Mais d’où viennent les emojis ?

Histoire du web 10 août 2016
Aujourd’hui, une grande partie de notre expression écrite ne passe pas par des mots mais par des emojis. Partout dans le monde, ces symboles se sont imposés comme des nouveaux standards de communication. Pourtant, ils ne sont nés qu’en 1999. Voici comment.

En 1995, les bippers connaissaient un grand succès parmi les adolescents japonais. L’opérateur mobile NTT Docomo décida, pour se différencier de la concurrence, d’ajouter le symbole d’un cœur à sa Pocket Bell. Le succès fut tel que NTT Docomo remporta près de 40% des parts de marché.  Toutefois, lorsque les ados se rendirent compte que la nouvelle version de la Pocket Bell avait remplacé le cœur par des fonctionnalités plus favorables aux entreprises comme un alphabet latin, ils n’eurent aucun mal à se tourner vers la concurrence. Une leçon que l’opérateur retint.

A l’origine des premiers emojis : NTT Docomo

En 1998, l’équipe chargée de développer la toute nouvelle génération de plateforme de service Internet pour mobile dénommée « i-mode », est envoyée à San Francisco pour observer les nouveautés développées sur la PocketNet de AT&T. A cette époque-là, la taille des écrans de téléphone portable ne permettait d’afficher qu’un nombre restreint de caractères. Pour le lancement en février 1999, NTT Domoco demande à une petite équipe de techniciens de trouver une idée originale pour optimiser cet espace.

Parmi eux, Shigetaka Kurita, trouve l’idée qui allait révolutionner tout un pan du langage web : les emojis. Et il y pense en observant la façon dont la météo japonaise était présentée en ligne.

« Sur Internet, tout était explicité par des mots. Même sur les prévisions météorologiques, on pouvait lire “beau temps”», explique-t-il dans une interview, « Pourtant, la télévision japonaise avait l’habitude d’utiliser des dessins ou des symboles pour décrire la météo. (…) J’ai pensé : je préférerais avoir l’image d’un soleil plutôt qu’un texte pour m’indiquer que le temps va être ensoleillé. »

C’est ainsi que naissent les emoji, dont le terme associe deux mots japonais – « e » pour « image » et « moji » pour « lettre ».

Pour trouver l’inspiration, raconte le Wall Street Journal, Shigetaka Kurita, se tourne vers les mangas, les caractères chinois et les panneaux routiers. A l’époque, les kaomojis (exemple : ¯\_(ツ)_/¯ ) existaient déjà, mais ils étaient difficiles à reproduire sur un clavier de mobile. Or, Kurita cherchait une solution novatrice et simple à prendre en main. N’ayant aucune qualité ou compétence en design, Kurita et son équipe se tournent d’abord vers les grandes entreprises de constructeurs comme Sharp, Panasonic et Fujitsu. Essuyant un refus de leur part, la petite équipe s’emploie à dessiner à la main le premier jeu de 176 emojis, puis à les décliner en caractères de 12×12 pixels.

Séduit par ces prototypes, l’opérateur télécom décide de les intégrer au système de codage des caractères pour la langue japonaise, Shift-J. Les utilisateurs n’ont alors qu’à piocher parmi une grille d’emojis, directement disponible depuis l’application de messagerie. Pour NTT Docomo, c’est l’occasion de faciliter le dialogue entre adolescents via une nouvelle forme de langage universel et ludique, moins gourmand en data que les photos. Au Japon, le succès est immédiat.

L’expansion d’une «langue sans mot»

L’opérateur NTT Docomo n’a pas pu déposer de copyright sur ce premier jeu d’emojis, si bien que ses concurrents AU et J-Phone déclinent progressivement leurs propres emojis propriétaires. Chaque jeu d’emojis ne s’affiche alors que sur un type de téléphone et pas un autre, une façon astucieuse pour les opérateurs de rendre leurs clients captifs de leurs offres. Ce n’est qu’à partir de 2005 que les trois concurrents s’unissent pour amorcer la standardisation de ces caractères.

Ce succès retentissant au Japon ne tarde pas à faire des émules outre-Pacifique. En 2010, 722 pictogrammes sont intégrés au langage Unicode Standard, ce qui leur permet d’être échangés et visualisés partout dans le monde. Un an plus tard, les emojis apparaissent sur les smartphones et les services de messagerie.

Un succès tel que, selon une étude d’Over-Graph, un quart de nos messages sur Instagram contient désormais un emoji. Une tendance encore plus marquée en France, où la moitié des messages contiennent un emoji selon l’étude détaillée menée par le réseau social.

La clef du succès de ces caractères repose principalement sur le fait qu’ils sont ludiques et compréhensibles par tous en un seul coup d’œil. C’était d’ailleurs le but recherché par Shigetaka Kurita qui, pour créer son premier jeu de pictogrammes, a longtemps observé la façon dont les individus s’expriment et manifestent leurs émotions. Mais êtes-vous certains d’utiliser tous les emoji à bon escient ? A cet effet, L’Obs propose un petit précis d‘emoji et Slate.fr un petit quiz pour vérifier vos connaissances en la matière.

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