Des données pour décrypter nos rêves

21 octobre 2013

Depuis la découverte du sommeil paradoxal – cette phase du sommeil durant laquelle se produisent les rêves dont on se souvient – les chercheurs aussi bien que les rêveurs essayent de mieux comprendre pourquoi et comment nous rêvons. De nombreux appareils et applications sont apparus depuis la croissance du mouvement de « Quantified Self « , permettant de traquer son sommeil de façon plus où moins efficace (par exemple le Fitbit One ou Lark). Mais, les mesures actuellement possibles avec ces outils se résument au calcul du nombre d’heures et éventuellement à la qualité du sommeil (basé sur la fréquence de vos mouvements lorsque vous dormez). Mais alors, à quand le numérique pour aider à l’analyse du contenu de nos rêves ? Le rêve est un des éléments les plus mystérieux du sommeil. Nous passons en moyenne plus d’une heure et demie à rêver chaque nuit, pendant que notre corps est physiologiquement au repos.  Pour les neurobiologistes, le rêve est une sorte de troisième état du cerveau, les deux autres étant l’éveil et le sommeil.

Jusqu’à aujourd’hui les scientifiques manquaient cruellement de données suffisamment conséquentes pour pouvoir tirer des conclusions pertinentes sur le contenu de nos rêves, afin de dégager des corrélations entre les thèmes de nos rêves et des facteurs géographiques ou socio-culturels par exemple. Mais, le big data est sur le point de changer profondément l’étude de notre sommeil. Pour le moment, les données récoltées pour étudier nos rêves sont généralement recueillies à la main, individuellement. Elles sont ensuite classées selon un système taxinomique ce qui rend difficile l’identification de tendances de fond, qui nécessiterait des jeux de données bien plus grands. 

Shadow: Community of dreamers (communauté de rêveurs) est un projet (récemment fondé à hauteur de 60 k dollars par une campagne de crowdfunding sur Kickstarter), qui s’attaque à l’analyse de nos rêves. Il se présente comme une application mobile qui vous permet d’enregistrer et de vous souvenir des thématiques de vos rêves. Il est muni d’un réveil progressif qui améliore les chances de se souvenir de ses rêves en vous réveillant au bon moment de votre cycle de sommeil.  Toutes les données sur les rêves de ces utilisateurs seront ensuite enregistrées dans l’objectif de créer la plus grosse base de données sur les rêves au monde. 

Le fondateur de Shadow, Hunter Lee Soik explique au journal Fast Company que son projet vise à devenir une communauté, un réseau social et un base de données pour servir la recherche. « Je voudrais que Shadow devienne le wikipedia des rêves », il affirme. 

A terme, ces données pourront être utilisées pour analyser par exemple l’impact d’une catastrophe naturelle ou un évènement mondial sur l’inconscient d’une population, et aussi de mesurer la proportion de rêves sur divers sujets. Dans le monde, rêve t-on plus de voler ou de nager ? de chevaux ou chatons? 

La réalité est que l’on ignore beaucoup encore de la signification des rêves pour les hommes et de leur influence sur nos actes et notre humeur éveillée. L’opération Shadow, si elle s’avère être un succès avec le grand public, permettra pour la première fois au monde de rassembler autant de données sur les rêves pour leur étude scientifique. 

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