Des « super-dialectes » à l’échelle mondiale : un phénomène signé Twitter? share
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Des "super-dialectes" à l'échelle mondiale : un phénomène signé Twitter?

14 août 2014

Parler niçard, provençal ou encore toscan, c’est user de dialectes, une forme particulière de la langue propre à un lieu ou à un groupe social. Si entre voisins, jaspiner dans ces galimatias régionaux peut s’avérer être casse tête, pour nos linguistes ils sont de véritables mines d’or à exploiter : ils permettent d’identifier des groupes sociaux, de tracer les schémas d’immigration ou encore de révéler les influences entre groupes. Travail minutieux, la dialectologie, qui a pour fonction de produire des atlas régionaux dénotant nos caractéristiques linguistiques, est souvent malheureusement cantonnée à des zones limitées. Et si Twitter pouvait permettre de voir plus grand et de tracer leurs évolutions à l’échelle mondiale ? C’est ce que proposent deux chercheurs qui ont réalisé un atlas international des dialectes espagnols à partir de nos gazouillis. Explications avec le MIT Tech Review

50 millions de tweets géolocalisés et passés à la moulinette…

Bruno Gonçalves, de l’université de Toulouse et David Sanchez de l’Institut pour les disciplines croisées de physique et des systèmes complexes (IFISC) en Espagne ont extrait tous les tweets écrits en espagnol et géolocalisés sur une période de deux ans. Leur base de données regroupait ainsi 50 million de tweets géolocalisés provenant d’Espagne, d’Amérique latine et des Etats-Unis. A partir de là, c’est un travail sémantique qu’ils ont initié : rechercher dans les tweets les variations de mots qui caractérisent un dialecte, comme la lexie « ordinateur » qui en espagnol peut se dire « computador », « computadora », « microcomputador », « microcomputadora », « ordenador », « PC », etc.

Enfin, ils ont tracé la provenance de chacun des mots pour générer une carte de leur distribution régionale, mais aussi relever leur environnement – autrement dit, s’ils sont employés en zone urbaine ou rurale.

… pour révéler la puissance de nos médias sociaux sur nos langues régionales

Résultat, il s’avère que les dialectes espagnols peuvent désormais être répertoriés en deux groupes majeurs – baptisés par les chercheurs de « super-dialectes ». Le premier est utilisé plus ou moins exclusivement en Espagne et dans les grandes villes américaines : il s’agit d’une variété internationale de l’espagnol qui est similaire à travers les continents, qui serait la résultante d’une homogénéisation croissante de la langue causée par la puissance des systèmes mondiaux de communication comme Twitter. 

Le deuxième dialecte est utilisé presque exclusivement dans les zones rurales. Il se divise en trois sous-groupes avec plusieurs variantes, utilisés en Espagne, dans les Caraïbes en Amérique du Sud.

Si le premier « super-dialecte » témoigne de l’universalisation de la langue dans les grands noeuds mondialisés, et notamment sous l’influence de dispositifs médiatiques tels que Twitter, les chercheurs affirment que les variations des dialectes ruraux reflètent encore les modèles d’établissement des immigrants espagnols depuis plusieurs siècles.

« Conquérants et colons ont d’abord occupé des territoires au Mexique, au Pérou et dans les Caraïbes, et c’est beaucoup plus tard qu’ils se sont installés [en Amérique du Sud], qui est resté loin des normes linguistiques prestigieuses », précisent-ils.

Peut être une étude à mettre en lien avec celle démontrant qu’Internet offrirait moins de diversité linguistique que la presse et la radio !

Pour en savoir plus, c’est ici.

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