Des humains contre les trolls : l’arme ultime du Washington Post share
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Des humains contre les trolls : l'arme ultime du Washington Post

8 février 2012

En France, l’ouverture de Rue 89, en 2007, avait ouvert le débat entre journalisme de conversation et community management. Pour parer aux trolls, ces personnes qui pervertissent le débat par des interventions hors de propos, et enrichir les discussions, le Washington Post a chargé ses journalistes de répondre aux commentaires. Andrew Phelps, journaliste au Nieman Journalism Lab, nous raconte, dans un article publié le 1er février dernier, le fonctionnement et l’impact d’une telle pratique.

Faire face à 3 736 commentaires

En mars 2011, le Washington Post (WP) a migré sur une nouvelle plateforme éditoriale qui facilite la conversation, Echo, et depuis, les commentaires des lecteurs ont augmenté de 142%. Pour arriver à gérer l’explosion des conversations en ligne, la rédaction a décidé de mettre à contribution les journalistes. En plus des six personnes à temps plein dédiées à la réponse aux commentaires, les auteurs des articles prennent à présent le temps d’apporter des éléments aux commentateurs. Une pratique pas si courante dans les rédactions américaines :

« Il existe une école de pensée dans le monde du journalisme pour laquelle il faut laisser les lecteurs donner leur opinion. Et les journalistes ne doivent pas essayer d’avoir le dernier mot », explique Dan Kennedy, journaliste pour The Guardian et spécialiste des nouveaux médias.

Des commentaires estampillés WP, à forte valeur ajoutée

Les commentaires des journalistes sont étiquetés « WP Staff » (en français : équipe du Washington Post). Jon DeNunzio, responsable de l’interactivité au WP, souligne que les journalistes se sont rapidement impliqués, comprenant la valeur de leurs interventions.

De ce choix éditorial sont nées de nouvelles pratiques journalistiques au Washington Post. Les journalistes se sont pris au jeu et ont cherché la meilleure réponse possible. En répondant, ils ont continué leur enquête et ont tenu les internautes informés au fil de leurs avancées comme dans cet article du reporter Josh White. Ils ont aussi invité les interlocuteurs qu’ils citaient dans leurs articles à apporter parfois des réponses plus spécifiques. Cela a permis d’enrichir drastiquement le débat, comme l’explique ici Donna St George, journaliste au Washington Post. Une évolution vers le journalisme collaboratif, une extension possible du journalisme de conversation.

Bloquer les trolls pour bénéficier de véritables débats

Au Washington Post, on estime qu’il est encore difficile de mesurer les effets de cette pratique, parce qu’elle est trop récente. L’impact sur la qualité des dialogues semble tout de même tangible. Dans un premier temps, le dispositif permet de stopper net les attaques racistes et autres injures. Dès qu’une personne du Washington Post intervient dans le débat, le débat baisse d’un ton. Et en ce qui concerne les indicateurs qualitatifs, Jon DeNunzio est formel :

« Mon expérience personnelle me montre que lorsque je réponds aux commentaires de façon suivie, le ton change, tout simplement parce que les commentateurs se rendent compte qu’il y a quelqu’un du Washington Post qui les lit. »

En tout cas, chez RSLN, nous vous lisons toujours avec beaucoup d’attention, et nous prenons en compte les informations que vous nous communiquez pour améliorer nos articles. Au plaisir de vous lire…

 

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