Faut-il fact-checker les journalistes ?

2 décembre 2013

L’ascension des services dits de fact-checking est-elle un symptôme de l’incapacité des médias à faire leur travail correctement ? C’est ce que se demandait Bronwen Clune dans un article publié sur le Guardian l’été dernier. Ces services de « vérification par les faits » qui cherchent à valider la véracité des données et plus largement des informations, pointent aujourd’hui le bout de leur nez en France et interrogent la capacité des médias français à transmettre des informations fiables.

L’apparition de différents sites de fact-checking en Australie l’été dernier questionnait la qualité des médias de l’île-continent à transmettre des informations crédibles. Pourquoi en effet développer des services dédiés à passer au crible les informations reçues et transmises ? Selon Tim Dunlop, éditorialiste du Guardian, leur multiplication s’impose comme un symptôme du déclin des médias traditionnels et une inaptitude à remplir leur rôle de décrypteurs de l’actualité.

De la vérification des discours politiques à la vérification des propos des journalistes

En France, différentes initiatives ont imposé le fact-checking comme un champ journalistique à part entière : le « Véritomètre » lancé par le pure-player OWNI.fr lors des dernières élections présidentielles a fait mouche. L’objectif : permettre aux journalistes et aux internautes « d’évaluer la crédibilité des six principaux candidats à la présidentielle en confrontant leurs déclarations chiffrées aux statistiques officielles ». Une équipe était donc dédiée à la vérification de chacun des propos et de chacune des données partagées par les candidats.

Les décodeurs du journal Le Monde ou encore Désintox de Libération assurent également cette analyse des discours politiques. En Australie, la chaîne d’information ABC news a par ailleurs récemment lancé un service dédié à cette même vérification, Fact Check. Mais pourquoi implanter ce type d’équipe au sein des rédactions ? Outre l’opportunité de s’imposer comme experts et proposer de nouveaux contenus, l’introduction de tels départements permet de faire de la vérification par les faits une sorte de doctrine.

Mais en Australie ou encore aux Etats-Unis, certains des services récemment lancés ne se contentent pas de vérifier les informations des discours politiques, des syndicats ou autres organisations qui se font entendre dans la sphère publique. Ce sont plus largement les propos transmis dans les médias et notamment la parole des « experts » interviewés qui est vérifiée. C’est ce à quoi se dédie aujourd’hui PunditFact, associé au site PolitiFact du Tampa Bay Times – récompensé entre autres par un prix Pultizer.

Des alternatives aux journalistes ? 

Le phénomène semble prendre racine en France également. Dans son numéro du 28 novembre 2013, Stratégies évoquait à ce titre la start-up Trooclick qui développe une application afin de fiabiliser l’ensemble des informations sur le web : la presse en ligne d’abord, puis à terme les réseaux sociaux, la radio en ligne et même les programmes des chaines de télévision.

L’éclosion de tels services en France semble mettre en évidence une crise de confiance à l’égard des médias. Mais ces informations « fact-checkées » ne sauraient remplacer des productions journalistiques fouillées. Bronwen Clune rappelle ainsi que si les informations sourcées et vérifiées sont au fondement des articles et des reportages, et en constituent la matière première, il n’en demeure pas moins qu’une mise en contexte est nécessaire. Un fait ou une donnée, aussi fiable soient-ils, ont peu de valeur considérés seuls et hors contexte. L’expertise du journaliste à cet égard est essentielle pour faire circuler l’information et les recadrer.

La multiplication des services de fact-checking est donc révélatrice d’un climat de défiance vis-à-vis des médias, mais leur intégration au sein des rédactions témoigne d’une volonté de rigueur de ces dernières, confrontées aux rythmes de publications effrénés imposés par Internet.

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