Wikipedia, une encyclopédie sexiste ?

8 avril 2014

Sur Wikipédia, 91% des rédacteurs sont des hommes et on ne compte que 9% de femmes : c’est ce que révélait un sondage de la Fondation Wikipedia en 2011. Et la typologie des contributeurs est particulièrement uniforme : le wikipédien est un homme blanc érudit avec des connaissances en informatique et qui vient surtout des Etats-Unis ou d’Europe. Or, un tel manque de parité dans les rédacteurs conduirait à des biais dans les points de vue adoptés, selon certains chercheurs… ce qui peut s’avérer problématique, quand on sait qu’avec plus de 4 millions d’articles et un classement constant dans les premiers sites les plus visités au monde, Wikipedia fait partie de nos premières sources d’information. Petit point avec la BBC.

Adrianne Wadewitz du Centre de formation et de recherche sur le numérique d’Occidental College siège au conseil d’administration de la Fondation pour l’éducation Wiki. Elle s’est plongée dans les articles de Wikipedia et a vite découvert des aspérités. Par exemple, la liste des actrices de films pornographiques des années 50 à nos jours est trois fois plus conséquente que celle des amérindiennes célèbres et compile plus de noms que pour les femmes dans le sport et dans la littérature poétique.

Plusieurs facteurs contribueraient à ce déficit de contributrices : 

1. Le système de curation : la notoriété et la publicité sont deux critères essentiels pour faire un article sur Wikipedia et s’assurer de la véracité des propos. Cette norme exclut de nombreuses femmes qui alimentent pourtant notre patrimoine culturel : pour des raisons sociologiques et historiques, il est prouvé en effet qu’elles reçoivent généralement moins de publicité sur leur travaux. Conséquence ? L’accumulation des références autour d’elles est moindre que pour leurs homologues masculins.

2. Les règles qui se sont installées entre wikipédiens pour stabiliser une forme de gouvernance.

« C’est une communauté en ligne de la vieille école. Elle a une tradition de lutte verbale et aime le débat. Dans le meilleur des cas, cela conduit à des choses qui informent et inspirent. Dans le pire des cas, ils conduisent à évincer certaines personnes intimidées ou mal à l’aise », explique Andrew Lih, auteur de « The Wikipedia Revolution ».

C’est la politique du « revert » ou la pratique du « flame war« .

3. Le manque de femmes dans les secteurs de l’ingénierie, l’informatique, les sciences et les mathématiques.

Cependant, la BBC pointe un facteur clé pouvant contrebalancer prochainement ce déficit en femmes en se tournant vers les domaines qu’elles dominent : elles sont ainsi 67% dans le journalisme, 81% dans les métiers au sein des bibliothèques et dans les sciences de l’information – ou encore 86% dans le domaine de la culture et la muséographie. Autant de disciplines structurantes pour la plateforme Wikipedia.

Pour en savoir plus, c’est ici dans l’article de la BBC. Vous pouvez aussi aller jeter un oeil du côté des forums Teahouse et WikiWomenqui s’adressent aux nouvelles contributrices de l’encyclopédie. 

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