controversées) qui font les gros titres des médias, il apparaît étonnamment modéré lorsqu’il s’agit d’aborder les questions de politique numérique. 

Répondant à une interview du site Breitbart – un média conservateur – le multimilliardaire a ainsi déclaré vouloir « donner autant de latitude que possible à la NSA, mais sans jamais violer le quatrième amendement [qui protège les citoyens contre des perquisitions et saisies non motivées, NDLR] ».

 

 

Conformément aux valeurs libérales-conservatrices portées par le parti républicain, Trump défend le patriotisme économique américain en assurant veiller, entre autres, à ce que la propriété intellectuelle produite aux Etats-Unis reste la propriété de ses producteurs – entendu les Américains.

A la question de savoir si l’intelligence artificielle représente une menace, il déclare que « les créateurs et les utilisateurs devraient toujours porter une attention toute particulière aux conséquences éthiques et morales de leurs activités ».

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Interrogé à propos de la cybersécurité et de ses enjeux, Donald Trump s’est contenté de rappeler qu’il était selon lui de la responsabilité du gouvernement américain de défendre le pays des attaques, quelles qu’elles soient.

Mais Donald Trump ne serait pas Donald Trump sans une déclaration controversée. Interrogé lors d’un débat républicain à la télévision autour des politiques anti-terroristes, il a ainsi déclaré être en faveur « d’une fermeture de certaines parties d’Internet. Je ne veux vraiment pas laisser les gens qui veulent nous tuer et tuer notre nation utiliser notre Internet ».

 

 

Ted Cruz : la liberté avant la régulation 

Dans la plus fervente tradition libérale, Ted Cruz s’affiche en opposant inconditionnel de toute régulation et milite pour laisser le marché dicter sa loi. La « liberté d’Internet » contribue ainsi selon lui à garantir la liberté d’expression, tout en agissant comme un tremplin pour les entrepreneurs – qui créent alors des emplois et de nouvelles opportunités.

La neutralité du net, qu’il qualifie « d’Obamacare pour Internet » et qui est garantie par la Federal Communications Commission (FCC), n’aurait alors pas de sens, de même que la création d’une taxe sur les ventes réalisées sur Internet, à laquelle il s’était vivement opposé en 2013. « A chaque fois que des bureaucrates non élus prennent en charge un marché, ils étouffent l’innovation et favorisent les intérêts particuliers », ajoute-t-il en comparant la poste américaine à Amazon et FedEx. 

 

 

Interrogé lors d’un récent débat républicainTed Cruz s’est déclaré en faveur du USA Freedom Act – adopté en 2015 en remplacement du Patriot Act en vigueur depuis 2001 -, car celui-ci permet d’après lui aux agences de renseignement d’accéder, non plus « seulement » à 30% des numéros de téléphone américains, mais à la totalité de ces derniers. Une façon d’afficher son soutient à la NSA qui est au cœur d’une controverse sans précédent depuis les révélations d’Edward Snowden.

 

Parti démocrate : réguler pour mieux innover

Talonnée par le sénateur du Vermont Bernie Sanders – il recueille à l’heure actuel 39,7% des intentions de vote contre près de 48,3% pour sa rivale -, Hillary Clinton devrait, sauf retournement de situation, être désignée comme la candidate du parti démocrate aux termes de la primaire.

 

Hillary Clinton : vers une Amérique pleinement numérique

L’ambition d’Hillary Clinton est affichée : poursuivre le travail engagé par Barack Obama en s’appuyant notamment sur l’outil numérique pour transformer la société américaine. Une ambition qui se traduit par plusieurs convictions.

Hillary Clinton s’affiche ainsi en fervente défenseur de la neutralité du net. Sur la surveillance de masse, sa position est en revanche plus nuancée. Elle a ainsi reconnu que, quand bien même elle ne cautionnait pas la fuite de documents de la NSA occasionnée par Edward Snowden, elle appelait la NSA à s’engager dans une démarche de transparence vis-à-vis des citoyens : « Je pense que beaucoup de réactions à cette affaire étaient motivées par un sentiment de trahison », a-t-elle expliqué en février 2015, tout en ajoutant plus tard que la surveillance était inévitable dans certains cas.

 

 

Dans le cas de la lutte anti-terroriste ? Pas si sûr. Si sa position sur le chiffrement des échanges et les backdoors n’est pas très affirmée, elle s’est tout de même exprimée fin 2015 contre le fait de forcer les entreprises technologiques à coopérer avec les autorités en mettant en place ces mêmes backdoors. En réaction aux attentats qui ont touché la France, Hillary Clinton en a également appelé aux innovateurs de la Silicon Valley et aux grandes entreprises américaines de technologie, afin qu’ils « disruptent l’Etat Islamique ».

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Mais Hillary Clinton se distingue surtout de ses adversaires politiques lorsqu’elle s’exprime à plusieurs reprises sur les enjeux sociaux-économiques liés au développement du numérique. Elle a ainsi défendu la création de plus de visas de travail permettant à toute personne qualifiée de rejoindre une entreprise américaine – notamment technologique -, tout en suggérant que la Silicon Valley soutienne financièrement les universités pour combler les emplois très qualifiés sur le long terme. Enfin, s’exprimant au sujet des inégalités, elle déclarait qu’il est « de notre devoir de trouver comment rendre la nouvelle économie profitable au plus grand nombre. Notre économie semble toujours fonctionner comme en 1995 ».

 

Bernie Sanders, pour un Internet libre et ouvert

Positionné à la gauche de l’échiquier politique, Bernie Sanders dénote généralement dans le paysage américain par ses prises de position. Fervent opposant à la surveillance de masse qui devrait selon lui être restreinte et encadrée par de nombreux garde-fous, il déclarait en mai 2015 dans un tweet :

« D’après moi, la NSA est incontrôlable et ses actions sont inconstitutionnelles. Je suis très inquiet pour les enfants qui grandissent actuellement dans une société où ils sont amenés à penser que : « Je ne vais pas parler de cette question, lire ce livre, ou explorer cette idée parce que quelqu’un pourrait penser que je suis un terroriste. » Ce n’est pas le type de société libre que je souhaite pour nos enfants. »

 

 

Autre sujet de choix : la neutralité du net. Bernie Sanders défend en la matière le rôle de régulateur de l’Etat et l’exigence de ce dernier à faire respecter ce principe qui seul peut garantir selon lui l’existence d’un Internet libre et ouvert propice à l’innovation. Il est ainsi à l’origine de plusieurs propositions législatives – Online Competition and Consumer Choice Act of 2015Internet Freedom Preservation Act, Net Neutrality Act of 2006 – visant à créer les conditions pour que prospère un Internet neutre.

Enfin, et contrairement à Ted Cruz, Bernie Sanders avait soutenu la loi qui visait à créer une taxe sur les ventes réalisées sur Internet en 2013.

 

Si le numérique constituera à coup sûr l’un des soubassements des programmes des candidats, l’ensemble de leurs propositions en la matière restent à affiner d’ici la fin des primaires. Les candidats désignés à l’issu du processus seront ainsi investis fin juillet par leurs partis respectifs – du 18 au 21 à Cleveland pour le parti républicain, puis entre le 25 et le 28 à Philadelphie pour le parti démocrate – et disposeront de trois mois pour faire leur preuve. Avant le grand rendez-vous du 8 novembre 2016.

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