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Digital detox : pourquoi et comment se déconnecter ?

Digital détox 30 mars 2016
Si se couper totalement d’Internet constitue aujourd’hui une utopie difficilement réalisable, les courtes périodes de Digital detox ont des bénéfices indéniables pour l’attention et la concentration. Quelques conseils pour un bon équilibre dans notre utilisation d’Internet.

Faisons un test… Quelle est votre réponse aux 12 assertions suivantes ?

  • Le premier objet que je cherche au réveil est mon smartphone
  •  Je pourrais rentrer chez moi alors que je suis en route pour mon travail afin de récupérer mon smartphone oublié
  • J’utilise souvent mon téléphone quand je m’ennuie
  • J’ai déjà fait semblant de répondre à des appels pour éviter des situations sociales gênantes
  • Je me rends compte que je passe de plus en plus de temps sur mon smartphone
  • Je passe plus de temps que je ne devrais sur mon téléphone
  • Je deviens irritable lorsque mon smartphone est hors de portée
  • J’ai déjà eu un moment de panique lorsque je pensais avoir perdu mon téléphone portable
  • Je me suis déjà disputé(e) avec mon/ma conjoint(e), mes amis au sujet de l’utilisation que je faisais de mon téléphone
  • J’utilise mon téléphone en conduisant ma voiture
  • J’ai déjà essayé de freiner mon utilisation mais l’effort n’a pas duré très longtemps
  • J’ai besoin de réduire mon utilisation mais j’ai peur de ne pas y arriver

Si vous répondez « oui » à 8 affirmations ou plus, cela révèle une véritable dépendance au smartphone. Ce petit questionnaire – mis au point par le Dr James Roberts, de la Baylor University – est utilisé par Magali Tocanne, ‎Senior Digital & Social Manager chez Microsoft, lors de son cours « Détox Digitale : Déconnecter pour mieux reconnecter» à la School of Life. Il lui sert à faire prendre conscience à ses élèves de leur dépendance aux outils numériques, et plus particulièrement au smartphone.

La « digital detox » est à la mode. La « loi Travail » prévoit d’introduire un « droit à la déconnexion » dans le code du travail (le rapport Mettling, rendu en septembre 2015 préconisait lui un « devoir » de déconnexion).

En France, on avait constaté un premier pic de recherche concernant la notion de « digital detox » en février 2015, rappelle Magali Tocanne. Pic qui coïncidait avec la diffusion sur Canal + d’un documentaire consacré à la « Digital detox », ou le fait de procéder à une réduction ou coupure progressive dans nos usages d’Internet. Le pitch : une déconnexion de 90 jours pour Pierre-Olivier Labbé. Si ce journaliste en est fort heureusement (et sans surprise) sorti vivant, de telles périodes de déconnexion sont difficiles à réaliser dans une société aussi dépendante du numérique que la nôtre. La diffusion de ce documentaire, en mettant en avant cette difficulté, aura permis une véritable prise de conscience des effets bénéfiques de la déconnexion.


Bande-annonce du documentaire « Digital Detox » par LePoint
Cet intérêt pour la déconnexion trouve néanmoins ses racines quelques années plus tôt, dans la Silicon Valley, royaume de l’hyperconnexion par excellence.

L’année 2011 marque un tournant dans la région en ce qui concerne l’attention portée à cette notion : les ventes de smartphones et de tablettes sont au plus haut, et Internet, complètement banalisé, est devenu une ressource quotidienne. D’où l’émergence d’un fort besoin de déconnexion de la part de l’ « Homo conexus », selon l’expression de Francis Jauréguiberry, chercheur au CNRS et spécialiste de l’individu hypermoderne. L’objectif premier ? Eviter de « se laisser aspirer par un tourbillon non maîtrisé d’informations et de communications ». Et, pour cela, quelques habitudes quotidiennes s’imposent.

Mesurer l’addiction… Et agir en conséquence

Qualifiée de cyberdépendance, de cyberaddiction ou encore de trouble de dépendance à Internet, la notion d’addiction à Internet est sujet à controverse, selon Francis Jauréguiberry.

« Il y a contresens en la matière, les conduites d’addiction renvoyant en psychiatrie à tout autre chose. Il s’agit bien plutôt de curiosité. Il y a comme une attente diffuse mais constante de se laisser surprendre par de l’inédit et de l’imprévu, par un appel ou un SMS qui va changer le cours de sa journée ou de sa soirée en la densifiant ou en la diversifiant, et en rendant, finalement, sa vie plus intéressante et plus intense. Ce n’est donc pas un phénomène d’addiction qui rend la déconnexion difficile, mais bien plutôt la peur de rater quelque chose. Les Américains ont créé un acronyme pour désigner cette crainte : FOMO. »

Dans un article du New Yorker intitulé « The Useless Agony of going offline », Matthew J. X. Malady illustre parfaitement cette crainte, surtout liée selon lui au fait de moins apprendre en période de déconnexion.

« Ce que j’apprends n’est peut-être pas toujours valorisable socialement, mais le fait est que j’acquiers au moins quelques connaissances supplémentaires en utilisant ces outils numériques qui, en effet, m’empêchent de me concentrer durablement sur un seul et même sujet. Cela ne m’empêche pas de parvenir encore à lire avec attention, à étudier dans le détail et à me perdre pendant des heures dans des œuvres littéraires complexes. »

Reste que cette volonté de ne pas passer à côté d’une information peut prendre la forme d’une simple dépendance aux outils numériques. Comment s’en défaire et, plus généralement, apprendre à se déconnecter ?

« Ne pas dramatiser l’usage des nouvelles technologies »

Selon Magali Tocanne, les outils numériques doivent rester des moyens de nous rendre plus « efficaces », sans pour autant devenir trop chronophages. Il s’agit donc de ne pas dramatiser l’usage des nouvelles technologies mais plutôt de cerner la place qui leur convient. Une Digital detox est à ce titre davantage pertinente au quotidien que sur une période trop longue.

«La Digital detox n’est pas pour moi une cure que l’on suit sur 90 jours », explique-t-elle. « Je crois davantage à une Digital detox au quotidien. Il s’agit de faire attention à sa consommation numérique, ce qui permet de retrouver une bonne concentration et de stimuler la créativité. Les expériences sur un mois, six mois, un an… sont intéressantes, mais ne sont pas réalistes. »

Au quotidien, Magali Tocanne distingue deux catégories de méthodes : les « quick wins », faciles à mettre en place et rapidement gratifiantes, et celles qui impliquent un engagement sur le long terme.

« Parmi les quick wins, le fait d’utiliser un vrai réveil nous évite de nous ruer sur notre smartphone. Vient ensuite le fait de supprimer ses alertes sonores pour les mails, messages Whatsapp ou notifications Facebook… Elles perturbent en effet la concentration et l’efficacité et nous forcent à être à l’affût. Le mode « Ne pas déranger » de Cortana sur Lumia est d’ailleurs très pratique quand on veut se concentrer. Il est également bénéfique de désinstaller certaines applications chronophages qui ne nous apportent rien de très consistent comme certains jeux addictifs. »

Pour ce qui est des comportements à adopter sur le long terme, plusieurs lui viennent à l’esprit : désigner des zones sans tablette ni téléphone chez soi et réduire sa fréquence de consultation du smartphone.

« Il faut savoir s’accorder des parenthèses déconnectées : à table bien sûr ou dans les transports en commun par exemple.  A chaque fois que je saisis mon téléphone, j’essaie de me dire qu’il y a un vrai objectif et que ce n’est pas simplement pour tuer le temps. L’ennui est en effet particulièrement propice pour développer notre créativité, et constitue d’ailleurs l’un des piliers du processus de création.  »

Et pendant les vacances ? « L’idée est de se donner des jours off et de faire le vide dans un monde de plein, d’arrêter de courir après l’info et après ses mails. »

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