Des gestes de Vie et de Mort

28 octobre 2011

L’émergence d’une conscience "d’entre-deux", de l’ordre ni du jeu, ni de la réalité – mais un peu des deux, résulte de la fréquentation intensive de mondes virtuels où l’on est confronté à des expériences extrêmes, de mieux en mieux traduites à l’écran, sans jamais encourir quelque sorte de danger réel.

Peu de mots ont paru sur l’influence des jeux de guerre sur les militaires, pendant et/ou en dehors de leur service, ni sur le rapport entre la pratique des jeux de voitures et l’altération de la notion du risque sur la route.

Ces exemples renseignent pourtant sur le fossé sensoriel qui existe entre une expérience virtuelle, si remarquable soit-elle, et l’expérience du réel. Comme pour tout fossé, un risque réside, lorsqu’on veut opérer la transition entre les deux rives – opérer, c’est le moins que l’on puisse dire, dans le cas du médecin qui intègre les gestes de vie et de mort.

Que devient la tension du risque sublimée dans la performance lors d’une opération, lorsque celle-ci a lieu dans un milieu virtuel, où le risque est une notion au mieux édulcorée, au pire tournée en dérision ?

C’est d’une véritable substance éthique dont on prive le futur médecin qui apprend sur un support de réalité virtuelle. Celle qu’il aura dans la peau en prononçant le serment d’Hippocrate, cette éthique déjà si complexe, insaisissable.

La question est : une console est-elle propre à former des médecins, ou des ingénieurs du vivant ?

Le contact avec une réalité médicale virtuelle, au cours de l’apprentissage de la médecine, porte-t-elle atteinte au fondement de la profession, ancrée plus que tout autre au cœur concret de la vie ?

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