Everyword : ce « robot tweeteur » est un vrai poète ! share
back to to

Everyword : ce "robot tweeteur" est un vrai poète !

25 juin 2014

En 2007, le poète Adam Parrish créait le compte Twitter @everyword où un robot a depuis tweeté l’intégralité des mots de la langue anglaise -ou presque. Une étonnante démarche que l’artiste expliquait au Guardian le 4 juin dernier. Riche en enseignements sur la société et Internet, son retour d’expérience pose aussi la question de la place qu’a pris la langue au sein de l’espace numérique.

Plus de 110 000 tweets, 95 000 followers et des RT à gogo pour « vagina », « sex » et « weed »… On pourrait s’interroger sur les raisons de l’émerveillement d’un poète face à des résultats… un peu triviaux. Mais loin de tomber dans une condescendance pourtant répandue à l’égard d’Internet et de ses usages (voir, entre autre, les débats sur les net-artistes), Adam Parrish explique au contraire que ce genre de faits de gloire n’est pas incompatible avec son ambition initiale : interroger la place des mots, de leur contexte et de leur(s) sens dans nos vies.    

« Les mots ne sont pas seulement des choses que nous écrivons et utilisons dans nos discours, ils sont aussi des objets auxquels nous pouvons songer, indépendamment [de toute phrase] (…) Everyword propose de penser aux mots selon cette perspective, en tant qu’objets sociaux ».

Car effectivement, @everyword a acquis le statut de phénomène social : rameutant fans comme détracteurs, le compte Twitter a créé des débats linguistiques autour de nouveaux mots comme « sexto », parfois trouvé le moyen d’entrer en résonnance avec l’actualité de façon improbable… Le résultat ? Une forme d’heureuse « sérendipité » selon l’artiste, ravi de voir le sens se créer, par pur hasard, autour d’un robot-tweeteur.

Et puis : « c’est plus le fait que nous ayons des mots comme “désolé”, “beurk”, “quoi” et surtout “pourquoi” qui me fait me sentir bien à propos d’everyword » confie l’artiste, car le projet « montre qu’il fait songer au langage, à la façon dont il fonctionne ». D’abord sceptique quant à l’utilité d’un Twitter, Parrish voit aujourd’hui le média comme « une sorte d’expérience d’écriture collective magique » où les utilisateurs relèvent chaque jour des défis linguistiques.

Enfin, le projet, même achevé, symbolise pour le poète l’éternelle plasticité et vivacité de la langue :

 « Une des ambitions d’everyword était de soulever la question de pouvoir établir une liste canonique des mots de la langue anglaise. Pour moi, la réponse est évidemment : non. »

Et pour lire l’interview du guardian, c’est ici, pour suivre everyword, par … et demain, en français ?

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email