Entretiens CityNext : Strasbourg, ville sans contact aux attaches numériques share
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Entretiens CityNext : Strasbourg, ville sans contact aux attaches numériques

28 novembre 2013

A l’occasion du 96e congrès des maires et des présidents de communautés de France qui se tenait la semaine dernière, mais aussi du lancement du projet Citynext pour accompagner les villes dans la mise en oeuvre de solutions technologiques au service des citoyens, nous sommes allés à la rencontre des élus français afin de mettre en lumière la manière dont ils lient le numérique et leur territoire, ainsi que l’impact des nouvelles technologies dans l’action publique locale. 

Notre premier entretien nous a mené à interroger Daniel Sperling, adjoint au Maire de Marseille. 

Nous accueillons aujourd’hui Roland Ries, le sénateur-maire de Strasbourg, qui nous explique les rapports de sa ville avec le numérique et comment il est employé pour créer du sens à l’échelle locale.
 


RSLN : Comment le numérique vous sert-il dans la vie politique locale ?

Roland Ries : Si le numérique apporte de nouveaux services aux habitants, il leur permet également d’interpeller leurs élus plus rapidement et plus directement, notamment via les réseaux sociaux. C’est également un outil qui permet de renforcer la démocratie locale et les initiatives citoyennes. A Strasbourg, des développeurs ont lancé une initiative en ligne intitulée « Strasbourg 2028 Carticipe ». Il s’agit d’un site participatif qui propose d’imaginer le Strasbourg de 2028, tout le monde peut y contribuer et imaginer la ville de demain.
 

 

Un exemple de politique ou d’initiative numérique qui vous inspire ?

R.R. : Incontestablement, le nouveau plan lancé dans la région Nord-pas-de-Calais avec l’aide de Jérémy Rifkin, chantre de la Troisième révolution industrielle. Ce plan doit permettre d’en faire un territoire pilote de la transition énergétique, permettant de produire et de stocker sa propre énergie, mais aussi de réinventer la mobilité des personnes et des biens. C’est une ambition révolutionnaire, qui peut devenir réalité à moyen terme. Le développement du numérique est une condition sine qua non de la réussite de ce plan. Sans les nouvelles technologies, rien de cela ne serait possible.

Je retiens aussi les initiatives que nous avons menées ici, à Strasbourg. La Ville est labellisée « territoire leader du mobile sans contact » depuis 2011 grâce à notre politique en matière de déploiement des services NFC. Dès 2011, il était possible de payer ainsi sa place de parking sur tous les horodateurs de la Communauté urbaine, une première mondiale. Le déploiement de cette technologie s’est ensuite poursuivie en direction des commerces et aujourd’hui sur l’achat des titres de transports. Nous avons également lancé deux applications StrasPlus, un service d’information contextualisé accessible grâce aux tags NFC et aux QR code, et StrasMap, l’application qui permet de gérer ses déplacements dans le territoire de la CUS [la Communauté Urbaine de Strasbourg, ndlr]. Ces initiatives ont permis d’apporter de nouveaux services à la population. 
 

 


La ville du futur : à quoi ressemble-t-elle, quelles sont ses caractéristiques, comment y vit-on ?

La ville du futur, c’est la ville qui parviendra à optimiser de manière économe ses flux et ses ressources. C’est celle qui, s’appuyant sur des services publics performants et des infrastructures de qualité, offrira à ses habitants une meilleure qualité de vie et une production de richesses sobre en ressources.

A Strasbourg, nous avançons pas à pas vers ces objectifs. 
 

Quels sont les besoins spécifiques du grand Strasbourg en matière de numérique ?

Le pré-requis d’une politique numérique ambitieuse, c’est la qualité des infrastructures. C’est le support au développement des usages. A ce titre, l’une des spécificités de Strasbourg est son positionnement géographique frontalier. Située sur le 3ème axe internet mondial (Paris-Francfort), Strasbourg est extrêmement attractive pour l’implantation de datacenters. En matière de déploiement du Très Haut Débit, la Communauté urbaine de Strasbourg a engagé une démarche de labellisation des zones d’activité, permettant de garantir l’accès à la fibre dans des conditions concurrentielles. Douze zones d’activités de l’agglomération sont aujourd’hui labellisées. Nous restons également particulièrement attentifs au déploiement de la fibre dans les quartiers et dans les communes autour de la ville centre.
 


Quels sont les axes structurants de cette stratégie ?

La Ville et la Communauté urbaine de Strasbourg ont mis en place une stratégie dédiée au développement de l’économie numérique autour de 5 axes : aménagement numérique du territoire, rayonnement international, innovation et développement durable, entrepreneuriat et ville intelligente. Elles ont ainsi affirmé leur volonté de lier le déploiement des infrastructures, l’évolution des usages et le développement économique du territoire. Les actions mises en œuvre s’appuient sur un ou plusieurs leviers. Ainsi, la démarche open data vise à la fois à stimuler l’innovation, à soutenir la croissance de la filière numérique et accroître la transparence de l’action publique. Strasbourg soutient également l’émergence de ce que l’on appelle les tiers lieux, c’est-à-dire des espaces adaptés à l’évolution de l’organisation du travail : télétravail, coworking… 
 

Quelles sont les difficultés rencontrées, les défis à surmonter ?

Les villes sont aujourd’hui au cœur d’un défi formidable : alors qu’elles représentent 50 % de la population mondiale, elles génèrent 75 % des consommations d’énergie et 80 % des émissions de gaz à effet de serre. Mais, elles sont également des centres d’innovation, de développement économique et de transformation sociale, à même de proposer des solutions pour faire face à ces enjeux.

Grâce aux nouvelles technologies, les villes se doivent dorénavant d’être « intelligentes » ou « smart ». Le terme « ville intelligente » est un concept émergent, souvent mal connu du grand public. C’est pourquoi le rôle des collectivités est particulièrement important pour rendre intelligible la « ville intelligente » et favoriser l’adhésion des citoyens aux nouveaux services et usages qui s’y développent. Dans une ville où la grande majorité des usagers des transports en commun utilisent les cartes d’abonnements et les tickets, il n’est pas simple de faire passer le message qu’aujourd’hui tout peut être dématérialisé sur un téléphone portable.
 


 

On cite souvent Strasbourg comme une ville en pointe dans les domaines des technologies de la santé et du « bien vieillir ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Quels sont les atouts et les priorités pour la ville dans ce domaine ? 

Les technologies de la santé occupent une importance particulière depuis une vingtaine d’année avec la création de la BioValley tri-nationale et son représentant local Alsace BioValley, pôle de compétitivité mondial pour les innovations thérapeutiques, dont le siège est situé dans l’agglomération. Ces dernières années, Strasbourg a obtenu quelques succès. Le programme des Investissements d’avenir est venu couronner les acteurs locaux, comme l’IHU de Jacques Marescaux, l’Initiative d’Excellence pour l’Université de Strasbourg, ou la SATT Conectus Alsace, et l’Université de Strasbourg a vu deux de ses professeurs obtenir le prix Nobel : Jules Hoffmann en 2011 en médecine et Martin Karplus en 2013 en chimie.

Aujourd’hui, nous souhaitons passer à la vitesse supérieure pour faire de Strasbourg une référence dans les technologies de la santé, en particulier au travers de l’innovation et de la formation. Un programme ambitieux est en cours d’élaboration : le campus des technologies médicales, un des projets phares de la stratégie de développement économique que nous mettons en œuvre. C’est un projet partenarial qui associe le pôle de compétitivité, les Hôpitaux universitaires, l’Université, et les acteurs locaux de l’innovation thérapeutique. Par ce projet, nous souhaitons également créer au centre de la métropole un environnement optimal, favorable à l’innovation, à l’évaluation et la mise sur le marché des technologies médicales et chirurgicales de demain en regroupant des acteurs reconnus en matière de soins, de recherche et de formation, et en renforçant ces activités en partenariat étroit avec l’industrie. 

C’est un projet qui recouvre également des enjeux importants d’un point de vue architecture et urbanisme puisque ce projet se situe sur un site historique remarquable, au centre de la ville. A un horizon de 10 ans, ce projet devra permettre, la création de 2000 emplois directs et indirects, la création/implantation d’une cinquantaine d’entreprises et la formation de plus de 6000 chirurgiens par an. 

En collaboration directe avec le Pôle de compétitivité Alsace BioValley, le projet permettra d’accélérer la croissance industrielle des entreprises dans ce domaine et de développer ainsi de nouveaux investissements industriels en Alsace et le développement de filières comme la robotique médicale. 
 


 

Votre ville a hébergé le 26 juin l’Université NFC des Territoires. Strasbourg est-elle une ville sans contact ? Quels services s’y développent autour de cette technologie ? 

Strasbourg s’est engagée très tôt dans la dynamique NFC. Elle a d’ailleurs obtenu le label « territoire leader du mobile sans contact » en 2011, puis été sélectionnée au Programme Investissements d’Avenir en 2012 avec un cofinancement de 1,9 millions d’euros.

Concrètement, la Ville de Strasbourg a déployé dès 2011 la fonctionnalité de paiement sans contact à l’occasion du renouvellement des horodateurs : il s’agissait d’une première mondiale ! D’autres applications ont ensuite été mises en œuvre comme le service d’information StrasPlus, et plus récemment, l’application billettique U’GO de la Compagnie des Transports Strasbourgeois. Cette solution innovante « made in Strasbourg » permet aux usagers des transports en commun d’acheter leurs titres en mobilité, de voyager à plusieurs, de gérer leurs titres… Le système de validation basé sur l’utilisation de tags (étiquettes NFC) n’a pas nécessité de mise à jour des infrastructures de terrain, mise à jour qui peut s’avérer extrêmement coûteuse.

Je tiens à souligner que le succès de ce projet tient en grande partie à l’aspect partenarial de la démarche qui regroupe autour d’objectifs communs, la collectivité, les opérateurs de téléphonie et les banques. Au moment où le NFC est retenu parmi les 34 priorités industrielles stratégiques par l’Etat, l’accueil de l’Université NFC des territoires est une reconnaissance du rôle moteur de Strasbourg dans le déploiement du NFC en France.

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