Pourquoi « Hello, World! » ?

Histoire du web 5 août 2016
« Hello, World! ». Dans le monde de la programmation, cette formule équivaut aux premiers pas ou aux premières paroles d'un bébé. Rituel initiatique, tradition, convention... peu importe le nom que vous lui donnez, il est là, tel un leitmotiv connu de tous les programmeurs. Mais d'où vient-il ? Qui l'a inventé ? Pourquoi ces deux mots ont-ils pris l'ampleur qu'ils ont aujourd'hui ?

Le programme « Hello, World! » (à la base « hello, world ») est sans aucun doute le plus connu dans le monde de la programmation. Mais d’où vient-il ? De quand date-t-il ? Difficile de répondre, même pour son créateur, Brian Kernighan. Deux années sont néanmoins capitales.

La première, 1972, car elle marque la première utilisation du programme en tant qu’exemple pour illustrer des variables externes. La seconde est 1974, car c’est à partir de cette année que le destin de «hello, world» prend un tournant et se démocratise auprès des programmeurs pour devenir peu à peu leur leitmotiv et, par convention tacite, la première expression que l’on affiche à l’écran lorsque l’on s’initie à la pratique du code.

En 1972, Brian W. Kernighan publie, dans le cadre d’un mémorandum interne aux Laboratoires Bell, un guide intitulé «A Tutorial Introduction to the Programming Language B». Il s’agit de la première apparition écrite du programme simple «hello, world».

premier

Deux ans plus tard, Brian Kernighan publie avec son collègue des Laboratoires Bell, Dennis Ritchie, le manuel de programmation «The C Programming Language». Également connu sous le nom «livre K&R», sa concision et sa clarté en font très vite un modèle du genre. Cependant, sans l’avènement de l’ordinateur PDP-11, construit par Digital Equipment Corporation, l’histoire de «hello, world» aurait pu s’arrêter là, sur la page d’un manuel à la base destiné à la création de compilateurs.

Ce programmable data processor (le mot «ordinateur» n’avait pas bonne presse à l’époque) était innovant sur trois points : il alliait modularité, très bon rapport qualité/prix pour l’époque (à peu près 10 000 $ contre plusieurs centaines de milliers pour les autres modèles en circulation) et pouvait être utilisé dans divers domaines. On le retrouvait aussi bien dans des laboratoires universitaires que chez des cabinets d’experts comptables. Sorti en 1970, le PDP-11 s’est écoulé à quelque 600 000 unités.

Brian Kernighan speaks at a tribute to Dennis Ritchie at Bells Labs, via Wikipedia CC BY 2.0

Parce qu’il intégrait directement le langage C, le succès de cet ordinateur a permis au livre K&R de se vendre énormément. Mais ce n’était que la première vague. À chaque nouvelle génération d’ordinateurs, le programme C, grâce sa popularité, n’a cessé de grandir (Dennis Ritchie a d’ailleurs écrit l’histoire de son développement). L’âge du PC n’a fait que confirmer cette croissance. À chaque vague, les ventes du livre grimpaient, et l’expression «hello, world» est bientôt devenue une référence connue de tous les programmeurs des années 1980 et 1990. La réédition du livre K&R en 1988 a été accompagnée d’une traduction dans plus de 20 langues.

Peu à peu, cet exemple fondateur du langage C est devenu par convention le premier programme à être écrit par les programmeurs lors de leur initiation au code. Avec les années une virgule, des majuscules et un point d’exclamation sont venus se rajouter à la formule, pour devenir le «Hello, World!» que nous connaissons au XXIᵉ siècle.

Histoire de conclure sur une anecdote, dans une interview accordée à Forbes India, Brian Kernighan a expliqué pourquoi il avait choisi les mots «hello, world» :

«Ma mémoire n’est plus ce qu’elle était. Ce dont je me souviens, c’est avoir vu un cartoon qui présentait un œuf duquel un poussin sortait et disait : “Hello, world.”»

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