Emploi : les perspectives à l’heure de l’automatisation share
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Emploi : les perspectives à l'heure de l'automatisation

10 juillet 2014

Le numérique infuse tous les secteurs professionnels, générant un fort besoin en compétences nouvelles : 65% des étudiants d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés, selon le Département d’Etat américain du travail. Et dans le même temps (un horizon de 20 ans), 47% de nos emplois pourront être confiés à des machines, « obligeant » à repenser le travail humain vers plus de créativité. Entre chômage d’un côté et pénurie de talents de l’autre, quelles recompositions du monde professionnel et du marché du travail ? Quelles politiques publiques pour accompagner ces mutations ? Quelles opportunités nouvelles pour quels métiers demain ?

Si les estimations de ce phénomène varient, il y a peu de doute qu’une grande partie des emplois actuels, à l’avenir, sera confiée à des machines, robots et autres algorithmes.

Deux visions du travail en découlent, l’une pessimiste, l’autre plus équilibrée.

La première voit le triomphe d’une petite élite, au profil plutôt technique, à l’aise avec les données et l’informatique, soit qu’elle conçoive les programmes et autres algorithmes, soit qu’elle sache faire le lien entre la technique et les affaires. Elle monopolise les emplois les plus qualifiés et rémunérateurs, ceux qui font appel à la créativité et à la capacité d’adaptation. (Le renversement est d’ailleurs intéressant, car si l’une des caractéristiques actuelles de l’élite est son intense activité, cela n’a pas toujours été le cas, l’aristocratie se distinguant au contraire, par le passé, par sa pratique de l’oisiveté, l’otium.)

La crainte, immédiate et fondée, est de voir disparaître rapidement les emplois pouvant être effectués aussi bien par des robots que des êtres humains, emplois peu qualifiés pour commencer, mais aussi moyennement qualifiés – transport et logistique, postes administratifs. Même des emplois considérés comme créatifs pourraient être rendus obsolètes, comme les métiers de plume.

Conséquence inévitable de ces bouleversements, une stagnation des revenus médians réels, des inégalités croissantes dans le revenu du travail et la distribution du revenu entre capital et travail.

En bref, les gagnants seraient ceux qui sauraient faire la course avec les machines, les perdants étant ceux qui feraient la course contre les machines, pour reprendre le titre d’un ouvrage devenu célèbre de Brynjolfsson et McAfee.

Pourtant cette crainte n’est pas nouvelle, et l’histoire nous montre que si le progrès technique a pu détruire des emplois par le passé, d’autres emplois étaient créés dans le même temps, emplois dont on n’aurait parfois jamais prévu l’existence. Ainsi, on peut imaginer que l’automatisation croissante des chaînes de production fera disparaître des emplois d’ouvriers, mais apparaître des emplois de maintenance des robots. Ces nouveaux emplois seront qualifiés, moyennement qualifiés, mais aussi peu qualifiés, et leur proportion, dans chaque secteur, sera reconsidérée.

Il faut également s’attendre à ce que des emplois anciens ou nouveaux se développent dans les services, indirectement causés par les nouvelles technologies. Du serveur à l’avocat, ces métiers accompagneront l’augmentation du niveau de vie des « classes créatives » et apparaîtront dans les lieux où ces dernières se concentrent, comme l’explique notamment l’économiste Enrico Moretti.

Dans ce contexte, le rôle de la puissance publique sera prépondérant, bien que différent selon les problématiques de chaque pays. Si l’on peut attendre de la puissance publique, aux Etats-Unis, qu’elle redistribue davantage la richesse créée par le progrès technique, les enjeux européens et notamment français sont quasiment opposés : il s’agira, pour s’adapter à la diversité croissante des métiers, de favoriser encore davantage la flexibilité des emplois. La puissance publique doit oser penser la fin du salariat, non comme régression, comme on l’entend souvent, mais comme structure s’adaptant au mieux aux nouvelles formes d’emplois, tout en assurant la protection des personnes.

En définitive, il importe aujourd’hui d’adopter une attitude équilibrée – ne pas se montrer béat devant la technologie en pleine expansion, car elle comporte sa part d’ombre, ne pas non plus céder à un catastrophisme de courte vue. 

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