E-santé : le numérique peut-il aider à reboucher le « trou de la sécu » ? share
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E-santé : le numérique peut-il aider à reboucher le "trou de la sécu" ?

14 octobre 2014

Alors que les dépenses de santé atteignent 12% du PIB, dans un contexte de vieillissement de la population accompagné d’une hausse des maladies chroniques type diabète, maladies cardio-vasculaires ou insuffisance rénale, l’e-santé peut-elle réduire les coûts tout en garantissant un meilleur suivi des patients et l’égalité face aux soins ? Pour répondre à ces questions, Renaissance Numérique publie D’un système curatif à un modèle préventif grâce aux outils numériques. A la clé, 16 recommandations pour un effectuer ce changement de paradigme. 

L’e-santé : bien-être, big data et réinvention du rôle de chacun pour un modèle prédictif

L’ « e-santé » associe les technologies de l’information et de la communication à la santé au sens large, incluant le bien-être. Dans ce domaine, la vision des prospectivistes pourrait se résumer ainsi. Avec la e-santé, aux logiques verticales et collectives du système de santé actuel se substituent celles, horizontales et collaboratives, du modèle prédictif – où le patient, devenu « actient »  et consommateur, co-construit l’information avec un médecin, devenu coach et référent, dans une relation face-à-face et virtuelle. La diffusion de la connaissance sort ainsi du cadre de l’hôpital et du cabinet pour se trouver distribuée dans des réseaux et des communautés, en armant au passage les professionnels et les patients de modèles pour prévoir et prévenir certains risques ou maladies.

Avec le big data, tout deviendrait santé. Le but du tournant prédictif : tracer et cibler les données pour une médecine de précision et personnalisée. L’objectif : faire un saut à la fois qualitatif et quantitatif grâce au big data dont la promesse se résume en 4V (volume, vélocité, variété, véracité). Pour avancer en ce sens, le rapport recommande de penser à l’interopérabilité des données afin de permettre le dialogue entre les différents systèmes d’information, une analyse croisée et même poursuivre l’harmonisation européenne lancée en 2009.

Les promesses du modèle prédictif reposent sur une connaissance accrue et inédite du « consommateur-actient ». Le but : l’accompagner et lui proposer une personnalisation de l’offre, sans limite de temps et libérée des contraintes géographiques. Ce modèle, basé sur une responsabilisation des patients sans pour autant déresponsabiliser l’Etat, permettrait aussi de réinventer le rôle de l’assurance et de la médecine du travail comme piliers de la prévention.

Des français, friands des plateformes web, prêts à embrasser le modèle prédictif

Une partie des nouveaux usages sont déjà là : échanges entre les communautés en ligne, nouvelles pratiques médicales basées sur la télémédecine, quantified self, exploitation des données santé du patient… des usages qui se traduisent par l’apparition de nouveaux acteurs, tels que les opérateurs télécom, éditeurs de logiciels et de jeux ou hébergeurs de sites web.

Un exemple ? 8,2 millions de français échangent des informations sur le site Doctissimo. Ce chiffre révèle que les patients sont de plus en plus informés et que la communauté issue des plateformes web est un pilier pour l’échange d’informations et le suivi à distance. Ce succès est basé sur l’anonymat, la facilité d’utilisation et l’accès à un complément d’infos issue de la vie de « vrais » patients qu’offrent ces plateformes. Mais les Français sont aussi convaincus par les dispositifs de suivi et de mesure : 62% se disent prêts à utiliser des capteurs et des objets connectés pour prévenir les risques de santé. Pour 77% d’entre eux, les outils numériques facilitent le maintien à domicile et évitent l’hospitalisation.

Une logique comptable pour un marché de l’e-santé juteux

Le livre blanc multiplie les exemples d’économies possibles grâce à l’ « e-santé » : aux Etats-Unis, des économies à hauteur de 210 millions de dollars auraient été réalisées grâce à l’utilisation du Big data dans la lutte contre la fraude. En Italie, le réseau social Facebook est utilisé pour identifier les arrêts maladie frauduleux.

Dans l’hexagone, constatant l’augmentation de 22% du nombre d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque entre 2000 et 2008, un projet pilote intitulé Suivi Clinique A Domicile (SCAD) a été mis en place en Basse Normandie. Le dispositif consiste à suivre le patient hors de l’hôpital et lui conférer un rôle actif dans le suivi de sa pathologie, en lui demandant de collecter des données. Informations qui sont ensuite envoyées à une infirmière référente de l’hôpital, qui envoie des recommandations aux patients ou alerte le médecin en cas de problème. SCAD aurait ainsi évité 140 jours d’hospitalisation en 12 mois.

L’e-prescription est un autre exemple de réduction des coûts. Pratiquée en Andaousie pour le renouvellement des ordonnances à distance sans consultation, sa mise en place s’est traduite par une réduction de 15% des visites chez le médecin généraliste.

Mais l’e-santé représente aussi un marché juteux. 70% des applications de santé ciblent le segment « bien-être et forme ». Ce marché représente 2,7 milliards d’euros pour 10 millions d’objets connectés en 2014. Il est estimé à 5,8 milliards de dollars en 2019.

Labélisation et concertations pour la sécurité des dispositifs et la protection des données

Le think-tank propose des concertations avec les acteurs publics et la CNIL pour déterminer les données qui seront accessibles aux assurances, et à quelles conditions, pour éviter la discrimination des patients selon leur pathologie et histoire médicale. Le risque : que les assurances s’approprient ces données et proposent une tarification à la tête du client. Renaissance Numérique préconise ainsi de placer un dossier médical électronique sécurisé au centre de processus, comme outil de simplification des démarches pour les personnels traitants. 

Du côté des patients, le laboratoire d’idées propose de donner la possibilité aux communautés en ligne de s’instituer en associations de patients, acteurs de la « démocratie sanitaire » et à leurs représentants de participer à l’élaboration des politiques de santé. Renaissance numérique recommande enfin d’établir un système de labellisation des applications mobiles et des objets connectés santé pour garantir leur fiabilité et poser la question du remboursement. A ce jour, sans critère d’évaluation propre, ces dispositifs ne sont pas remboursés.

A l’intersection d’enjeux juridiques, économiques, éthiques, institutionnels, technologiques et sociétaux, l’e-santé nécessitera ainsi des concertations entre experts de tous ces domaines afin de répondre aux objectifs de réduction des coûts, d’égalité des patients face aux soins, d’équité territoriale et de la protection des données. Mais également aux prix et à la surconsommation de médicaments, problème malheureusement laissé de côté par le livre blanc.

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