Columbia et Wikileaks (David Carr, NYT)

13 décembre 2010

Wikileaks, suite : nous continuons à vous signaler quelques ressources qui se distinguent de la masse des commentaires, pour leur approche résolument numérique des enjeux soulevés.

 

Dans la dernière livraison de sa chronique au New York Times, David Carr, l’une des plumes du service culture du quotidien new-yorkais, détaille les emprunts (de forme) du Wikileaks au journalisme — pour mieux lister ensuite les différences quant aux buts recherchés.

 

Mais son article s’accompagne également de la confrontation des vues de plusieurs pundits de poids du débat autour des médias en ligne … et suggère que, du côté de la prestigieuse université de Columbia, tout le monde ne lit pas les évènements de la même manière.

 

Ainsi David Carr publie-t-il quelques lignes d’interview de Nicholas Lemann, le doyen de l’école de journalisme de Columbia, que nous avions interrogé dans le cadre de notre dossier sur la révolution de l’information. 

 

Aux yeux de Nicholas Lemann, la posture la plus traditionnelle du journaliste expert semblerait pouvoir trouver, dans l’affaire Wikileaks, un moyen de redorer son blason / de prouver sa valeur.

« Toutes les personnes du monde numérique racontent à longueur de temps que l’on n’a plus besoin de journalistes, car l’information est partout, et que les barrières à l’entrée sont tombées. [La publication de ces] documents est la meilleure réponse à cette affirmation. Même si ce ne sont pas des journalistes qui ont trouvé l’info, leur travail d’explication, et d’examen, est une valeur ajoutée forte. Qui aurait pu avoir la force et l’énergie de faire ce que ces organes de presse on fait ?  » 

 

Egalement pensionnaire de la fac de Columbia, où elle est directrice du Tow Center, spécialisé dans le journalisme en ligne, Emily Bell, défend une ligne assez opposée.

 

Wikilleaks a déjà changé les règles et les pratiques du journalisme en ligne, explique-t-elle à David Carr, soulignant notamment la capacité nouvelle acquise par tout un chacun de mettre les mains dans l’information :

« Wikileaks, c’est une nouvelle forme d’engagement / de cause, qui me fait penser à l’activisme version sixties, et qui permettrait à tout un chacun de mettre les mains dans l’info et de faire ses propres recherches, explique-t-elle notamment. Et ce que vous voyez n’est que le début d’un frémissement, d’une nouvelle tendance. Bien malin celui qui pourrait dire jusqu’où tout cela va aller … »

Cela promet des discussions animées, et un débat d’idées assez vif, du côté de Columbia et de son département médias – et on ne va pas s’en plaindre : les deux points de vue sont riches, contradictoires, mais sans doute terriblement complémentaires !

 

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email