François Bayrou dialogue autour du numérique share
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François Bayrou dialogue autour du numérique

17 février 2012

Le numérique et 2012, c’est maintenant. A quelques semaines seulement du premier tour, les candidats prennent peu à peu position sur les questions centrales du secteur. Nous vous rendrons compte de manière aussi détaillée que possible sur RSLN de ces temps d’échanges, qui s’annoncent nombreux, riches, autour de la construction des programmes numériques des candidats à l’élection présidentielle.

Le mardi 14 février, François Bayrou a réuni au siège de campagne du Modem plusieurs experts du numérique pour dialoguer et saisir les enjeux du secteur. Autour de la table : Gilles Babinet, président du Conseil national du numérique, Marc Simoncini, président fondateur de Meetic, Fabrice Epelboin, co-fondateur d’Owni et Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi. L’occasion pour le candidat du Modem de s’exprimer pendant plus de deux heures sur l’éducation, l’innovation, l’emploi et la régulation à l’heure du numérique.

> Dialoguer pour mieux comprendre les enjeux du secteur

Le format choisi par François Bayrou n’est pas anodin :

« Au lien de faire une déclaration publique, un communiqué de presse ou de lire des fiches, j’ai choisi de venir ce soir dialoguer avec des spécialistes des questions numériques. Je suis là pour échanger, débattre et mieux comprendre les enjeux du secteur. Je veux profiter de la campagne pour remettre les questions du numérique sur le devant de la scène ».

L’idée est donc de faire de ce dialogue autour du numérique, un échange vif et spontané. Un format particulier, proche de celui choisi par le Laboratoire des Idées du Parti Socialiste.

> Des dispositifs fiscaux plus flexibles à imaginer

Le débat a commencé autour de la question centrale des charges fiscales qui pèsent sur les entreprises du numérique. Et Marc Simoncini de souligner que le travail dans les entreprises numériques est soumis au droit commun alors que le secteur a ses spécificités : le carcan des règles communes n’a pas de sens sur internet. Par exemple l’interdiction de travailler le dimanche n’est pas cohérente avec le flux continu du web. A ce point le président du Modem répond qu’il faut effectivement alléger le système de contrôle des PME et TPE. Pour lui, « les contraintes lourdes et innombrables que subissent les entreprises du web ne sont pas compatibles avec l’esprit du secteur ».

Autre point soulevé par Céline Lazorthes, que nous avions d’ailleurs suivie dans la création de son entreprise, la complexité du financement. La création d’une entreprise est extrêmement complexe en France, alors que le secteur est en plein développement. Céline regrette « le labyrinthe des dispositifs existants ». François Bayrou a pris note de la nécessité d’accompagner les Français dans la création d’entreprises. Il s’est engagé à centraliser, harmoniser et simplifier les avantages fiscaux.

> Un vivier d’innovation, une éducation à repenser

La nécessité de repenser la formation est apparue naturellement, dans la continuité de cette première question de fiscalité. En 2011, le secteur du numérique représentait 3% du PIB. En moins de quinze ans, ce sont plus de 700 000 emplois qui ont été créés, comme le rappelle Gilles Babinet.

« Le numérique est l’un des rares secteurs où l’on offre des emplois aux jeunes. Ce secteur en plein boom apporte une réelle voix à la lutte contre le chômage et il faut absolument le soutenir » souligne Gilles Babinet.

Il est au centre d’innovations et de nombreuses entreprises se créent. En parallèle, il est difficile pour les entrepreneurs de trouver des personnes ayant la formation adaptée :

« Il existe très peu de formations qui préparent aux métiers du web. Alors, en tant qu’entrepreneur, nous sommes face à un véritable casse-tête. Il est quasiment impossible de trouver des développeurs et des ingénieurs en informatique lorsque l’on est pas une grande entité », témoigne Céline Lazorthes.

Face à ces interpellations, François Bayrou a expliqué son point de vue :

« La première chose à dire, c’est que les jeunes doivent avoir les éléments d’une culture générale élémentaire. Ensuite la façon dont l’enseignement est mené doit être repensée. Prenez la lecture par exemple, à l’heure du numérique il faut prendre en compte l’influence du clavier, le lettre à lettre. Enfin, le e-learning est une nouvelle opportunité qu’il faut savoir saisir, à condition que les jeunes soient accompagnés ».

Sur les questions de formations propres au web, le candidat à l’élection présidentielle est revenu sur la nécessité de créer des enseignements adaptés. Pour lui, tout est disponible pour y parvenir. D’autres pays à travers le monde sont capables de dispenser ces enseignements. Alors pourquoi pas la France ? Pour François Bayrou, le problème vient du manque de stratégie nationale sur les sujets de l’éducation. Pour développer les talents de demain, il faut installer plus tôt le terreau nécessaire aux vocations par exemple en mathématiques…

> Une régulation à inventer

Le candidat du Modem a également appelé à un échange autour de la régulation d’internet. En ligne de mire : Hadopi.

Pour Marc Simoncini, la question est extrêmement complexe et pour le président de Meetic il n’est pas simple d’avoir une opinion claire sur la façon de réguler. La régulation est une question pour le moins européenne et au mieux mondiale. Pour le président du Modem la régulation est encore à inventer :

« Je me suis pas battu pour Hadopi 1 avec l’idée qu’il faut un juge. J’étais alors favorable à la licence globale. Mais mon jugement a été troublé par la lecture d’un document du parti pirate qui mettait en exergue les limites de la régulation sur Internet. A présent, je ne sais pas ce que nous devons faire : pour moi c’est une perplexité. Je ne crois pas au gendarme absolu qui arrivera à prendre le contrôle du web dans son intégralité ».

Pour François Bayrou, il est évident que quelqu’un doit réguler le web mais sous quelle forme et à quelles conditions ? Trouver une réponse en seulement quinze minutes est trop complexe, mais que le candidat a bien pris note de l’importance de cette problématique.

> Bilan de la soirée ?

Ce qu’il faut retenir du dialogue sur le numérique :

1- Le numérique est au cœur d’un univers le plus apte à développer la création. Il faut le soutenir en autorisant des règles autonomes pour le secteur du numérique. Les acteurs d’internet seront mobilisés pour la création de ces règles par le candidat du Modem.

2- Simplifier et organiser, renforcer les types de soutien financiers pour le numérique. Il faut pouvoir accéder aux aides en toute simplicité. Les institutions en place auront un rôle important à jouer dans cette amélioration.

3- Les règles, la régulation du secteur numérique restent à inventer. Il faut trouver un moyen de trouver une régulation qui soit à la fois efficace et sûre.

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